25/03/2026
Comment ça va mes amis les lecteurs?
D'habitude même en temps de guerre ou Corona ou re guerre ou re période pas tranquille dans le pays je vous écris plus tôt là impossible de me poser devant l'ordinateur. Comment vous gérez cette nouvelle guerre? D'un point de vue physique et mental j'entends. Ici ça peut aller mais je vous avoue que je suis crevée. Je ne m'attendais absolument pas à ce que les enfants soient avec moi dès Pourim, les rumeurs allaient bon train mais même quand je m'imaginais que ça allait péter je ne pensais pas que ça durerait autant de temps. Et puis, je suis entrée dans cette guerre très confiante, je venais de finir les travaux du mamad avec mon mari, mes enfants ont enfin un vrai lit 2 places sur lequel dormir, on a posé des étagères, on a notre trousse de secours, de l'eau, de la nourriture bref tout pour être tranquille. A cause des rumeurs j'avais commencé à stocker dans mon cagibi tout ce que je pouvais et je disais en riant (mais sérieusement) que je pouvais rester 2 semaines sans sortir en cas de rupture du quotidien et malgré tout nourrir notre famille de 6 sans problème. Mais, ce qu'on oublie de dire lorsqu'on se prépare à une guerre c'est que l'aspect psychologique peut tout autant jouer que l'aspect physique. Entre les Zooms, les devoirs, les peurs des enfants, l'aspect social à gérer pour qu'ils aient une routine, les activités sans compter les alertes jour et nuit etc je suis vraiment crevée. Là les enfants sont en vacances donc au moins on gère mieux l'emploi du temps et il n'y a plus de cassage de tête pour répartir les écrans entre les 4. Je vais pouvoir reprendre des forces en attendant la fin de la guerre et le retour de ma propre routine à moi.
Comment ça se passe chez vous? Vous arrivez à vous évader grâce à la lecture? Ici on a fini la saga Les enfants de la Résistance (Lia ma 9 ans et moi), je vous avais promis un article mais en juin sortira le tome 10 donc je me dis autant attendre que tout soit publié avant de vous faire un article complet sur ces romans qui ne pourront que plaire à petits et grands, ici en tout cas c'est un franc succès. Aujourd'hui je vais vous parler du roman graphique Madeleine, Résistante par Bertail Morvan/Riffaut. J'ai les 2 premiers tomes mais 4 sont déjà publiés.
Mes deux tomes retracent la vie de Madeleine Riffaud (nom de code "Rainer"), de son enfance dans la Somme jusqu'à ses exploits dans la Résistance. Née en 1924, elle est encore adolescente quand la guerre éclate. Humiliée par un officier allemand (comme quoi un coup de pied peut avoir de lourdes conséquences) et témoin des horreurs de l'Occupation, elle décide de s'engager corps et âme. On suit son parcours initiatique : son passage en sanatorium (lieu de recrutement discret), sa formation de sage-femme à Paris qui lui sert de couverture, et ses actions armées audacieuses, comme l'exécution d'un officier n**i en plein jour sur le pont de Solférino. Madeleine a longtemps gardé le silence, souffrant d'un lourd syndrome post-traumatique. C'est le scénariste Jean-David Morvan qui a réussi à la convaincre de témoigner après des années de discussions, cette rencontre est narrée sous forme de BD en fin de tome 1 et est très intéressante à lire. Elle a accepté de raconter son histoire pour deux raisons majeures : Le devoir de mémoire, pour que le sacrifice de ses camarades tombés à 17 ou 18 ans ne soit pas oublié et la vérité historique. Elle voulait rétablir les faits face à certains discours historiques qu'elle jugeait imprécis. La saga est prévue pour comporter 8 ou 9 tomes au total. Le premier cycle (tomes 1 à 4) se concentre sur la Seconde Guerre mondiale et la Libération de Paris. Chez moi vous pouvez trouver les 2 premiers tomes pour le moment, La rose dégoupillée et L'édredon rouge. Les cycles suivants aborderont sa vie de grand reporter (Indochine, Algérie).
On pourrait résumer ces 2 tomes comme ceci:
Tome 1
Le tome de l'éveil. On y voit une jeune fille sensible, élevée dans l'amour des livres et de la nature, qui subit deux chocs brutaux : l'invasion de son pays et l'agression sexuelle par un jeune homme français (le fils de son ancienne logeuse). Cela renforce ce sentiment de dégoût généralisé qu'elle ressent. Pour elle, la France est souillée de l'intérieur, pas seulement par l'occupant, mais par la lâcheté et la perversion de certains de ses propres citoyens.. Son détachement apparent dans le récit est une forme de pudeur propre à sa génération, mais aussi le signe d'une dépersonnalisation: à ce moment-là, elle cesse d'être une enfant pour devenir une combattante. Madeleine est envoyée dans un sanatorium pour soigner sa tuberculose. C'est là, dans ce lieu clos et étrange, qu'elle rencontre d'autres résistants. Elle y apprend la discipline, le secret et les premiers rudiments de la guérilla. C'est le lieu pivot. Ce qui devait être un lieu de cure pour sa tuberculose devient son école de guerre. C'est là qu'elle rencontre des résistants aguerris qui testent sa détermination. Les premières actions ne sont pas floutées, on raconte tout et attention aux âmes sensibles. La fin du tome est bouleversante. Elle comprend que pour être une bonne résistante, elle doit être une ombre. L'amour est une faille, une cible pour l'ennemi. Sa rupture est son premier acte de renoncement total à une vie normale de jeune fille. Cette rupture signe son engagement complet pour la Résistance, elle ne fera rien passer devant l'intérêt de son pays.
Tome 2 : L'Édredon rouge
Madeleine débarque à Paris sous une fausse identité pour entamer sa vie de combattante urbaine. Sous couvert de ses études de sage-femme, elle intègre les FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans, Main-d'Oeuvre Immigrée) les groupes de choc de la Résistance. On est ici dans la froideur chirurgicale, bien loin de la petite fille qui aimait la nature. Elle apprend à transporter des armes, à repérer des cibles et à vivre dans la clandestinité la plus totale. Le titre oppose la douceur d'un souvenir d'enfance (le fameux édredon rouge de ses grands-parents) à la réalité sanglante (les morts s'enchainent) de la guerre qui s'installe. C'est ici que Madeleine devient définitivement Rainer, un soldat qui doit faire taire ses émotions pour accomplir des missions de plus en plus périlleuses au cœur d'un Paris occupé et affamé. Elle a choisi ce pseudonyme en hommage au poète autrichien Rainer Maria Rilke une manière de prouver qu'elle ne combattait pas la culture allemande, mais bien la barbarie n**ie. Dans ce tome on ne respire limite pas tellement on a basculé dans l'horreur de cette France des années 40 et ce n'est pas la fin qui va nous calmer. Le tome se termine sur l'exécution d'un officier n**i sur le pont de Solférino. L'arrestation de Madeleine est immédiate marquant ainsi un tournant dramatique. On sait ce qui l'attend, les interrogatoires et la torture à la Gestapo.
Que vous dire d'autre? La lecture n'est pas évidente comme tout ce qui touche à la Seconde Guerre Mondiale, à partir de quel âge je conseille ce roman graphique? Vers 15/16 ans mais, et c'est mon avis personnel, il convient d'accompagner votre enfant dans sa lecture et ce dès le premier tome car je pense sincèrement que le ton peut troubler. Pour un adolescent, le manque d'émotion apparente face au viol peut être mal interprété s'il n'y a pas d'explication sur le trauma. Madeleine ne raconte pas cette scène pour faire du pathos, mais pour expliquer techniquement pourquoi elle n'avait plus rien à perdre et surtout elle raconte ce souvenir avec sa voix de femme qui a vécu. On n'est pas ici dans la romantisation, c'est une œuvre de mémoire brute et cela peut embrouiller un jeune esprit qui n'a pas forcément les capacités de comprendre la rudesse d'un personnage, son détachement face à des drames. Même si à l'école on apprend la guerre et de manière assez complète ici en Israël il faut se rappeler que l'aspect psychologique n'est pas toujours inculqué, c'est à nous les parents d'aiguiller nos enfants. D'expliquer que la guerre peut casser les gens et leur retire parfois la capacité d'exprimer leur douleur de manière dite conventionnelle.
Madeleine Riffaud est malheureusement décédée en novembre 2024, à l'âge de 100 ans. Elle a pu voir la publication des premiers tomes et le succès immense de son témoignage auprès du public. Espérons que les générations à venir s'inspirent de son courage, sa bravoure et sa détermination à agir lorsque l'injustice règne.
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Bonne lecture!
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