05/05/2026
CARNET D’HISTOIRE LOCALE : Quand Vichy cherchait son nouveau cimetière…
Le 31 janvier 1865, Norbert Leroy, maire de Vichy, reçoit une lettre de la sous-préfecture au ton particulièrement sévère. On lui demande de prendre ses responsabilités de premier édile face à une situation qui s’éternise : le déplacement du cimetière de la ville. Voilà plus de deux ans que le dossier s’enlise, et l’autorité préfectorale exige désormais une solution rapide et définitive. Pire encore, le maire apprend dans ce courrier que les inhumations seront interdites dans le cimetière actuel à partir du 1er janvier suivant… L’urgence est donc réelle !
Depuis le Moyen Âge, les Vichyssois sont enterrés dans le cimetière paroissial du quartier du Moutier, situé à l’emplacement des actuels thermes Callou. Mais au milieu du XIXème siècle, la ville s’est considérablement développée et le cimetière présente une gêne pour la population et les curistes qui s’émeuvent de sa présence au beau milieu du quartier des bains. Malgré plusieurs agrandissements, il est désormais impossible de l’étendre davantage en raison de la pression foncière liée à l’urbanisation.
Dès 1858, le conseil municipal commence à chercher un nouvel emplacement… sans grande conviction. Quelques mois plus t**d, on reconnaît néanmoins l’urgence et la nécessité d’un tel déplacement et on nomme une commission chargée d’étudier cette question. Le 9 septembre 1859, un terrain de 17 985 m² — cinq fois plus grand que celui du Moutier — est choisi sur le chemin de la Croix des Renards. Pourtant, rien n’avance. Il faut attendre le 25 mars 1863 pour que le conseil municipal, pressé par l’autorité supérieure, se souvienne que la loi imposant que les cimetières soient situés en dehors de l’enceinte des commune date ... de 1843.
Une enquête publique débute en avril 1863, mais elle piétine. Les élus s’ils reconnaissent l’urgence de la situation, ne valident pas la procédure, sans que les archives n’en expliquent clairement les raisons : coût des terrains ? choix de l’emplacement ? opposition des habitants face à l’éloignement et à l’augmentation du coût des convois funéraires ?
En avril 1864, la situation devient presque paradoxale : on continue d’accorder des concessions perpétuelles au cimetière du Moutier. Puis, en mai, le conseil décide tout simplement d’ajourner la question…
En ce début d’année 1865, les relations entre la municipalité et le préfet sont donc tendues. Malgré un nouveau revirement concernant l’emplacement choisi, le préfet maintient sa décision : les inhumations au Moutier seront interdites à partir du 1er janvier 1866.
Entre-temps, un nouveau maire, Joseph Bousquet, a pris la tête du conseil municipal. Il relance la recherche d’un terrain et nomme une nouvelle commission.
Le 26 novembre 1865, celle-ci propose quatre emplacements, en plus de celui de la Croix des Renards :
- Le champ des Bartins, au nord de la ville
- Entre les deux routes de Cusset, près du lieu-dit des Baraques
- Au sud-est, vers le quartier de la Salle
- Ou en s’éloignant de ce quartier, en direction de la Côte Saint-Amand
La commission privilégie nettement les deux derniers sites, qui réunissent « les conditions convenables que nous cherchons pour notre cimetière ». Elle rappelle également que « dans une ville comme Vichy, dont le territoire est si restreint et voué à tant de servitudes relatives à son état de station thermale, il est difficile, même impossible, de trouver un emplacement qui réunisse au même degré les conditions d’orientation, d’exposition, de commodité, de disposition du sol, nécessaires à l’installation d’un cimetière ».
Malgré ces recommandations, le conseil municipal tranche en faveur des terrains des Bartins.
À partir de là, tout s’accélère. Le 5 décembre 1865, Bousquet est heureux d’écrire à l’Empereur que les promesses de vente des terrains ont déjà été signées ! Un mois plus t**d, le Préfet ne peut toutefois s’empêcher de faire remarquer au Maire et à son conseil que « de mesquines considérations d’intérêt privé » ont jusque-là freiné le projet, mais que désormais « l’intérêt général doit prévaloir ».
Les travaux de première urgence — notamment la clôture — débutent en mars 1866, confiés à l’entrepreneur vichyssois Pierre Dionnet. Les aménagements complémentaires (ensablement des allées, creusement d’un puits, acquisition d’une croix en fonte …) sont réalisés fin 1866 et début 1867.
Le 8 juillet 1866, Marianne Dionnet, v***e Patissier, âgée de 91 ans, devient la première personne inhumée au cimetière des Bartins.
Conformément à la loi, l’ancien cimetière du Moutier est fermé et laissé en l’état pendant plusieurs années. Abandonnées et en ruine, les dernières sépultures sont enlevées ou transférées aux Bartins en 1877. Le site est finalement démoli, et les terrains vendus en 1880.
Pour en savoir plus :
Visite virtuelle 360° du cimetière de Vichy
https://printempsdescimetieres.org/visites-360/cimetiere-de-vichy/