02/05/2026
Aujourd'hui, comme chaque 1er mai, on offre souvent un brin de muguet. Un geste simple, porte-bonheur, qui rappelle aussi les luttes, les espoirs immuables des travailleurs et leurs victoires depuis le XIXᵉ siècle. ⬇️
Le 1er mai, dans l’histoire de France, c’est la mémoire vivante des combats ouvriers, des grèves, des morts de Fourmies en 1891 et de tous ceux qui se sont battus pour les droits des travailleurs.
Pourtant, les jours qui viennent de s’écouler ont vu se cristalliser, autour de la question du 1er mai, un débat caricatural sur une question en réalité assez simple : celle de sécuriser une pratique d’ouverture chez les boulangers et les fleuristes. Comme s’il était besoin de se renvoyer totem contre totem, de faire un débat de société pour régler une question très concrète.
Le Premier ministre nous a entendus et a fini par trancher en ce sens : les artisans boulangers et fleuristes pourront ouvrir aujourd’hui et un projet de loi gouvernemental viendra sécuriser leur situation. Je m’en réjouis pour eux.
Mais l’on ne peut que regretter que notre pays ne puisse avancer sans immédiatement s’affronter, chercher la querelle, y compris sur les choses les plus simples.
Et donc, aujourd’hui, on célèbre le travail et les travailleurs. Ceux qui sont amenés à travailler aujourd’hui dans les services publics ou privés essentiels. Le 1er mai, l’on doit aussi penser à ceux qui ne peuvent plus travailler, à ceux qui souhaiteraient travailler et cherchent, enfin à ceux qui, ayant travaillé, sont désormais retraités.
Ces débats polémiques, non liés au sujet lui-même, n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu. Mais puisque le débat est lancé, j’essaie d’y apporter, comme démocrate, quelques perspectives.
Il n’est nul besoin d’être de gauche pour dire que sans ces combats nous n’aurions pas construit, singulièrement en France, un système de protection et de droits à la hauteur de la transformation profonde du travail et des droits humains les plus essentiels.
Et même si la construction du droit des travailleurs ne peut être considérée comme immuable, comme intangible, cette journée est un symbole.
Elle est le symbole d’acquis et sans aucun doute de combats à mener tous ensemble. Tel est le sens de cette journée. D’abord cela.
Et elle doit nous interroger sur les nouveaux combats à mener pour que le travail reste un facteur d’émancipation, de développement et de lien entre chacune et chacun d’entre nous.
Le combat, tout d'abord, d'un travail qui permette de vivre dignement de son métier. Encore trop de Français occupent un emploi sans pour autant échapper aux fins de mois difficiles et sans redouter l’avenir. Et ce combat du travail et de sa rémunération ne peut être délié de la mise à contribution excessive, à mon sens, du travail, des travailleurs et de leurs entreprises à notre système social.
Le combat, ensuite, d’une vision renouvelée du travail et de ses conditions d’exercice, à l’heure d’une nouvelle transformation profonde de celui-ci : intelligence artificielle, télétravail, bouleversements des métiers, système social à réinventer, concurrence mondialisée. Autant de défis, de risques ou de chances à saisir.
Et dans une économie mondialisée, le 1er mai doit nous inviter ensuite à réfléchir à un système international qui permette ailleurs, comme c’est désormais le cas ici, de construire un droit plus protecteur.
L’on ne peut à la fois accepter implicitement des produits venus de si loin, sans prendre conscience collectivement de leurs conditions de production : « consommer ici » ne peut s’affranchir du « travailler comment » ailleurs.
C’est une question de responsabilité et c’est probablement cette exigence-là que nous devons porter, au niveau européen comme mondial.
Enfin, ce débat nous offre l’opportunité de revenir sur notre rapport au travail. Chaque génération a le devoir de le repenser. Non pas comme une opposition entre travailleurs et travail, ni comme une opposition entre le droit qui entraverait et les libertés qui asserviraient. Le droit du travail et le droit au travail ne peuvent s’opposer.
Parce que le droit au travail, c'est d'abord et peut-être avant tout la capacité donnée à chacun d'accéder à un métier sans subir de discriminations, femmes comme hommes, jeunes comme seniors, entrepreneur comme salarié, pour s’ouvrir un avenir meilleur.
C’est pourquoi, quand on pense comme nous qu'aucune main invisible ne régule naturellement la société, le droit du travail, comme tout droit, est ce qui protège.
C’est cette vision que nous défendons avec les députés Démocrates et celle que nous entendons porter à la présidentielle.
Cette conviction est au cœur de notre courant de pensée démocrate. Elle vient du catholicisme social dont nous sommes les héritiers politiques, mais également du gaullisme social. Finalement, de tous ces modérés français qui ont toujours refusé de réduire l’homme à sa fonction productive.
En politique, nous passons trop souvent notre temps à dire ce qui ne va pas. Je prends le risque de voir le verre à moitié plein : le 1er mai est aussi une promesse, celle que la justice peut progresser, que la condition des travailleurs peut s’améliorer et que la société peut être plus humaine.
Dans cette perspective, le travail joue un rôle éminent d'émancipation à condition de chercher ensemble le bon équilibre.
Cette promesse n’appartient ni à la gauche, ni à la droite. Elle appartient à la France et aux Français et c’est pour cela que ce jour si particulier nous rassemble et doit continuer de le faire.
Bon 1er mai à toutes et tous. 🙂
Marc Fesneau.