10/12/2020
48°C : c’est la température observée en Australie la semaine dernière.
Il s’agit d’un triste record pour un printemps dans cette partie du monde. Et vu l’été dernier, on peut être inquiets de celui qui vient.
Le monde vit sa 5ème année successive la plus chaude jamais enregistrée. Les alertes s’accumulent : les grands incendies en Amazonie, en Australie et aux Etats-Unis se multiplient. Jusque dans notre région ou les feux touchent la Sologne ou encore le parc naturel de la Brenne et mobilisent de plus en plus de pompiers. Le manque d’eau touche aujourd’hui 1 humain sur trois et provoque la migration de millions de personnes. Nos centrales nucléaires sont de plus en plus souvent mises à l’arrêt par incapacité des fleuves en été à les refroidir...
Le dérèglement climatique est bien réel. S’il y a encore quelques années, les écologistes étaient seuls à porter cette alerte, il est heureux que le diagnostic soit aujourd’hui partagé par le plus grand nombre. Je pense qu’au sein de notre conseil, chacun n’en doute plus.
Ma question est simple : Si nous partageons ce diagnostic, pourquoi utiliser l’argent public pour aggraver le problème ?
2°C de plus pourrait paraitre insignifiant. Mais quand notre température corporelle augmente de 2°C, notre quotidien s’en voit grandement perturbé, ce n’est pas tenable, nous sommes malade. C’est exactement pareil pour le climat. L’enjeu est de ne pas dépasser ces 2°C d’augmentation de la température, car au-delà, nous ne sommes plus capables d’assurer les bases d’une vie humaine pacifique sur notre planète, Vendômois compris. Les désordres climatiques violents seraient mortels pour une large part des habitants, et il est de la responsabilité avant tout des élus de protéger la population.
Pour éviter cette trajectoire, nous devons impérativement diminuer nos émissions de Gaz à Effet de Serre. Cette diminution est colossale, puisqu’on estime qu’il nous faudra diviser par 6 nos émissions d’ici 2050, pour assurer un avenir vivable à nos enfants, c’est à dire passer de 12 Tonnes d‘équivalent CO2 par an et par personne, à 2 Tonnes.
Pour donner une idée plus pratique : 10 000km/an avec une petite voiture, c’est déjà plus de 2 Tonnes annuelles d’émission. La conséquence directe est que l’on ne mange plus, on ne s’habille plus, on ne se soigne plus…
L’empreinte carbone de la voiture individuelle est le secteur le plus émissif, devant les besoins des bâtiments ou encore l’alimentation carnée. La réalité est que le modèle de la voiture individuelle, et plus globalement de la vitesse dans les déplacements vont devoir évoluer. Alors vous comprendrez, Monsieur le Maire, qu’utiliser de l’argent public pour une activité qui promeut ce modèle nous paraisse d’un autre âge.
Je voudrais insister sur l’idée que ce vote ne porte pas de jugement sur telle ou telle activité. Chacun est bien-sûr libre de rouler en voiture de sport, en 4X4 ou en ce qu’il veut, même si, au regard des réalités climatiques encore une fois, ces activités évolueront de toute façon. Ce sur quoi nous sommes appelés à voter aujourd’hui, c’est bien de mettre 138 000€ d’argent public pour développer une manifestation accélératrice du dérèglement climatique, et donc une manifestation contraire à l’intérêt général.
On a entendu par le passé votre volonté de compenser ces émissions. Le bon côté est qu’à travers cette proposition, vous reconnaissez que cette activité pose problème. Le mauvais est qu’au delà des paroles, quels actes ?
Et sur le fond,
Compenser les émissions d’une activité importante pour l’intérêt général comme le transport des enfants ou les outils thermiques nécessaires à nos services publics ? bien-sur, pas de problème,
Compenser ce rallye auto ? Ça ne nous semble clairement pas la priorité aujourd’hui.
Je vous propose donc que nous en reparlions lorsque vous aurez assuré la compensation des activités d’intérêt général.
L’écologie, Monsieur le Maire, c’est avant tout avoir le courage de faire des choix, de les assumer et de les expliquer. S’il est facile, durant des élections de verdir les discours et de se parer d’écologie, on voit qu’au moment des actes, il n’y a plus de cohérence, plus de logique et ce sont les vieilles habitudes de facilité qui prennent le dessus.
J’aimerai, pour finir vous rappeler Monsieur le Maire, Monsieur le Député, que ce débat mérite mieux que vos invectives habituelles (Khmers Verts, ayatollah et autres amish). L’enjeu est important car il concerne l’avenir de chacun et chacune, le détourner par des artifices sémantiques n’est ni très honnête, ni à la hauteur de ce que les Vendômois et les Vendômoises sont en droit d’attendre de leurs responsables politiques.
Intervention de Florent Grospart au Conseil municipal de Vendôme en réponse à une subvention proposée pour le Rallye "Cœur de France" de 138 000€.