15/06/2026
Comme toujours tu es Marion Joffle - Le Pingouin Souriant ❤️🔥🫶❤️🔥
Notre 🧚 magique a encore frappé 💪
Récupère, on attend les nouvelles nouvelles 🫣😘😘😘😘😘
Déjà une semaine s'est écoulée depuis ma nage en Arctique, le temps pour moi de profiter de cette contrée et de poser au plus juste mes mots sur mon vécu. C'est avec joie que je vous les livre maintenant !
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Il y a quatre ans, je quittais le Svalbard avec un goût d'inachevé.
Je pourrais vous parler des 59 mètres qui m'avaient manqué ce jour-là.
Je pourrais vous parler du froid, des conditions ou de tout ce qui avait conduit à cet arrêt si près du but. Pourtant, avec le temps, ce n'est pas vraiment ce que je retiens. Ce qui est resté ancré, c'est le sentiment d'avoir laissé quelque chose derrière moi dans cette baie arctique.
Alors lorsque je me réveille ce matin-là à Longyearbyen, je sais que cette journée ne ressemble pas tout à fait aux autres.
À cette période de l'année, le soleil ne se couche jamais. À sept heures du matin, la lumière est déjà partout, comme elle l'était à minuit et comme elle le sera encore dans quelques heures. Pourtant, malgré cette clarté permanente, j'ai l'impression d'avancer dans un mélange d'excitation et d'incertitude.
Pour la première fois depuis longtemps avant une grande nage, je suis vraiment angoissée.
Pas à cause de la température de l’eau. Pas à cause des 1609 mètres.
Mais parce que je suis revenue ici, où j’ai vécu une épreuve brutale.
Je prends mon petit-déjeuner en essayant de manger le plus possible et, chose assez rare pour être soulignée, je le garde. Puis je prépare mes affaires avec un soin presque excessif. Je vérifie une fois, puis deux, puis trois. J'emporte plus de choses que nécessaire. Avec le recul, je crois que c'est simplement ma façon de me rassurer.
Lorsque nous arrivons au port, un détail attire mon attention.
Au milieu des bateaux se trouve une embarcation sur laquelle est inscrit un mot que je ne m'attendais absolument pas à voir ici : « Caen ».
Je souris immédiatement.
À plusieurs milliers de kilomètres de la Normandie, voir le nom de ma ville dans un port du Svalbard me paraît presque irréel. C'est sûrement une coïncidence, mais à cet instant précis, j'ai envie d'y voir un signe.
Quelques minutes plus t**d, nous embarquons sur un petit bateau rapide qui doit nous conduire jusqu'au glacier.
Au départ, le brouillard est si dense qu'il semble avoir avalé le paysage. La mer, le ciel et l'horizon se mélangent dans les mêmes nuances de gris. Nous avançons dans ce décor silencieux sans vraiment distinguer où nous allons.
Puis, petit à petit, le brouillard commence à s'ouvrir.
Nous apercevons des oiseaux marins.
Un morse vient sortir la tête de l'eau pour nous observer quelques instants avant de disparaître.
Et soudain apparaît une lumière blanche au loin.
D'abord discrète, puis de plus en plus éclatante. Ce n'est pas le soleil, c'est le glacier qui nous attend, le glacier Borebukta.
Sa surface réfléchit la lumière avec une telle intensité qu'elle semble éclairer toute la baie.
Plus nous approchons, plus le décor devient spectaculaire.
Lorsque nous débarquons, le brouillard a presque disparu. Au-dessus de nous, le ciel est d'un bleu profond. Devant nous, le glacier dresse son immense mur blanc. Le contraste est saisissant.
Et puis il y a ce bruit. Un bruit sourd, profond, régulier.
Le glacier craque.
Par moments, cela ressemble à un orage lointain qui résonne au cœur de la glace.
Nous sommes sur le territoire des ours polaires. Des gardes assurent notre sécurité et nous rappellent que si un ours s'approche, tout s'arrête. Ici, nous sommes les visiteurs.
Je suis dans la dernière série de la journée.
Cela signifie aussi que je suis probablement celle qui a le plus de chances de ne jamais entrer dans l'eau si quelque chose devait arriver.
Alors j'attends, longtemps, très longtemps.
Je crois même que le plus difficile de cette journée a été de regarder le soleil tourner dans le ciel.
Les nageurs partent les uns après les autres. Je les regarde s'élancer puis revenir. Parfois je détourne les yeux. Je n'ai pas envie d'imaginer dans quel état je serai quelques heures plus t**d.
Et pourtant, contre toute attente, cette attente finit par m'apaiser.
Allongée sur cette plage arctique, l'angoisse laisse de la place à autre chose.
Je me surprends à penser que quoi qu'il arrive aujourd'hui, je pourrai être fière.
Parce que je suis revenue.
Parce que j'ai osé revenir.
Parce que même si cette nage ne se passe pas comme prévu, j'aurai essayé.
Et puis je pense à ma famille. Je pense aux personnes qui m'aiment. Je sais qu'elles seront fières de moi quoi qu'il arrive. Je me dis aussi que je n'ai que vingt-sept ans. Que si cette histoire doit encore attendre un peu avant de trouver sa fin, alors je reviendrai.
Cette pensée me fait du bien.
Lorsque vient enfin mon tour, je prends le temps de me préparer.
J’enfile mon maillot, ma ceinture, mon bonnet et mes lunettes.
Puis mes petits bouchons d'oreilles roses.
Et à partir de ce moment-là, quelque chose change.
Je n'entends plus le bruit autour de moi.
Je n'entends plus les conversations.
Je n'entends plus la plage.
J'entends juste mon cœur battre et le souffle de ma respiration.
Et d'une certaine manière, je me sens plus à l'écoute de moi-même.
16 heures. Après des heures d'attente, c'est enfin mon tour. Devant moi, neuf tours et quelques mètres à parcourir. Je partage cette série avec Bulcsu. Une dernière consigne. Un dernier regard vers le glacier.
« Take off your clothes ». Une dernière respiration, un dernier regard vers le glacier, puis il est temps d'y aller.
Lorsque je m'élance dans l'eau à 3,4 degrés, mon premier objectif est simple : poser ma nage.
Je veux rester calme, profiter, mais surtout vivre pleinement ce moment que j'ai attendu si longtemps.
Les premiers tours passent. Je me sens étonnamment bien dans l'eau. L’eau est sombre et terreuse. Je me répète que j'ai chaud, que tout va bien. Je reste concentrée sur ma respiration, sur ma technique et sur les bouées.
Puis, au bout de quelques centaines de mètres, quelque chose devient plus flou.
Je ne sais plus exactement combien de tours j'ai réalisés.
Trois ? Quatre ?
Dans ma tête, j'en ai déjà nagé un de plus. Je viens de m'offrir un tour imaginaire.
Alors je reviens à quelque chose de plus simple.
La prochaine bouée. Puis la suivante. Puis encore la suivante.
Au fil des mètres, mes bras deviennent lourds. J'ai l'impression qu'ils sont durs comme de la pierre. Pourtant, je reste lucide. C'est probablement ce qui m'importe le plus. J'avais peur de perdre cette lucidité, peur de ne plus être capable de garder les yeux ouverts sur ce qui se passait.
Les pensées parasites se bousculent dans ma tête.
Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que je suis vraiment capable de terminer ?
Mais au lieu de lutter contre elles, je finis par les accepter.
C'est humain.
Alors je les laisse passer et je retourne à ma nage, à ma respiration.
Au bruit de mes doigts lorsqu'ils pénètrent dans l'eau.
À cette sensation étrange d'être à la fois complètement seule et profondément présente.
Je sens ma chaleur interne se diffuser comme pour s'estomper.
Lorsque j'arrive à ce que je crois être le dernier tour, je comprends soudain qu'il m'en reste un de plus que prévu.
Et finalement, cela ne me déstabilise pas. Je continue. Je suis toujours lucide.
Toujours une bouée après l'autre.
Puis arrive enfin le dernier tour. Le vrai.
Et cette fois, je le sais vraiment, je viens de voir la bouée orange dans les mains de Jenny. Cette bouée qui symbolise le dernier tour.
Alors je remets les jambes.
J'accélère. Je vais chercher chaque mètre. La dernière bouée se rapproche.
Sur les derniers mètres, je donne tout ce qu'il me reste.
Et lorsque j'arrive enfin à l'arrivée, je frappe la bouée de toutes mes forces avant de lever le poing vers le ciel.
Je ne pense pas au chrono.
Je ne pense pas à la performance.
Je pense simplement à ces quatre années qui viennent de s'écouler en un instant.
Je pense au chemin parcouru pour revenir ici.
Je pense à cette page qui est enfin en train de se tourner.
Le reste est plus flou. Je sors de l’eau en marchant, j’enlève mes lunettes et je titube légèrement.
Je me souviens des galets sous mes pieds lorsque j'essaie de sortir de l'eau.
Je me souviens qu'on me rattrape.
Je me souviens de la tente chauffée.
Je me souviens de Jenny, qui a veillé sur moi avec une bienveillance incroyable.
Je tremble beaucoup. J'ai le regard perdu dans le vide.
Pourtant, je suis toujours là.
On me parle. On me demande de regarder devant moi.
J'essaie de contrôler ma respiration.
Je lutte simplement pour rester avec eux. Je ne ressens aucune douleur.
Et puis, peu à peu, la chaleur revient.
Le thé chaud aussi. Les premiers sourires. Les premières photos.
Et déjà le moment du départ.
Sur le chemin du retour, le brouillard a complètement disparu.
La baie s'étend sous un ciel parfaitement dégagé. L'eau est devenue un miroir. Les montagnes enneigées se reflètent à sa surface. Des oiseaux traversent le ciel tandis que le bateau file vers Longyearbyen.
Je regarde le paysage une dernière fois.
À l'aller, je naviguais dans le brouillard.
Au retour, tout est parfaitement clair.
Et peut-être que c'est exactement ce que je ressens.
Ce jour-là, j'ai validé mon sixième Ice Mile. Et, contre toute attente, le plus rapide de ma vie.
Pour la première fois depuis quatre ans, le Svalbard ne me rappelait plus ce que j'avais laissé derrière moi.
Il me rappelait tout ce que j'étais venue retrouver.
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Merci infiniment d'avoir cru en moi, merci à toutes et tous du fond du cœur.
Un second post arrive prochainement pour vous annoncer de belles nouvelles !
A très vite !
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