23/01/2024
📰 Tram Nord : quatorze maires montent au créneau
"42 élus de l’EMS, dont 14 maires, profitent de la concertation en cours en lien avec le tram Nord pour dézinguer le projet dans les règles de l’art. Chronique d’une guerre qui vient juste de commencer.
Ce qu’on voyait se dessiner dès le mois de décembre a fait tache d’huile en janvier. Après le vote négatif des conseils municipaux de Bischheim et Hoenheim , sollicités pour un avis préalable au conseil de l’EMS, la fronde a gagné.
Le coût ( actualisé à 268 M€ HT ), le tracé, très contesté tant à Strasbourg que pour l’option retenue à Schiltigheim , et les effets induits sur la circulation sont une affaire qui concerne plus largement que les quatre communes directement impactées. C’est en tout cas l’avis d’un certain nombre de maires de l’agglomération.
Ils étaient 11 à cosigner en décembre la demande d’une Mission d’information et d’évaluation (MIE) concernant le projet. Voilà que 42 élus de l’EMS, dont 14 maires, ont pris la peine de converger sur une contribution commune à la concertation en cours de mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi).
S’appuyant sur l’hostilité de riverains et d’associations, ces élus LR, socialistes, Renaissance mais aussi sans étiquette sont désormais coalisés contre le projet présenté par Pia Imbs et la majorité qu’elle forme avec les écologistes.
Le premier grief développé dans cette contribution est celui d’un défaut de consultation des 33 communes de l’EMS en préalable au conseil de l’Eurométropole du 20 décembre. Au motif que « les changements apportés au classement des voies de notre agglomération sont d’une importance majeure, qu’ils concernent les entrées et sorties de ville et impactent les échanges intercommunaux ». La contribution ajoute : « Cette modification du PLUi est un scénario de rupture » […] néanmoins présenté comme un lot de retouches « mineures ».
« La concertation est traitée à la sauvette et en catimini […] », poursuit le texte des 42 élus. Ni citoyens, ni élus n’ont pu « malgré nos demandes répétées accéder aux études d’avant-projet, ou encore au plan de circulation global ». « On ne peut donc que se prononcer à l’aveugle […] ce qui permet de mettre en doute la sincérité du processus »
Sur le fond du projet, « les changements de classement dans la hiérarchie des voies proviennent presque tous de trois décisions qui n’étaient pas rendues nécessaires, en soi, par un projet de tram Nord », analyse notamment le texte. À savoir « la réalisation du parc de Haguenau , la quasi-piétonnisation de l’avenue des Vosges et la piétonnisation de la route de Bischwiller (à Schiltigheim, NDLR). Ces trois opérations, auxquelles on peut ajouter la mise en double impasse de la place de la Gare, proviennent de choix idéologiques d’exclusion de la voiture en tirant prétexte du tram ».
Les autres préventions détaillées sont déjà connues. Notamment, un « choix de tracé du tram problématique par la route du Général-de-Gaulle », qui impose « le recours plus important à la M35 pour le report de trafic ».
Appuyant encore sur les « bouchons (futurs) créés par ces nouvelles mesures de circulation », la contribution conclut à un projet qui « va dégrader l’accessibilité à notre métropole et nuire à son attractivité, ses emplois et la qualité de vie des habitants ». Comprendre un tram contre-productif.
Cette concertation, dont les conclusions seront versées à l’enquête publique sur le tram Nord qui doit s’ouvrir en juin, apparaît, pour plusieurs associations et collectifs mobilisés à Strasbourg et Schiltigheim, comme un tour de chauffe.
Il y a fort à parier que l’enquête publique va s’étoffer encore de contributions très détaillées. Le projet en lui-même n’est plus à l’abri de recours contentieux. De la part d’élus autant que de structures militantes déterminées comme Col’Schick, la Neustadt apaisée ou encore l’APASEA (Association pour la préservation et l’amélioration de l’environnement de Schiltigheim et alentours). Cette dernière a produit un dossier précis concernant des modifications du PLUi jugées, en substance, peu et mal expliquées, parfois approximatives et « induisant délibérément le public en erreur »."
42 élus de l’EMS, dont 14 maires, profitent de la concertation en cours en lien avec le tram Nord pour dézinguer le projet dans les règles de l’art. Chronique d’une guerre qui vient juste de commencer.