19/08/2026
Hommage à Dominique Vincetti – Casta, 19 août 2026
Discours prononcé par le Maire de Santu Petru di Tenda à l’occasion de la cérémonie commémorative en hommage à Dominique Vincetti.
Mesdames, Messieurs,
Après les mots qui viennent d’être prononcés et l’hommage qui vient d’être rendu à Dominique Vincetti, je voudrais, à mon tour, m’arrêter sur une chose toute simple, mais qui me frappe particulièrement aujourd’hui.
Dominique Vincetti avait 26 ans.
Vingt-six ans lorsqu’il est tombé ici, à Casta, le 19 août 1943.
Derrière le résistant, derrière le combattant, derrière le héros dont nous honorons aujourd’hui la mémoire, il y avait d’abord un jeune homme.
Et c’est peut-être cela qui me touche le plus.
Parce que lorsque nous regardons ces hommes à travers l’Histoire, plus de quatre-vingts ans après les événements, nous pouvons finir par oublier leur jeunesse. Leurs noms sont inscrits sur des monuments et ils nous apparaissent presque naturellement comme des héros.
Mais Dominique Vincetti n’était pas né héros.
C’était un jeune homme de 26 ans placé face à des circonstances extraordinaires, qui a fait des choix extraordinaires.
Et lorsque je pense à ce qu’était ma propre vie à cet âge, comme celle de beaucoup de jeunes hommes et de jeunes femmes de notre génération, le contraste est saisissant.
À 26 ans, nous travaillons, nous sortons, nous faisons des projets. Nous pensons à notre avenir. Nous vivons, tout simplement, dans une liberté qui nous semble naturelle parce que nous avons la chance de naître avec elle.
Lui, à 26 ans, a choisi de risquer cette vie et cet avenir pour défendre la liberté des autres.
Alors, devant son histoire, je crois qu’une question s’impose à chacun d’entre nous :
À son âge et à sa place, aurions-nous eu le même courage ?
Aurions-nous été capables de mettre notre propre existence en danger pour défendre notre pays, nos convictions, notre liberté et celle des générations qui viendraient après nous ?
Personne ne peut véritablement répondre à cette question.
Et c’est précisément pour cela que, plus de quatre-vingts ans après, le sacrifice de Dominique Vincetti impose encore autant de respect.
Mais si son nom demeure au cœur de cette histoire, cette histoire fut aussi une œuvre collective.
L’opération Casta n’aurait pu être menée par un homme seul.
Et puisque j’ai aujourd’hui l’honneur de prendre la parole en tant que maire de cette commune, je voudrais m’arrêter sur celles et ceux de notre village qui ont pris leur part durant cette période de notre histoire.
Près de 33 tonnes d’a***s devaient être acheminées clandestinement depuis Saleccia.
Pour y parvenir, des équipes distinctes se relayaient, afin qu’en cas d’arrestation ou de dénonciation, l’ensemble de la filière ne puisse être remonté.
Une première équipe assurait ainsi le trajet depuis Saleccia jusqu’au Salone, là même où nous nous trouvons aujourd’hui.
Les recherches menées au fil des années ont permis de retrouver les noms de plusieurs habitants du village engagés durant cette période.
Parmi eux :
Émile Battestini, Vincent Silvarelli, jean-baptiste Pasqualini, Antoine Cristofari, Dominique Agostini, Charles-Marie Tomi, Ange-Toussaint Querci, Dominique Pianelli, Paul Piana, Joseph-Marie Andreani, Jacques-André Paoletti, Ange-César Lucciardi, Xavier Paoletti, Toussaint Tomi, Louis Casta, Jean et Dominique Satti, Dominique Andreani, Tiburce Morati et Maistrellu.
Je tenais à ce que leurs noms soient prononcés aujourd’hui.
Depuis le Salone, d’autres prenaient le relais. Les a***s étaient acheminées soit vers la Balagne, soit vers le plateau de Calamicornu, à près de mille mètres d’altitude. Thomas Andreani fut notamment de ceux qui participèrent à cet acheminement.
Une telle opération nécessitait également de nombreux mulets et des ânes. Des habitants mirent leurs propres bêtes à disposition.
Il fallait aussi nourrir les hommes restés cachés et procurer de l’avoine pour les animaux.
Anna Francesca Volelli, Françoise Silvarelli et Chjara Rosa Costa préparaient ainsi du pain et le faisaient parvenir aux hommes.
Cette liste n’est pas exhaustive. Des renseignements restent à recueillir, des parcours à retrouver, des noms à faire ressurgir.
J’espère que, dès l’année prochaine, nous serons en mesure d’en dire davantage encore sur ces femmes et ces hommes.
Car la mobilisation autour de l’opération Casta ne s’est pas arrêtée avec la mort de Dominique Vincetti.
Le 22 août 1943, trois jours après qu’il fut tombé ici, il restait encore un dernier chargement à transporter.
Trois jours après sa mort, l’opération continuait.
Et il faut aussi se souvenir du prix que certains ont payé.
Une trentaine de résistants furent arrêtés. Ici, à Casta, ceux qui furent pris furent molestés.
Maistrellu, notamment, fut attaché par les poignets à l’arrière d’une camionnette par les Chemises noires.
Lorsque nous prononçons aujourd’hui les mots « opération Casta », voilà aussi ce qu’ils recouvrent : des a***s transportées dans la clandestinité, des hommes cachés qu’il fallait nourrir, des habitants qui prêtaient leurs bêtes, des femmes qui préparaient du pain, des arrestations et des violences.
Et derrière tout cela, des femmes et des hommes d’ici.
Certains sont restés dans les mémoires. D’autres restent encore à retrouver.
Alors nous continuerons à rechercher les noms, à recueillir les témoignages et à transmettre cette histoire.
Parce que Dominique Vincetti n’était pas seul.
Il avait 26 ans lorsqu’il est tombé ici. Mais autour de lui, tout un territoire s’était levé.
Et il ne faut pas oublier que beaucoup de ceux qui se sont engagés à ses côtés ou dans la Résistance n’étaient encore, eux aussi, que de jeunes adultes.
Eux aussi avaient une vie devant eux, des projets, un avenir. Et pourtant, ils ont accepté de prendre des risques considérables au nom de la liberté.
Plus de quatre-vingts ans après, nous sommes ici.
Libres.
Libres de nous réunir. Libres de parler. Libres de vivre et de construire notre avenir.
Cette liberté, Dominique Vincetti n’aura pas eu la chance d’en connaître le retour.
Il avait 26 ans. Il avait encore toute une vie devant lui.
Et cette vie, il l’a sacrifiée pour que d’autres puissent continuer la leur.
Alors aujourd’hui, au nom de la commune de Santu Petru di Tenda, je veux simplement dire notre reconnaissance.
À Dominique Vincetti.
À toutes celles et tous ceux qui l’ont accompagné.
À toutes les femmes et à tous les hommes de notre territoire qui ont pris leur part dans cette histoire.
Nous nous souvenons.
Et tant que leurs noms continueront d’être prononcés ici, leur sacrifice ne sera jamais oublié.