26/05/2026
Il y a quelques mois, on vous faisait découvrir l’ancienne carrière du château : https://chateaudemontferrand.fr/une-carriere-a-ciel-ouvert.html
Celle-ci vient d’être magnifiquement réhabilitée par les bénévoles de l’association Pic Patrimoine, qui ont débroussaillé l’aire d’extraction des pierres et relevé les murs en pierre sèche qui l’entouraient.
L’ouverture de cette carrière de calcaire dur, vers 1620, répond aux besoins de militarisation du site. La construction tenaillée en grand appareil de taille requiert une importante quantité de blocs de pierre, à la fois gros et réguliers. Or, les pierres de surface ne fournissent pas de blocs assez volumineux pour le système fortifié moderne. Dans un premier temps, on a certainement utilisé les déblais des importants terrassements réalisés à l’intérieur de l’enceinte, pour créer la place d’armes, avant d’ouvrir un espace d’extraction spécifique.
Plusieurs veines en calcite ont permis de détacher la roche avec des leviers. Une tête de masse retrouvée sur place témoigne de l’emploi de barre-à-mine. La roche détachée du front de taille est débitée en blocs bruts acheminés hors de la carrière pour être taillés puis maçonnés. Chaque bloc, de 60 cm de large en moyenne, pèse 250 kg environ. Les "chutes" sont entassées sur des cônes de déblais au sud et à l’est. L'importante volumétrie de ces cônes dénote le soin apporté au choix des pierres, avec le rejet systématique des blocs présentant faiblesses ou impuretés, par des carriers compétents spécialement recrutés pour ces travaux.
Les murs bâtis à partir des pierres de la carrière, caractéristiques du projet de fortification tenaillée, sont parfaitement repérables sur le site :
1️⃣ l’épais mur percé d’une porte à l’ouest,
2️⃣ le ravelin enchâssé dans l’enceinte médiévale sud,
3️⃣ les bases des murs en queue d’hironde qui devaient fermer la place d’armes,
4️⃣ les murs du boulevard est-ouest protégeant le Petit et le Vieux Montferrand…
La carrière est exploitée pendant quelques mois à peine, à en juger par l’avancement des travaux. Elle est abandonnée vers 1622 à la reprise des conflits entre catholiques et protestants : le projet (trop ?) ambitieux de fortification tenaillée est stoppé net, on sécurise en urgence le château sans défense, entre constructions médiévales en cours de démolition et forteresse moderne à peine ébauchée.
Dans leur inventaire du château de 1677, les experts trouvent, à l’emplacement de la carrière, "un espace servant de jardin", fermé par une porte à claire-voie à deux vantaux. Après 1622, l’aire d’extraction, d’environ 150 m2, est couverte d’une couche de terre d’1 m d’épaisseur environ et devient un potager. Les murs en pierre sèche datent de cette époque : ils protègent les cultures des animaux sauvages…
Après la reddition de Montpellier (1622), les impératifs militaires ont laissé place à des nécessités plus prosaïques : les ennemis du château ont changé de nature… et de cible ! 😜