11/06/2026
Jurisprudence | SDIS - Référé-suspension : conditions de recevabilité et risque d'amende pour recours abusif
Tribunal administratif de Besançon, 7 mai 2026 (juge des référés)
➜ Les faits
Un agent d'un SDIS, en conflit prolongé avec son administration sur sa situation statutaire (disponibilité d'office, refus de reconnaissance d'un accident de service, refus d'instruction de demandes de congé de longue durée), saisit le juge des référés d'une demande de suspension de ces décisions. Il fait valoir une situation financière et médicale très dégradée et de nombreux moyens d'illégalité. Le juge rejette l'ensemble des demandes et lui inflige une amende pour recours abusif.
➜ Ce que retient le juge
Premier motif d'irrecevabilité, tiré de la présentation des pièces : transmises par voie électronique, elles doivent l'être par fichiers distincts, avec un inventaire cohérent (art. R. 414-5), à peine d'irrecevabilité ; or l'inventaire et les pièces présentaient de nombreuses incohérences. En référé, le juge n'est pas tenu d'inviter à régulariser (art. R. 522-2 écartant l'art. R. 612-1).
Second motif : l'absence de recours au principal. Le référé-suspension n'est pas une voie autonome ; il suppose une requête en annulation régulièrement enregistrée, dont la suspension n'est que l'accessoire (art. L. 521-1). Or aucune n'avait été enregistrée au greffe.
Les deux conditions du référé faisaient aussi défaut : l'urgence, appréciée à la date de l'ordonnance, n'était pas caractérisée, et aucun moyen n'apparaissait propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. La demande pouvait donc être rejetée par ordonnance motivée, sans audience (art. L. 522-3).
Enfin, sur le fondement de l'article R. 741-12 (amende pouvant atteindre 10 000 euros), le juge relève la multiplication de recours répétitifs - plus d'une quarantaine depuis 2015 -, portant sur le même objet et déjà tranchés, malgré des avertissements antérieurs, et prononce une amende de 3 000 euros.
➜ Le point à retenir
Un référé-suspension doit s'adosser à un recours en annulation effectivement formé : sans recours au principal, il est irrecevable. La rigueur formelle dans la présentation des pièces conditionne la recevabilité, le juge n'étant pas tenu d'inviter à régulariser.
L'urgence doit être actuelle et démontrée ; sa caractérisation peut être fragilisée par la répétition du contentieux, et la multiplication de recours infondés expose à une amende pour recours abusif.
À noter : ce rejet tient aux conditions propres au référé et ne préjuge pas du fond du litige statutaire, qui relèverait d'un recours au principal.
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