04/10/2025
Merci à la journaliste qui a si bien su vous déceler et merci à vous pour avoir mis aussi en avant l'histoire de la Prune Reine-Claude de Pézenas.
[Portrait numéro 3 - Plongée dans l’univers de Pierre & Lili, pépiniéristes en quête de sens]
Il y a des rencontres qui bousculent. Pas par des effets de manche, mais par la sincérité d’un chemin et une passion qui déborde de chaque mot. Pierre et Lili, créateurs de la pépinière qui porte leurs deux prénoms, font partie de ces rencontres-là. Ils ont quitté leurs métiers pour bâtir ensemble un projet ancré dans la terre et dans l’avenir.
Pierre venait du monde des luminaires, Lili de celui de la distribution bio. Lui avait déjà pris cette “claque écolo”, comme il la nomme, qui le poussait à chercher du sens, elle avait envie d’agir autrement qu’à travers les rayons d’un magasin. Elle ne voulait plus seulement distribuer, elle voulait participer activement. Ensemble, ils ont décidé de créer une pépinière fruitière locale, non pas pour remplir une vitrine, mais pour « essayer de créer de la résilience alimentaire sur le territoire », disent-ils simplement.
Leur force, c’est ce “nous” assumé. Pierre imagine, philosophe, relie des idées. Lili ancre, organise, rend concret. Loin d’un effacement, l’admiration qu’elle lui porte devient un moteur. Ensemble, ils ont choisi moins d’artificiel, plus de vivant.
Dans leur pépinière, chaque arbre est pensé comme une pièce unique, adaptée à son futur environnement. Pas d’approche standardisée, mais des choix précis : des variétés robustes, adaptées au climat, résistantes aux maladies, utiles pour nourrir familles comme maraîchers. Pierre aime rappeler l’exemple de la pomme : « Quel autre fruit peux-tu manger de fin août à juin, que tu mets dans ta poche le matin et que tu ressors intact le soir, sans frigo ni camion ? » Une évidence qui résume leur vision : produire du durable, du simple, de l’essentiel.
Ils croient aussi à la puissance du sol vivant. En citant les travaux de Marcel Bouché, ils rappellent qu’une tonne de vers de terre par hectare peut restituer l’équivalent de 600 kg d’azote par an, trois fois plus que ce qu’autorise l’agriculture chimique. Preuve qu’un sol bien entretenu peut redevenir nourricier sans artifices.
Parmi leurs fiertés, il y a l’histoire de la prune de Pézenas. Disparue depuis presque un siècle, elle faisait autrefois la renommée de la ville et s’exportait jusqu’à Paris, servie sur les tables les plus prestigieuses. Avec d’autres passionnés, Pierre et Lili ont recherché les derniers arbres encore vivants, confirmé leur authenticité, multiplié les greffes. L’an dernier, une centaine de jeunes plants ont pris racine. Dans quelques années, cette variété oubliée pourra à nouveau être récoltée et partagée. Pour eux, ce n’est pas qu’une prune retrouvée, c’est un morceau de mémoire restitué.
Et parfois, la pépinière se transforme en terrain de rêves. Quand je leur demande si un citronnier pourrait pousser à Lacabarède malgré nos hivers, je m’attends à un non catégorique. Mais leurs yeux brillent. En quelques instants, ils m’expliquent : en choisissant un porte-greffe rustique comme le Poncirus Flying Dragon, et en y greffant un citron Meyer, même un agrume pourrait trouver sa place ici. Ce qui semblait impossible devient une promesse. C’est ça, leur magie : rendre le futur plus large que nos limites.
Au-delà des vitrines, Pierre et Lili rappellent que l’agriculture n’est pas qu’une affaire de rendement. C’est une question d’écologie, de mémoire, et même d’amour. Leur pépinière ne brille pas par des artifices, mais par une présence authentique et un engagement profond pour notre territoire. Ils animent des ateliers de greffe en mairie, conseillent les habitants, partagent leur savoir-faire avec les associations et les agriculteurs locaux. Leur engagement se vit dans le quotidien, aux côtés de ceux qui veulent, eux aussi, planter un avenir.
Photos et interview : Naomie Guégan - Infinity Moments
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