24/03/2024
COMMUNIQUÉ DU PRÉSIDENT SORTANT
Ce communiqué est soutenu par une partie des membres de Reboo-T mais n’engage pas l’association. Son contenu est uniquement au nom de Noé Le Tallec.
Le dimanche 24 Mars 2024,
A Nantes,
Objet : Excuses envers un·e membre de LA STATION - Complément du communiqué de l’association
TW : Mention de violences sexuelles
Je, Noé Le Tallec, souhaitais également m'excuser à titre personnel, en tant que Président au moment des faits. Ce rôle me rend responsable éthiquement de l’implication de REBOO-T dans une telle situation.
J'ai voté en faveur d'une partie de l'implication de l'association alors que je n'avais pas les éléments nécessaires pour faire un tel choix. J'aurais dû chercher des informations complémentaires. J'aurais dû m'opposer à la collaboration avec des organisations que je ne connaissais pas et me renseigner consciencieusement sur elles. J'aurais dû m’opposer à notre participation à une affaire aussi sensible se déroulant à l’autre bout de la France, et refuser de me retrouver responsable d’une antenne aussi lointaine.
En Conseil d’Administration, lors de la proposition du partage de l’appel à témoignages d’OUVRONS LES GUILLEMETS, des méfiances ont été soulevées sur les conséquences potentielles. Mais nous avons décidé de faire confiance au jugement de nos collègues.
Il aurait pourtant suffi que je consulte la charte d’OUVRONS LES GUILLEMETS, disponible sur leur compte Instagram, pour voir que ce n’est pas une association avec qui nous aurions dû travailler :
“Bannissement des paroles d’agresseur·se :
Les agresseur·se·s ne sont pas accepté·e·s à nos groupes de parole.
Certaines victimes reproduisent les agressions subies sous l’emprise de leur agresseur·se. La notion de consentement s’en trouve ainsi biaisée.
Cependant, l’évocation de ces agressions n’a pas sa place au sein des groupes de parole dédiés aux victimes de violences sexuelles et domestiques.”
Leur “Bannissement des paroles d’agresseur·se” est une essentialisation, non seulement des personnes agresseur·ses mais également des victimes. Ériger ainsi la parole des victimes au rang du sacré inquestionnable est nier la nature profondément complexe des situations de violences, d’autant plus au sein de nos milieux. C’est dangereux et irrespectueux du vécu et du récit des victimes qui n’ont pas le droit d'être honnêtes sur leurs expériences si elles ne collent pas avec la vision pure de la victime. C’est une forme sournoise d’injonction au silence quand la réalité gène et de déresponsabilisation totale.
C’est cela qui peut entraîner les victimes à reproduire les violences, puisqu’elles se pensent incapables de jamais faire de mal à leur tour. Alors que c’est justement ce qui explique en grande partie les violences au sein de la communauté LGBTI+, et notre incapacité collective à les prévenir et les gérer.
Autres exemples, publiés plus récemment sur leurs réseaux sociaux :
“Chez OUVRONS LES GUILLEMETS nous ne définissons pas le viol car c’est à chaque victime de faire sa propre définition. En effet, nous ne voulons pas hiérarchiser les vécus de chacun·e ni mettre des mots dessus.”
“Le violentomètre est un outil problématique, entre autres, parce qu’il hiérarchise les violences en affirmant que certaines sont plus graves que d’autres. Toute violence est grave et légitime.”
Non, toutes les violences ne se valent pas, et il n’existe pas de Justice sans mesure ; pas de compréhension et d’écoute sans un minimum de précision dans le récit. On n’a pas besoin de nier les différences de vécu pour respecter la légitimité de chacun·e. Les mots sont à définir ensemble, pas à utiliser comme ça nous arrange pour décrire des réalités très différentes. Les mesures à prendre à la suite d’une agression doivent être proportionnées et adaptées à chaque situation. Les émotions de la victime, présumée ou avérée, ne sont pas la seule variable à prendre en compte. Un même sentiment de violence ne correspond pas toujours à une même réalité et devrait être pris dans son contexte.
Les actions et postures d’OUVRONS LES GUILLEMETS sont contradictoires et potentiellement nuisibles. L’association fait un appel à témoins publique, diffusé en coordination avec l’Inter-Asso mais garde une opacité totale dans le traitement et la nature des témoignages. Cette façon de faire ne protège personne et entrave le processus de mise en sécurité des potentielles victimes et de résolution de la situation. Et ce qui a surtout transparu, c’est la mise en danger d’une personne en particulier, au centre des rumeurs, à cause d’une vague de harcèlement et d’ostracisation de tout le milieu LGBTI+ local.
Il est absolument inadmissible de fonctionner de la sorte. Toute démarche de Justice doit se faire en communication y compris avec les accusé·es. Les victimes ne sont pas les seuls êtres humains à avoir des droits, et aucune sanction, officielle ou non, ne peut être légitime sans en donner la raison. Ce ne sont pas les victimes qui font la Justice, mais la communauté.
Il est important de rappeler également la mise en danger, l’instrumentalisation et la négligence envers les victimes présumées, que personne n’a rencontrées. Car OUVRONS LES GUILLEMETS n’accompagne pas les victimes qui témoignent, ni même ne les rencontre. Elle se contente de récolter leur témoignage écrit, et de leur demander dans quelles conditions l’association pourra s’en servir (procédure de Justice, défense d’un procès en diffamation...).
Si une ou des personnes dangereuses existent, cette façon de faire laisse les victimes à la merci de potentielles représailles et ne leur offre aucun soutien ou protection.
J’espère qu’il est clair que mes reproches ne portent pas sur le fondement des accusations ou la légitimité de·s victime·s invoqué·es. C’est le procédé que je condamne, avec toutes les conséquences que l’on voit aujourd’hui.
Je suis sincèrement désolé du mal que j’ai fait personnellement et des violences que j’ai laissées passer en ne respectant pas mes responsabilités.
Je me tiens disponible de me rendre à Strasbourg si quelqu’un a besoin de moi là-bas à l’avenir, pour quelque raison que ce soit, car cette situation est loin d’être résolue.
Pour me contacter, merci de s’adresser à :
[email protected]
Noé LE TALLEC
Ancien Président