28/05/2026
Restaurer un char, ce n’est pas seulement le remettre en état, c’est aussi redonner vie à une histoire. Le char DOUAUMONT fait partie de ces blindés dont l’histoire dépasse largement la fiction.
À Paris, le 25 août 1944, le DOUAUMONT participe à l’assaut de l’hôtel Meurice, quartier général du général von Choltitz. Sous les ordres du lieutenant Bénard, les chars du 501e RCC progressent rue de Rivoli aux côtés de l’infanterie du régiment de marche du Tchad. Place de la Concorde, le DOUAUMONT tombe soudain face à un Panther allemand. À bord, le sergent Marcel Bizien n’a que 21 ans. Le premier obus tiré est explosif : inefficace contre le blindage allemand. Le second est un fumigène. Pendant que le Panther tente d’orienter son canon vers le Sherman français, le pilote Campillo prend une décision f***e : il accélère et éperonne le char allemand. Le long canon du Panther se retrouve bloqué contre la tourelle du DOUAUMONT, empêchant le tir. Profitant du nuage de fumée, l’équipage allemand abandonne son char et fuit vers les jardins des Tuileries. Quelques instants plus t**d, alors que l’équipage célèbre sa victoire, le sergent Bizien est touché mortellement par une b***e d'un tireur embusqué depuis un toit parisien. Il s’effondre dans sa tourelle. Un héros du 501 vient de tomber.
L’histoire du DOUAUMONT ne s’arrête pourtant pas là.
Le 17 septembre 1944, près de Châtel, le DOUAUMONT est de nouveau engagé. Dans le viseur du tireur Miguel Miguras, volontaire chilien, une silhouette apparaît dans un buisson. Craignant un tir fratricide, le sergent Giangandi hésite à ouvrir le feu. Miguras finit par crier : « M***e, je tire ! » et presse la détente. Au même instant, le char allemand tire également. L’obus frappe le DOUAUMONT en pleine tourelle. L’équipage évacue le char en flammes. Gravement blessé, le sergent Giangandi tente de sortir seul de la tourelle et appelle ses camarades à l’aide. L’un d’eux remonte sur le blindé pour le sauver, mais le souffle d’un obus de 88 mm le projette au sol. Quelques secondes plus t**d, les munitions explosent avec le char. Giangandi, ancien maquisard ayant rejoint la compagnie après la Normandie, disparaît dans l’incendie du DOUAUMONT. Son histoire rejoint celle de tous les équipages tombés à bord de ces blindés.
Hasard de guerre presque irréel, dix mois après la place de la Concorde, sur une autoroute allemande près de Munich, l’équipage du DOUAUMONT II, immobilisé par une panne, demande de l’aide à un ancien tankiste allemand muni d’un laissez-passer américain. Au cours de la discussion, les Français découvrent qu’il s’agit du conducteur du Panther éperonné quelques mois plus tôt.
À travers la restauration de ces chars et la transmission de leur nom, le régiment perpétue cette mémoire, rappelant que chaque char porte en lui une histoire faite d’engagement, de courage et de sacrifice. C’est ce que font les bénévoles du Groupement Tactique du Pinceau GTP et tout particulièrement Madame Ghyslène Lebarbenchon à l’origine de cette équipe. Il faut dire qu’elle a été bien formée et guidée sur cette voie du passage de la Mémoire par son Père, Gilbert. Lui qui au 3e escadron du 501 lors de son service dans les années 50 a rangé comme il aimait à le dire : 1 hectare de blindés ! Dont le Douaumont…
2e brigade blindée Cavalerie Blindée FNAM siège Paris Bleuet de France