19/08/2026
ET SI NOUS ÉTIONS EN TRAIN DE FAIRE TOMBER LA VÉRITÉ… AVANT MÊME D’AVOIR COMPRIS POURQUOI ELLE DÉRANGE AUTANT ?
Il y a des moments dans l’histoire d’un pays où il faut arrêter de regarder uniquement ce qui fait du bruit…
…et commencer à regarder ce qui se joue derrière le bruit.
Aujourd’hui, le bruit porte un nom :
FANIRISOA ERNAIVO.
On parle de son caractère.
On parle de ses colères.
On parle de la diaspora.
On parle de ses maladresses.
On parle de ceux avec qui elle s’est brouillée.
On multiplie les publications, les vidéos, les accusations et les commentaires.
Mais pendant que tout Madagascar regarde la Ministre…
qui regarde encore les dossiers qu’elle porte ?
Car derrière cette femme se trouvent aujourd’hui deux noms que personne ne peut considérer comme anodins dans l’histoire politique et économique récente de Madagascar :
ANDRY RAJOELINA.
MAMY RAVATOMANGA.
Deux hommes dont la proximité politique et économique a été abondamment commentée pendant des années.
Deux trajectoires que l’histoire récente de Madagascar a régulièrement fait se croiser.
Le pouvoir politique d’un côté.
Une immense puissance économique et des réseaux d’influence de l’autre.
Et au milieu…
MADAGASCAR.
Notre pays.
Nos richesses.
Nos institutions.
Notre Justice.
Notre avenir.
Mais avant de parler de tout cela, souvenons-nous d’où vient cette femme que l’on juge aujourd’hui en quelques secondes sur Facebook.
Avant d’être Ministre de la Justice…
avant d’être magistrate…
avant de devenir cette femme au caractère que beaucoup qualifient d’impulsif…
Fanirisoa était une enfant.
Une petite fille qui a perdu ses parents beaucoup trop tôt.
Une zaza kamboty.
Une enfant qui a grandi auprès de plusieurs familles.
Une enfant qui a appris très tôt quelque chose que beaucoup d’entre nous n’apprennent jamais :
CE QUE SIGNIFIE ÊTRE VULNÉRABLE.
Ce que signifie ne pas avoir toujours quelqu’un derrière soi.
Ce que signifie devoir se défendre.
Ce que signifie sentir l’injustice alors qu’on est trop petit pour pouvoir la combattre.
Peut-être que son caractère vient aussi de là.
Peut-être que cette manière parfois brutale de répondre vient d’une vie durant laquelle elle a appris qu’il fallait se battre pour ne pas être écrasée.
Cela n’excuse aucune erreur.
Mais cela explique peut-être une partie de la femme.
Parce que lorsqu’on a souffert de l’injustice enfant, l’injustice ne devient jamais simplement un chapitre d’un livre de droit.
ELLE RESTE UNE BLESSURE.
Et cette femme-là est aujourd’hui au cœur de dossiers que très peu de responsables rêveraient probablement d’avoir sur leur bureau.
Il y a d’abord la mise en accusation de l’ancien président Andry Rajoelina.
Un ancien chef de l’État.
Un ancien président disposant encore de relations, d’un réseau politique et d’une capacité de défense considérables.
Une procédure dont l’avancement institutionnel est particulièrement sensible.
Et derrière tout cela se pose une question que personne ne devrait avoir peur de poser :
EST-CE QUE MADAGASCAR EST RÉELLEMENT CAPABLE DE JUGER LES HOMMES QUI ONT DÉTENU LE POUVOIR ?
Pas de les condamner à l’avance.
Pas de se venger.
Mais simplement de leur demander de répondre devant les institutions lorsque la procédure et les éléments du dossier le justifient.
Car si un ancien président devient trop puissant pour devoir répondre à la Justice…
alors à quoi sert la Justice ?
Et puis il y a l’autre dossier.
MAMY RAVATOMANGA.
Un homme d’affaires dont le nom est devenu indissociable, pendant des années, des débats sur le pouvoir économique et l’influence à Madagascar.
Aujourd’hui, ce n’est plus seulement une polémique Facebook.
Il existe des procédures judiciaires.
Il existe une affaire à Maurice.
Il existe une demande malgache concernant son extradition.
Il existe des investigations qui doivent suivre leur chemin.
Et encore une fois :
LAISSONS LA JUSTICE DÉCIDER DE LA CULPABILITÉ.
Mais la Justice doit justement pouvoir aller jusqu’au bout.
Parce que le pire scénario pour Madagascar ne serait pas qu’un homme puissant soit reconnu innocent après une véritable procédure.
Le pire scénario serait que nous ne sachions jamais la vérité parce que la procédure n’aurait jamais été menée jusqu’à son terme.
Et c’est ici que les deux histoires se rejoignent.
Rajoelina.
Ravatomanga.
Depuis des années, leurs noms apparaissent côte à côte lorsqu’on raconte les rapports entre pouvoir politique et puissance économique sous l’ancien système.
Des médias internationaux ont décrit Ravatomanga comme un allié proche, un conseiller de l’ombre, parfois tellement influent que certains le surnommaient même officieusement le « vice-président ».
Leurs liens d’affaires et leur proximité remontent à la période de l’ascension de Rajoelina autour de 2009.
Alors une question beaucoup plus profonde doit désormais être posée :
MADAGASCAR A-T-IL ÉTÉ VICTIME D’UNE FORME DE CAPTURE DE L’ÉTAT ?
Attention.
Poser cette question n’est pas rendre un jugement.
La « capture de l’État » est précisément le phénomène dans lequel des intérêts privés deviennent tellement puissants et tellement imbriqués avec le pouvoir politique qu’ils finissent par influencer profondément les décisions publiques.
Alors regardons notre histoire.
Regardons les marchés.
Regardons les secteurs économiques.
Regardons les décisions prises.
Regardons les entreprises.
Regardons les institutions.
Regardons les bénéficiaires.
Regardons les dossiers.
Et demandons-nous :
OÙ S’ARRÊTAIT L’ÉTAT ET OÙ COMMENÇAIENT LES INTÉRÊTS PRIVÉS ?
C’est une question que la Justice doit pouvoir examiner.
Pas Facebook.
Pas la vengeance.
LA JUSTICE.
Et maintenant regardez ce qui arrive à Fanirisoa.
Au moment même où ces dossiers deviennent sensibles…
elle devient elle-même la cible de toutes les conversations.
Son caractère devient le sujet.
Ses relations deviennent le sujet.
La diaspora devient le sujet.
Ses ennemis deviennent le sujet.
Ses paroles deviennent le sujet.
Tout devient sujet…
SAUF LES DOSSIERS.
Et cela devrait au minimum nous interpeller.
Parce qu’une femme politique peut être mauvaise.
Une ministre peut être incompétente.
Elle peut commettre une faute.
Elle peut même commettre une infraction.
Mais dans ce cas :
APPORTEZ LES PREUVES.
Si elle a volé :
PREUVES.
Si elle a détourné :
PREUVES.
Si elle a abusé de son pouvoir :
PREUVES.
Puis Justice.
Mais on ne remplace pas un tribunal par Facebook.
On ne remplace pas une enquête par une campagne de publications.
On ne remplace pas la preuve par mille partages.
Et puis il y a cette histoire avec la diaspora.
Pourquoi une femme issue elle-même de cette diaspora aurait-elle décidé, du jour au lendemain, de lui tourner le dos ?
Pourquoi ?
Voilà la question.
Qu’avait-elle réellement le droit de faire ?
Qu’est-ce qu’on lui avait demandé de ne pas faire ?
Pourquoi aurait-elle été empêchée d’intégrer davantage certaines personnes de la diaspora dans ses projets ou son ministère ?
Pourquoi certaines personnes autrefois proches d’elle sont-elles devenues ses agresseurs les plus virulents sur Facebook ?
Il existe même cette histoire selon laquelle elle aurait personnellement payé à l’un de ses futurs détracteurs un billet d’avion dépassant 1 000 euros pour lui permettre de venir à Madagascar.
Puis seraient venues d’autres attentes.
Des gardes du corps.
Des avantages personnels.
Des demandes auxquelles elle ne pouvait ou ne voulait peut-être plus répondre.
Et l’aide d’hier serait soudain devenue la « trahison » d’aujourd’hui.
Encore une fois :
que chacun apporte les éléments permettant de vérifier cette histoire.
Mais posons au moins la question.
ET SI ELLE N’AVAIT JAMAIS VOULU ABANDONNER LA DIASPORA ?
Et si on lui avait simplement conseillé de s’en éloigner ?
Et si certains avaient compris qu’en coupant Fanirisoa d’une partie de ses soutiens…
elle deviendrait progressivement seule ?
Et une personne seule devient beaucoup plus facile à attaquer.
Maintenant imaginons demain.
Seulement demain.
Fanirisoa tombe.
Elle quitte le ministère.
Facebook explose de joie.
Ses adversaires écrivent :
« Nous avons gagné. »
Très bien.
Et après ?
QUI REPREND LE DOSSIER RAJOELINA ?
Qui exigera que la procédure de mise en accusation suive jusqu’au bout son chemin légal ?
Qui demandera pourquoi elle bloque si elle bloque ?
Qui acceptera de se retrouver face à un ancien président et à tout ce que représente un ancien appareil de pouvoir ?
QUI REPREND LE DOSSIER MAMY RAVATOMANGA ?
Qui continuera à coopérer avec Maurice ?
Qui suivra les procédures ?
Qui demandera les documents ?
Qui suivra les investigations financières ?
Qui continuera à rechercher ce qui appartient éventuellement à l’État malagasy, si la Justice établit un jour que des biens ou de l’argent doivent être récupérés ?
Qui ?
Parce que voici ce que nous devons comprendre.
Quand vous vous attaquez à un pauvre, il possède rarement une armée d’avocats.
Il ne possède pas de groupes économiques.
Il n’a pas accès aux puissants.
Il ne peut pas financer une communication massive.
Il ne connaît pas nécessairement des décideurs dans plusieurs pays.
Mais quand la Justice commence à regarder les personnes qui ont accumulé pouvoir, fortune, relations et influence pendant des années, la bataille change complètement de dimension.
Et voilà pourquoi nos institutions doivent être plus fortes que les personnes.
Car si Fanirisoa disparaît demain et que tous ces dossiers disparaissent progressivement avec elle…
nous aurons peut-être fait tomber une femme.
Mais qu’aurons-nous gagné ?
RIEN.
Et qui aura perdu ?
Pas les milliardaires.
Pas les anciens présidents.
Pas les politiciens.
NOUS.
Les Malagasy.
Toujours nous.
Cette maman qui se lève à 4 heures du matin pour essayer de vendre quelques produits et nourrir ses enfants…
c’est elle qui perd.
Ce fonctionnaire qui travaille tout le mois et regarde son salaire disparaître avant même la fin de la deuxième semaine…
c’est lui qui perd.
Ce jeune diplômé qui regarde l’aéroport comme sa seule porte vers un avenir meilleur…
c’est lui qui perd.
Ce paysan qui travaille une terre extraordinairement riche mais reste pauvre toute sa vie…
c’est lui qui perd.
Cette famille qui arrive à l’hôpital et découvre qu’il faut encore acheter elle-même ce dont le malade a besoin…
c’est elle qui perd.
Et cette petite fille malagasy qui naît aujourd’hui dans un village sans eau correcte, sans électricité et sans école digne de ce nom…
C’EST ELLE QUI PAIERA DEMAIN.
Pendant que quelques-uns discutent de millions et de milliards…
une partie de Madagascar continue simplement à chercher de quoi manger ce soir.
Voilà pourquoi ces dossiers ne sont pas seulement des dossiers judiciaires.
ILS PARLENT DE NOTRE HISTOIRE.
Ils parlent de ce que nous avons accepté.
De ce que nous avons perdu.
De ce que nous voulons transmettre à nos enfants.
Fanirisoa n’est pas parfaite.
Et peut-être qu’elle-même regrettera un jour certaines paroles, certaines réactions ou certaines décisions.
Mais n’oubliez jamais :
avant cette femme que Facebook insulte aujourd’hui…
il y avait une petite fille.
Une zaza kamboty.
Une enfant sans ses parents.
Une enfant qui devait dépendre d’autres familles pour avancer dans la vie.
Et cette enfant a grandi.
Elle a étudié.
Elle est devenue magistrate.
Elle s’est battue.
Elle est devenue Ministre de la Justice.
Et le destin a placé sur son bureau des dossiers touchant précisément des hommes qui incarnent, chacun à leur manière, une puissance que cette petite fille n’aurait jamais pu imaginer affronter un jour.
Il y a quelque chose de profondément symbolique là-dedans.
LA PETITE ORPHELINE FACE AUX PUISSANTS.
Cela ne la rend pas automatiquement juste.
Cela ne rend pas automatiquement les autres coupables.
Mais cela devrait au moins nous donner envie d’attendre les preuves avant de la détruire.
Et si demain la Justice établit que Rajoelina n’a rien à se reprocher dans les faits examinés :
qu’il soit blanchi.
Si elle établit que Ravatomanga n’a commis aucune infraction :
qu’il soit blanchi.
C’est cela, la Justice.
Mais si elle établit le contraire…
ALORS QUE PERSONNE NE PUISSE ÉCHAPPER À LA LOI PARCE QU’IL EST RICHE, ANCIEN PRÉSIDENT OU PUISSANT.
Voilà le vrai combat.
Ne faisons donc pas de Fanirisoa une sainte.
Ne faisons de personne un démon avant son jugement.
Mais surtout :
NE LAISSONS PAS LES POLÉMIQUES FAIRE DISPARAÎTRE LES DOSSIERS.
Parce qu’après le départ de Fanirisoa…
il sera peut-être trop t**d pour se réveiller.
Trop t**d pour demander :
« Où est passée la procédure contre l’ancien président ? »
Trop t**d pour demander :
« Où en est le dossier Mamy Ravatomanga ? »
Trop t**d pour demander :
« Où sont passés les biens et les milliards dont on parlait ? »
Trop t**d pour demander :
« Pourquoi personne n’a continué ? »
Et surtout…
trop t**d pour dire :
« SI NOUS AVIONS SU… »
Alors aujourd’hui, la question n’est pas :
« Êtes-vous pour Fanirisoa ? »
Ni :
« Êtes-vous contre Fanirisoa ? »
La vraie question est beaucoup plus importante :
EST-CE QUE NOUS VOULONS ENFIN SAVOIR LA VÉRITÉ ?
Sur le pouvoir.
Sur l’argent.
Sur les relations entre intérêts privés et décisions publiques.
Sur les responsabilités de l’ancien régime.
Sur les dossiers Rajoelina.
Sur les dossiers Ravatomanga.
Sur cette éventuelle capture de l’État dont le peuple malagasy doit pouvoir connaître la réalité — ou l’absence de réalité — à travers des enquêtes et des procédures sérieuses.
Parce que les présidents passent.
Les ministres passent.
Les milliardaires passent.
Les gouvernements passent.
MADAGASCAR RESTE.
Et si demain nous découvrons que nous avons passé notre temps à nous battre entre Malagasy pendant que les dossiers les plus importants de notre génération étaient enterrés…
aucune publication Facebook ne pourra réparer cela.
Aucune excuse ne rendra les années perdues.
Et aucun regret ne rendra à nos enfants ce que notre génération n’aura pas eu le courage de défendre :
UNE JUSTICE QUI NE DEMANDE JAMAIS COMBIEN VOUS POSSÉDEZ AVANT DE DÉCIDER SI LA LOI S’APPLIQUE À VOUS.
Une Justice où un pauvre et un milliardaire sont égaux.
Une Justice où un ancien président et un simple citoyen doivent répondre aux mêmes règles.
Une Justice qui ne tremble devant aucun nom.
Et peut-être qu’au fond, c’est justement parce que la petite zaza kamboty d’hier sait ce que signifie être sans défense…
qu’elle refuse aujourd’hui que Madagascar reste éternellement sans défense devant les puissants.
L’Histoire dira si elle avait raison ou tort.
MAIS LAISSONS AU MOINS LA JUSTICE ALLER JUSQU’AU BOUT POUR QUE L’HISTOIRE PUISSE UN JOUR RENDRE SON VERDICT.
Parce que si tout s’arrête maintenant…
ce n’est peut-être pas seulement une Ministre qui tombera.
C’EST L’ESPOIR DE MILLIONS DE MALAGASY DE VOIR ENFIN LES PUISSANTS RÉPONDRE AUX MÊMES QUESTIONS QUE LES AUTRES.
Et quand un peuple perd cet espoir…
IL EST BEAUCOUP PLUS DIFFICILE DE LE LUI RENDRE.