29/05/2025
Le 6 mars 2025, un lanceur Ariane 6 a décollé depuis la base spatiale de Kourou, emportant sous sa coiffe le dernier satellite de reconnaissance de la Composante spatiale optique, CSO-3. A l’instar des tirs précédents, en plus de la présence in-situ depuis la BA 367, l’Armée de l’Air & de l’Espace a déployé en Guyane un détachement de Rafale avec des aviateurs de la 30e Escadre de Chasse dans le cadre de l’opération BUBO 2025.
Les équipages impliqués avaient pour mission de verrouiller l’espace aérien autour du pas de tir, en coopération avec les Fennec de l’ET 68, afin de dissuader la pénétration d’aéronefs ou de drones. En effet, la réussite de la mise sur orbite de CSO-3 était primordiale pour assurer l’indépendance stratégique de la France en matière de recueil de renseignements. Les aviateurs étaient donc pleinement impliqués dans la mission et employaient toutes leurs compétences en matière d’interdiction, à un détail près : il fallait fournir cette protection à Ariane 6 non seulement dans un volume fixe, mais aussi autour d’un lanceur mouvant et potentiellement vulnérable au cours de ses premières minutes de vol. Or, nos lecteurs savent probablement que le rapport poussée/poids d’une fusée dépasse allègrement celui de n’importe quel avion de chasse. Il fallait donc prévoir un profil de vol très particulier, très dynamique, qui amènerait les Rafale à flirter avec le point maximal de leurs abaques de performances.
Ainsi, la patrouille de trois avions devrait se placer une certaine altitude et à une certaine vitesse puis, dans un timing calculé au préalable, venir chercher une pente spécifique afin d’accompagner Ariane 6 pour maintenir le plus longtemps possible le lanceur dans l’enveloppe de protection des armes des avions. La tâche est plus complexe qu’on ne l’imagine car il ne suffit pas de mettre plein gaz et de « couder tant que ça peut ». Il faut faire preuve d’une certaine finesse, gérer l’énergie et anticiper très en amont le chronométrage du tir, d’autant plus qu’il fallait profiter de l’événement pour faire un peu de signalement stratégique « à vocation médiatique ». Comprenez qu’il fallait que les équipages puissent prendre LA bonne photo qui ferait le tour des médias et des réseaux sociaux.
C’est donc avec une certaine nervosité que les équipages ont attendu le lancement ce 6 mars, un peu anxieux, anormalement concentrés sur leur profil de vol, plus que jamais à l’écoute de ce qui se passait à Kourou et, en même temps, attentifs à leur situation tactique et à la surveillance du ciel. Quand enfin, là-bas au loin, le panache de fumée a annoncé le départ d’Ariane, la course a commencé pour nos pilotes : focalisés sur leur leader, le chef du Normandie-Niémen qui, tel Athos 1, déroulait sa musique, nos trois avions ont accéléré et pointé leur nez vers l’azur, suivant au degré et au nœud près les calculs plusieurs fois revus lors de la préparation.
Et ça a fonctionné.
Le lanceur, là-bas au loin, dans toute sa puissance, a percé la troposphère et déchiré la stratosphère sous le regard médusé des équipages, concentrés et excités de vivre un moment aussi exceptionnel. Du siège arrière du n°3, un membre du Lorraine prenait photo sur photo, ravi de constater que le plan se déroulait sans accroc et que les deux autres éléments de la patrouille étaient parfaitement placés pour sa tâche du jour.
Tandis que CSO-3 poursuivait sa course vers l’orbite, nos aviateurs culminèrent à l’altitude prévue et, encore sous le coup de l’adrénaline, rentrèrent à Cayenne, jetant parfois des coups d’œil vers l’arrière et le panache persistant. Toujours concentrés sur un environnement qui ne leur était pas familier, ils ont gardé leurs émotions sous cloche jusqu’au posé des roues et au coup de frein final. A la descente de l’avion, comme à la sortie d’une bonne séance de cinéma, ils se sont racontés les meilleures scènes et décrit ce que tous ont vu avec des étoiles dans les yeux.
Les mêmes que l’on pourrait voir depuis CSO-3.