31/03/2026
Suppressions de postes en Lorraine : l'École n'est pas une variable d'ajustement budgétaire
La suppression annoncée de 152 postes d'enseignants dans l'académie Nancy-Metz à la rentrée 2026, dont 45 en Moselle et 53 en Meurthe-et-Moselle, constitue un signal profondément négatif adressé à la communauté éducative et aux familles de Lorraine. Au moment où les résultats des élèves français se dégradent et où la crise d'attractivité du métier d'enseignant s'enracine, amputer davantage les moyens de l'École publique relève d'une logique comptable à courte vue.
L'École de la République est bien plus qu'un service administratif. Elle est le fondement de notre cohésion sociale, le premier vecteur de l'égalité des chances et l'investissement le plus rentable que puisse consentir la Nation. Transmettre les savoirs, former des citoyens éclairés, réduire les inégalités de naissance : ces missions ne sauraient être sacrifiées sur l'autel de l'équilibre budgétaire à court terme.
Avec 63 milliards d'euros en 2025, le budget de l'Éducation nationale demeure le premier poste de dépenses de l'État. Ce rang de priorité traduit une reconnaissance politique du rôle central de l'École. Il serait paradoxal et contradictoire d'afficher cette priorité tout en réduisant, année après année, les effectifs enseignants dans les territoires.
Selon les syndicats enseignants et les informations relayées en Conseil social d'administration académique le 26 janvier 2026, l'académie Nancy-Metz se voit contrainte de supprimer à nouveaux des postes dans le premier et le second degré.
Ces suppressions s'inscrivent dans une tendance durable : depuis 2018, l'académie Nancy-Metz a déjà perdu 1 158 postes d'enseignants, auxquels s'ajoutent 120 postes administratifs et 14 postes de direction supprimés depuis 2017 (FSU Lorraine, communiqué du 27 janvier 2026).
L'argument de la baisse démographique n’en est pas un car la diminution des postes s’est faite même lorsque la démographie augmentait. La baisse des effectifs devrait au contraire être saisie comme une opportunité historique de réduire la taille des classes et d'améliorer les conditions d'apprentissage.
Toutes les données scientifiques et internationales sont convergentes : la qualité de l'encadrement scolaire a un impact direct sur les résultats des élèves, en particulier des plus fragiles.
▶ PISA 2022 (OCDE) : La France se classe 26e en mathématiques avec un score de 474 points, en dessous de la moyenne OCDE (480 points). L'enquête révèle une chute de 21 points en mathématiques depuis 2012, la plus forte depuis 20 ans. Plus préoccupant encore, l'écart de performance entre élèves favorisés et défavorisés atteint 113 points, parmi les plus élevés des pays membres.
▶ Regards sur l'éducation 2024 (OCDE) : Il est établi scientifiquement que la taille des classes influe de façon très significative sur la réussite des élèves les plus fragiles. Or la France figure parmi les pays membres de l'OCDE ayant les classes les plus chargées au niveau élémentaire, avec une dépense par élève inférieure à la moyenne OCDE
▶ Crise de recrutement (Sénat, rapport PLF 2025) : Lors de la rentrée 2024, 3 000 enseignants manquaient à l'appel des concours de recrutement. L'OCDE préconise une revalorisation des salaires et une amélioration des conditions de travail. Or les suppressions de postes aggravent précisément ces conditions, créant un cercle vicieux qui éloigne les vocations.
Maintenir le nombre d'enseignants, c'est aussi l'occasion d'améliorer les conditions de travail et donc l'attractivité de nos métiers, confrontés à une crise de recrutement qui s'enracine dans le temps. En Lorraine, la baisse démographique pourrait permettre, à effectifs enseignants constants, de ramener les classes au niveau des standards européens d'ici 2034, de renforcer les effectifs de remplaçants chroniquement insuffisants, et de développer le co-enseignement et l'inclusion scolaire.
Face à cette situation LES RADICAUX DE GAUCHE appelons le Gouvernement et le ministère de l'Éducation nationale à :
1. Annuler les 152 suppressions de postes prévues dans l'académie Nancy-Metz pour la rentrée 2026, dont les 45 postes en Moselle et les 53 postes en Meurthe-et-Moselle ;
2. Utiliser la baisse démographique non comme prétexte à des économies budgétaires, mais comme une opportunité d'améliorer le taux d'encadrement et de se rapprocher des standards de l'OCDE ;
3. Renforcer l'attractivité du métier d'enseignant, notamment par de meilleures conditions de travail, au lieu de les dégrader davantage ;
4. Mettre en place un moratoire sur toute nouvelle suppression de poste dans les territoires ruraux et périurbains déjà fragilisés de Lorraine ;
5. Engager un dialogue sincère avec les communautés éducatives, les parents d'élèves et les élus locaux sur les besoins réels des territoires.
L'École n'est pas une charge à optimiser : c'est un investissement dans l'avenir de nos enfants et la cohésion de notre territoire. Chaque poste supprimé, c'est une classe plus chargée, un remplacement assuré en moins, un élève en difficulté moins bien accompagné. Nous ne pouvons pas accepter que la Lorraine paye un tribut aussi lourd à une logique purement comptable. L'avenir de nos enfants ne se négocie pas.