27/04/2026
Aujourd’hui une pensée et un hommage particulier à notre regretté CHARLES BARON .
Le 27 avril 1945 marque l’évasion de Charles avec son ami Fred Sedel en sautant du train qui devait les amener de Kaufering (Landsberg) à Dachau .
Extrait de son livre :
« Don’t cry little Frenchy, don’t cry – Pleure pas, petit français, pleure pas »
Et puis un beau jour, les troupes américaines se rapprochant, ils ont décidé de nous déplacer
…. On nous a mis dans des trains, celui dans lequel j’étais, était composé en partie de
minéraliers, de wagons sans toit, ce qui m’a sauvé la vie. Le train s’est trouvé bloqué le long
d’une forêt, une voie ferrée nous séparait de la forêt. Un train est arrivé dans la nuit, on n’a
pas su ce qu’il contenait. Le lendemain matin, le train était parti. Bien plus t**d nous avons
appris que c’était un train de munition et qu’il avait été placé de façon que nous soyons un
obstacle si les avions américains attaquaient. Un obstacle à ce que les obus aillent plus loin
pour toucher les wagons de munition. Je ne sais pas ce qu’est devenu ce train, le nôtre était
Immobilisé.
Mon évasion a été un coup de chance. Je n’avais pas de plan établi, je me trouvais en
Bavière une région inconnue. Je parlais un allemand que les Allemands ne connaissaient pas
et pourtant nous sommes partis. Nous avons eu une chance incroyable en cette période ou un
homme était tué pour moins que rien. Je n’ai jamais vu autant de gens être tué, sans motif.
Pour un oui pour un non, les SS tuaient. J’ajouterai non seulement pour un oui ou pour un
non, mais pour un peut-être aussi.
Nous avons profité, un copain de déportation et moi-même, d’une attaque américaine ….
on est tombé sur les gars qui étaient devant nous et on a commencé à cavaler. Il fallait avoir le
courage de se sauver. Les SS nous gueulaient de rester sur place, les kapos nous disaient de
remonter dans les wagons. Nous on cavalait, nous étions quelques uns, pas nombreux mais
quelques uns. Avec mon copain, on a cavalé, cavalé jusqu’au moment ou nous sommes
arrivés dans une forêt.
Nous avions des plaies aux pieds, on s’est lavé les pieds avec de l’eau dans la forêt.
Mon copain, Fred Sedel, qui était médecin avait réussi à obtenir des médecins du camp, une
pommade quelconque avec laquelle nous avons enduits nos pieds. Il s’est allongé et s’est
endormi. Je me suis allongé à coté de lui, mais je n’ai pas trouvé le sommeil…..
A bout de force, à un moment j’ai eu la tentation de me rendre, il y a un moment, on
n’en peut plus. J’avais 18 ans et 8 mois, je n’étais pas un homme aguerri. A cet instant, j’ai vu
mon copain qui dormait. S’il y a un principe du camp, c’était que chacun est propriétaire de sa
peau, on n’a pas à agir pour lui et je me suis dit si moi je me rends, lui sera repris. Nous n’en
avions pas parlé, et il n’avait pas l’intention d'être repris alors je n’ai pas bougé. Les SS qui
tournaient, découragés de n’avoir récupérer personne sont retournés vers les wagons. Après
ce court repos, nous avons repris notre marche.
Nous sommes arrivés dans un petit village appelé Pestenacker, sur la rivière L**h. On
avait faim. J’ai dit à mon copain Fred: » Écoutes, on va voir le curé, s’il ne nous aide pas, au
moins il ne nous dénoncera pas, ce n’est pas son rôle de curé »…... On a eu beau cogner, les
portes ne sont pas ouvertes. Le curé devait avoir une sacrée pétoche car il n’a pas ouvert sa
porte.
En redescendant les marches, on a vu 2 hommes en civil et un en kaki. On s’est cru
« foutu », mais l’un des hommes en civil nous a dit: »Bon, écoutez, Les Américains seront là
demain, on va vous cacher en attendant qu’ils arrivent ». Il était optimiste. Le gars en kaki,
en uniforme a mis les mains dans sa veste, et mon copain m’a dit à ce moment là » C’est foutu
pour nous! C’est terminé, mais enfin, ça valait la peine de tenter le coup ».Avec les SS et tout
ce qui se passait, y compris la Wehrmacht qui elle aussi a tué avec beaucoup d’entrain, on a
pensé qu’ils allaient nous abattre et puis il a sorti ses mains de son blouson avec dans chacune
un morceau de lard qu’il nous a donné pour manger. Le paysan qui paraissait le mieux habillé,
était le maire du village, il nous a dit « Demain, les Américains arriveront, ce sera fini pour
vous. Alors venez, on va vous cacher et on va vous donner à manger » Ce qu’il a fait. Il nous
a caché pendant trois jours. Nous étions dans la paille, au-dessus de l’endroit ou ils avaient les
bestiaux. Il nous a apporté du pain blanc, du lait chaud. Nos vêtements de « bagnard » ont été
dissimulés dans le purin et après avoir reçu des vêtements usagés, nous avons regagné notre
planque au premier niveau.
La guerre a commencé à être finie pour nous.
Mais nous avons connu encore trois jours difficiles…..Le matin du 3ème jour, nous
dormions dans la paille quand le paysan est arrivé, en hurlant de joie: »Les Américains, les
Américains », on est descendu – je ne parlais pas anglais -. J’ai sauté, j’ai eu la force de sauter
dans les bras d’un soldat américain de la VIIème armée. Je l'empêchais de faire quoi que ce
soit. Je me cramponnais à lui et il me répétait sans arrêt en anglais « Don’t cry little Frenchy, don’t cry - Pleure pas, petit français, pleure pas ». J’ai bien pleuré.
J’ai retrouvé cette scène dans la série américaine de Tom Hanks et Spielberg « Band of
Brothers » (« Frères d’armes »). Il est dommage que cette série ne puisse restituer 2 choses
importantes dans un camp: la promiscuité et l’odeur.