11/06/2026
[Coup de cœur de l’archiviste – Karine] Si les archives des écoles primaires devraient normalement être versées aux Archives départementales, il n’est pas rare d’en retrouver dans les mairies, mélangées aux archives communales. Ces fonds contiennent principalement des registres d’appel et des registres matricules mais il arrive parfois que les enseignants aient également conservé quelques cahiers d'écoliers. C’est le cas dans la commune de Saint-Chamassy où l’on en retrouve une jolie collection datant de la fin des années 1940.
Dans ces cahiers, les rédactions ont une saveur particulière ; on y découvre les préoccupations des jeunes élèves, leur vie quotidienne, leur sensibilité et leur rapport au monde. Dans la rédaction ci-dessous, il est question de l’attachement au « pays » avec le sujet suivant « En vous inspirant du texte « les vieux airs du pays », dites pourquoi vous aimez le petit coin de France où vous habitez ».
Voici la délicieuse prose en retour du petit Jacques, élève au cours complémentaire du Bugue en 1949, véritable instantané de l’enfance en Périgord à cette époque et touchante déclaration d’amour à sa terre (les fautes d'orthographe ont été volontairement conservées) :
« J’aime le Bugue, mon « pays », je l’aime parce que c’et là que je suis né. Là que j’ai toujours habité.
C’est d’abord ma maison où j’ai grandi, la maison où je retrouve ma famille, où je rentre avec plaisir. Voici l’école où je rejoins chaque jour mes camarades, où je m’instruits. J’aime le bourg que je connais si bien avec ses places, son champ de foire. La Vézère poissonneuse qui serpente au pied des coteaux me rapelle de bonnes baignades, des courses en bateaux, de belles fêtes nautiques. J’ai parcouru la plaine, j’ai circulé sur toutes les routes et tous les sentiers. Que de fois j’ai escaladé les coteaux soit en jouant à la petite guerre, soit en gardant les chêvres d’un ami. Je connais tous les bois, je vois où l’on ramasse la bruyère dorée et aussi les beaux ceps noirs et les noisettes. J’ai souvent visité des grottes et j’entends encore nos sabots et nos cris ressonner sous leur voute. Les visages des habitants me sont familier, je sais leur nom, je sais où ils habitent.
Le pays est joli en toutes saisons. Au printemps tout fleurit. En été les hautes herbes et les blés jaunis couvrent la plaine. Partout on entend le cliquetis des faucheuses, le ronflement des batteuses. Mais en automne les vendangeurs font grand tapage ; les bois aux feuilles jaunes rouges multicolores couvent les côteaux. Les chasseurs et leurs chiens parcourent la contrée. Les paysans labourent et sèment. C’est partout une grande animation. L’hiver n’est pas très rigoureux mais si la neige tombe, elle cause un grand plaisir à tous les enfants.
J’aime mon pays natal et quand je vais ailleurs il me tarde de revenir au Bugue. »