04/07/2022
🛑 NE LAISSONS PAS LES CAPITALISTES FAIRE DU CORPS DES FEMMES LEUR PROPRIETE 🛑
➡️ Etats-Unis : abrogation du droit à l’avortement au niveau fédéral
Le vendredi 24 juin, la cour suprême des Etats Unis d’Amérique, à majorité conservatrice, a abrogé l’arrêt dit “Roe versus Wade”, qui constituait jusqu’alors un rempart au niveau fédéral à la pénalisation de l’avortement, et ce depuis 1973, deux ans avant la dépénalisation de l’avortement en France. Ainsi, il revient désormais aux États de légiférer sur la question de l’IVG. L’avortement pourrait donc être pénalisé et sa pénalisation pourrait ainsi faire des femmes qui y auraient recours ainsi que des médecins qui les pratiquerait, illégalement, des criminels. À ce jour, 21 états ont déjà pénalisé ou prévoient de pénaliser l’avortement, 19 seulement l’ont légalisé. La situation dans les autres états est incertaine.
Un coup de tonnerre dans un ciel tranquille ? Sûrement pas : depuis l’arrêt Roe v. Wade, des centaines d’attaques ont été menées dans différents états pour limiter l’accès des femmes à l’avortement, et des comités anti-avortements ont pu bénéficier d’un large support politique mais également économique pour mener à bien leurs campagnes réactionnaires.
En effet cette remise en cause de ce droit fondamental est surtout poussée par les capitalistes états-uniens, main dans la main avec le gouvernement : Google, Amazon, Walmart ou encore Coca Cola et bien d’autres, derrière leurs larmes de crocodile et leurs logos aux couleurs de l’arc-en-ciel un mois dans l’année, ont versé des sommes colossales à ces comités anti-avortement, ont financé directement des juges ou des responsables politiques, afin de favoriser la prise de parole et in fine le pouvoir de ces réactionnaires jusqu’au niveau de la cour suprême.
En parlant de larmes de crocodile, les démocrates ne sont pas en reste quand on sait que Joe Biden n’a pas toujours été favorable à la mise en place de cette jurisprudence. Biden est entré au Sénat américain en 1973, seulement 17 jours avant que Roe v. Wade ne soit décidé et avait alors déclaré : « Je n’aime pas cette décision. Je pense que c’est allé trop loin », ajoutant qu’une femme n’avait pas « le droit exclusif de dire ce qui devrait arriver à son corps ».
➡️ Qu’en est-il de la situation en France ?
Les vives réactions à l’international ne se sont pas fait attendre, et la France ne fait pas exception : large couverture médiatique, déclarations de personnalités publiques, mais surtout des manifestations à l’appel de collectifs de femmes ou d’organisations comme le Planning familial, à la fois en solidarité aux femmes menacées par cette contre-réforme aux Etats-Unis mais également comme un coup de semonce, inquiets de ce que l’avenir politique nous réserve ici en France où 80 députés d’extrême-droite avec un long historique de revendications anti-IVG ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale lors des dernières élections.
Au niveau européen, la présidente von der Leyen a été nommée par les dirigeants des États membres et élue par le Parlement européen, dont les dirigeants Français, alors même qu’elle veut restreindre le droit à l’avortement. Rappelons également la protection des manifestations "pro-vie" par l'État français quand, dans le même temps, ce même État réprime les manifestations féministes.
De plus, la majorité présidentielle, avide d’entretenir le masque progressiste qui ne tient déjà plus en face depuis longtemps, déclare ainsi vouloir inscrire le droit à l’avortement dans la constitution française, proposition déjà évoquée plus tôt par la France Insoumise lors des campagnes présidentielles il y a 5 ans. S’il est indéniable que cette mesure serait, au moins, un signal positif, faut-il pour autant se réjouir et donner plein crédit à l’image d’une France gagnée à la cause du droit à l’avortement ? Un indice : le droit au logement est inscrit dans la constitution française…
En France, les acteurs principaux sur le terrain qui permettent aux femmes d’avoir accès à la contraception et à l’avortement sont les Centres de Planification et d’Education Familiale (CPEF). Il y en a un millier sur le territoire, mais très inégalement répartis : si la région Ile-de-France dispose de plus de 350 centres, la majorité des régions ont moins de 8 centres pour 100.000 femmes de 15 à 50 ans, situation qui se dégrade, dans le cadre plus large de l’aggravation du phénomène des déserts médicaux. Rappelons également qu’en 2019 le planning familial découvrait des restrictions phénoménales dans leur subventions : par exemple dans le Rhône une baisse de 30 % de subventions soit 40 000 euros.
La part des avortements réalisés en dehors d’établissements de santé ne cesse de croître en France, avec plus de 25% aujourd’hui. En février, le gouvernement annonçait d’ailleurs un soi-disant progrès dans l’accès à l’avortement pour toutes les femmes : l’accès à l’IVG médicamenteuse à domicile après une téléconsultation. Derrière ce masque d’hypocrisie se cache la volonté de baisser toujours plus les moyens donnés à la santé des femmes. Si, contrairement à ce que disent les culpabilisateurs comme Macron, l’avortement n’est pas systématiquement un traumatisme, c’est dans tous les cas un bouleversement hormonal et de fait un acte de santé qui doit être pris en charge par des équipes médicales dans des conditions dignes et sécurisantes, et qui nécessite une surveillance et un accompagnement. En avançant vers la téléconsultation et la prise médicamenteuse à domicile comme seul moyen d’accès à l’IVG, les pouvoirs publics disent aux femmes qu’elles doivent gérer cette question seules, sans accompagnement, c’est dire aux femmes que leur santé n’a pas d’importance, c’est dire aux femmes “allez-vous cacher, débrouillez-vous”. Pour garantir l’accès à l’IVG aux plus jeunes et aux plus vulnérables nous avons besoin de plannings familiaux aux plus proches des lieux de vie, d’étude et de travail.
Aussi, de manière similaire à ce qui se déroule aux Etats-Unis depuis longtemps et dont se plaignent beaucoup les personnels des plannings familiaux et des diverses organisations de lutte pour les droits des femmes, on observe des campagnes de désinformation massive sur la question de l’avortement, avec de très nombreux sites propagandistes dits “pro-vie” (entendre “pro-asservissement des femmes”) souvent référencés en tête de file dans les moteurs de recherche sur la question de l’avortement et de la contraception, répandant leurs mensonges réactionnaires, usant de la terreur, de la culpabilisation, pour dissuader les femmes d’avoir recours à des méthodes de contrôle de leur propre corps.
Enfin, le corps médical lui-même n’échappe pas au cadre patriarcal et sexiste de la société capitaliste dans laquelle il doit évoluer. Entre les cas de gynécologues qui font culpabiliser leurs patientes et refusent de répondre à des besoins contraceptifs réels, le fameux droit d’objection de conscience, et tout le cadre profondément réactionnaire qui anime la médecine (rappelons que le corps féminin est considéré comme intrinsèquement pathologique), le nombre de barrières pouvant empêcher une femme de disposer d’elle-même, de sa sexualité et de son droit à refuser ou non la maternité explose.
La lutte pour les droits des femmes, et tout particulièrement celui d’avorter, est donc toujours bien d’actualité dans notre pays également, d’autant plus que les discours réactionnaires se multiplient et s’intensifient, et surtout se normalisent dans les sphères politique, médiatique et publique.
➡️ Origines de ces attaques : montée de la réaction
Le patriarcat puise son origine dans la société de classe. Effectivement, depuis son émergence, la société de classe a eu besoin de faire du corps de la femme un moyen de transmission des richesses ainsi que de reproduction de la main d’oeuvre (esclaves, paysans ou ouvriers) : en somme la reproduction des classes. La cellule familiale hétérosexuelle émerge avec l’exploitation bourgeoise comme la nouvelle norme imposée. Une cellule familiale dans laquelle la femme connaît alors une double exploitation : sexuelle (pour assurer la reproduction de la main d’oeuvre, élever les enfants, les soigner, etc.) et au travail. Pour contrôler cette reproduction, la société de classe a besoin de contrôler, de brider la sexualité des femmes tout en faisant en sorte qu’elle appartienne aux hommes. C’est pour cela que la charge mentale de la contraception est imposée aux femmes et seulement aux femmes. La société de classe, donc le capitalisme, impose de fait une vision du corps féminin en tant que moyen de reproduction, que simple marchandise qui appartient aux hommes, et, particulièrement à l’homme de la cellule familiale dans laquelle elle est placée.
Si c’est par la lutte que les femmes du monde entier, avec à l’avant garde les travailleuses organisées, ont arraché des droits dont l'accès à l’IVG, dès que le capitalisme est en crise, il n’hésite pas à nous reprendre brutalement et violemment ces droits. C’est par la montée de la réaction que le capitalisme impose un nouveau cadre où ces droits sont bafoués sans vergogne : par la promotion des discours réactionnaires dans les médias, la banalisation dans toutes les sphères culturelles des positions les plus dures contre l’émancipation des femmes, et ce malgré une façade démocratique et faussement progressiste ça et là comme avec l’annonce du projet d’inscrire le droit à l’avortement dans la constitution.
Aujourd’hui, alors en crise, le capitalisme nous reprend nos droits en mettant la santé de millions de femmes en danger, et en réaffirmant que nos corps lui appartiennent. Et la réaction ne s’arrête pas là, pour le contrôle total de nos corps, l'accessibilité à la contraception devient de plus en plus restreinte et la norme hétéronormative pour contrôler la cellule familiale, outil de la société de classe, est imposée en restreignant et réprimant notamment les relations homosexuelles (notamment l’interdiction du mariage gay et la pénalisation des relations sortant de cette norme).
➡️ S’organiser pour nos droits, pour la révolution et le socialisme
Pour défendre nos droits, et lutter contre ce système patriarcal, nous devons nous organiser pour abattre le capitalisme qui fonctionne avec ce dernier, et pour construire une société émancipée. S’organiser entre femmes, mais également s’organiser avec tous ceux qui ont intérêt à se battre pour cette société qui s’émancipe de l’exploitation sous toutes ses formes : le socialisme.
Nous devons lutter pour défendre nos droits, pour se réapproprier notre corps, pour défendre notre santé, pour défendre notre éducation et nos organisations.
Nous devons nous battre pour nos sœurs états-uniennes et partout dans le monde pour l’accès à l’IVG sans contraintes.
Nous devons nous battre pour la constitutionnalisation du droit à l'IVG en France et la mise en application concrète de ce droit sur le terrain, partout au quotidien, par la mise en place de subventions massives pour les plannings familiaux afin de favoriser leur action et de multiplier leur présence partout où des femmes en auraient besoin.
Nous devons nous battre pour un accès à la contraception gratuite et sans contraintes mais également pour un développement de la contraception masculine pour que les femmes puissent échapper à cette charge mentale et culpabilisatrice.
Nous devons nous battre pour un service public de la santé via une sécurité sociale intégrale qui permette à toutes les femmes précaires d’accéder à une santé gratuite, publique et appropriée à leur corps.
Nous devons nous battre pour le droit de ne pas être mère, mais également pour le droit d’être mère sans que cette condition nous enferme dans une exploitation toujours plus violente au sein de la cellule familiale :
🚩 pour le développement de crèches sur chaque lieu de vie, d’étude et de travail ;
🚩 pour la reconnaissance financière et du droit au travail de mère au foyer ;
🚩 pour la mise en place de subventions massives pour lutter contre les violences conjugales sur les femmes et également sur les enfants.
Notre corps n’est pas une marchandise, il ne leur appartient pas :
Nous devons nous battre contre la banalisation morale et juridique des violences sexistes et sexuelles commises sur les femmes.
Il est bien sûr important de se battre au sein de ce système capitaliste et patriarcal, car comme aujourd’hui, la répression violente nous reprendra toujours nos droits dès que le capitalisme en aura le besoin. Rappelons que l’URSS, état socialiste, était le premier état à légaliser l’avortement en 1920, au lendemain de sa révolution, faisant suite à une guerre civile, menacée de tous côtés, sans industrie et avec une population extrêmement pauvre, 50 ans avant les Etats Unis ou la France. Nous devons nous battre pour un monde sans exploitation et donc sans patriarcat, un monde dans lequel le progrès pour le genre humain sera placé en premier, pour notre santé, pour notre bien-être, pour notre émancipation à toutes et à tous. Battons-nous pour la révolution, pour le socialisme, pour le communisme.