S a r t h e
Commune de LUCHE-PRINGE
V E N E V E L L E S
(ou VERNEVELLE : Vallée des Aulnes)
Généralités
Situé sur le bord de l'Aulne, ruisseau qui va se jeter dans le Loir à 2 km, le manoir de Venevelles est entièrement tributaire de cette rivière. Il est en effet défendu par un double plan d'eau : douves entourant le quadrilatère sur lequel les bâtiments sont construits; et ruisseau lui-même
, qui ceinturait complètement cette première organisation de défense par déplacement du lit de la rivière, sans doute au Haut Moyen Age. Au premier tiers du XIXème siècle (entre 1810 et 1846, dates fournies par les cadastres), les branches nord des douves et de la rivière ont été comblées. Sur une île à laquelle donnaient accès deux ponts-levis ont été élevés les bâtiments suivants : 1. les quatre pavillons d'angle, dont deux sont isolés ; 4. Le manoir central, avec ses hauts pignons, ses charpentes, ses deux tours, date de la deuxième moitié du XVème siècle. Il a été agrandi du côté sud au milieu du XVIIème siècle, puis au XVIIIème siècle. Les fenêtres ont toutes été reprises au XVIIIème siècle. La ferme est un long bâtiment septentrional accosté de deux pavillons d'angles. La partie centrale et le pavillon septentrional datent du début du XVIème siècle ; le pavillon occidental de la fin du XVIème siècle. Les quatre pavillons d'angle datent respectivement : celui du nord du début du XVIème siècle ; celui de l'ouest de la fin du XVIème siècle ; celui du sud de 1654 ; celui de l'est du début du XVIIIème siècle. Il semble que ces deux derniers -séparés du manoir principal- aient remplacé des tours de défense. La chapelle, avec ses deux voutes domatiques et sa sacristie, a été construite au XVème siècle. Cette chapelle a été inaugurée et bénie en 1503 par le cardinal de Luxembourg, évêque du Mans. Elle comporte deux très belles voûtes domatiques et une sacristie en voûtes d'ogive. Histoire
Situé à la frontière entre le Maine et l'Anjou, le Maine et la Touraine, Venevelles a trouvé place au bord d'une voie romaine qui dessert le pays du nord au sud (Saint-Jean de la Motte au Lude). A 2 Km en aval de l'Aulne, Venevelles défend l'accès de la vallée du Loir. Emplacement d'un castrum romain peut-être, puis centre d'une importante seigneurie située sur une plate forme ou île que la main de l'homme a su entourer de douves, Venevelles dépend du territoire de Luché, dont le prieuré relevait de l'abbaye Saint-Serge d'Angers. La propriété fut acquise au XIIème siècle, par une famille mancelle originaire de la ferme dite d'Espagne, commune de Saint-Gervais-en-Belin. Ces d'Espagne -sans que l'on sache s'ils dépendaient du roi de France ou du roi d'Angleterre- ont reconstruit le château au XVème siècle, à la fin de la guerre de Cent ans : manoir de plaisance qui fait visiblement une place assez grande à la défense. Les d'Espagne ou d'Espaigne ont possédé la maison sans discontinuer jusqu'au premier tiers du XIXème siècle : de père en fils, semble-t-il, jusqu'au début du XVIIIème siècle ; puis, à dater de 1708, la terre passe à un neveu. Les d'Espaigne, qui sont de gros propriétaires terriens, ont conservé leurs fermes du Belin jusqu'au XVIIIème siècle. Ils ont continuellement agrandi leur domaine seigneurial autour de Venevelles, possédant une trentaine de fermes et métairies allant jusqu'au Loir, l'essentiel de leur richesse étant représenté par les moulins, le blé, la vigne et les bois. Les d'Espagne de Venevelles ont gravi peu à peu les échelons de la noblesse. Certains ont été gentilshommes de la chambre du Roi, officiers. La terre a été érigée en marquisat en 1654 pour Henry d'Espagne. Au début du XVIIIème siècle, certains enfants sont élevés à Versailles parmi les pages ; certaines jeunes filles à Saint-Cyr. Sous Louis XVI, les d'Espagne sont admis aux Honneurs de la Cour. Henry d'Espagne avait épousée une Suzanne Levasseur issue de la famille de Cogner. Elle appartenait au protestantisme. Les d'Espagne ont soutenu les huguenots pendant un demi-siècle dans toute la région, faisant de leur chapelle un temple ; la tour orientale prenait le nom de Huguenotière. Suzanne Levasseur, après l'assassinat de son mari, a gouverné avec habileté la seigneurie pendant un tiers de siècle. Par héritage, elle a recueilli une autre terre en Anjou, la châtellenie d'Huillé, qui ira au fils cadet. Henry d'Espagne et Suzanne Levasseur, au moment de leur apogée, ont notablement enrichi Venevelles : toutes les boiseries intérieures de la maison datent de cette époque (1650-1660). Archéologie
Topographie et orientation ont dicté à l'architecte du XVème siècle le plan du manoir central : il s'inscrit, sur le terrain sous la forme d'un Z renversé. A signaler notamment les hauts pignons du bâtiment principal, les charpentes en châtaigner qui le coiffent et les deux tourelles qui le flanquent. L'une comporte un escalier en bois du XVIIIème siècle. L'escalier principal, avec grille en fer forgé du XVIIème siècle. A l'intérieur, subsistent quelques restes de cheminées du XVème siècle et des spécimens fort intéressants de cheminées du XVIIème siècle (Louis XIII, Louis XIV) et du XVIIIème siècle (Louis XV, Louis XVI). Toutes les boiseries intérieures sont du XVIIème siècle, à l'exclusion d'une chambre, qui est du XVIIIème siècle. Les arches qui enjambent les douves côté entrée principale et côté jardin, sont du XVIème siècle. Les deux ponts-levis datent de 1650 et de 1720. L'ensemble du manoir a été inscrit, pour la qualité et pour la fantaisie de l'architecture du site, sur l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, en 1963. Norbert Dufourcq