08/05/2023
[DEVOIR DE MÉMOIRE - COMMÉMORATION DE LA VICTOIRE DU 8 MAI 1945]
Mot de monsieur Lionel Benharous Maire des Lilas :
Ce matin, comme chaque année, nombreuses et nombreux, nous avons commémoré la capitulation de l'Allemagne n**ie et la fin des combats de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 8 mai 1945.
Pour ne jamais oublier que la paix est un acquis précieux et fragile que nous devons préserver.
Pour refuser la montée de la haine et de l'intolérance, de l'intolérance et du racisme qui, si nous n'y faisons pas face, nous conduiront à revivre les horreurs d'hier.
Voici les quelques mots que j'ai prononcés à cette occasion :
Madame la députée, chère Aurélie,
Monsieur le Premier Vice-Président du Conseil départemental, cher Daniel,
Monsieur le Conseiller municipal en charge de la mémoire et du monde combattant, cher Christian,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les responsables et les membres de Choralilas et de Poécité, que je ne remercierai jamais assez de la fidélité de leur participation, de la dimension qu’ils confèrent à nos cérémonies, des émotions que vous savez nous transmettre,
Chers enfants, dont je salue la présence et la patience, vous qui donnez tout son sens à ces cérémonies, celui de la transmission,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations du monde combattant et œuvrant dans le domaine de la mémoire, nos indéfectibles partenaires et nos précieux alliés dans ce travail historique et mémoriel dont nous avons fait une de nos priorités et auquel vous contribuez tant,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, toujours fidèles au poste,
Mesdames, Messieurs,
Il y a 78 ans, en Europe, les armes se taisaient. Enfin !
Il y a 78 ans, vaincue, l’Allemagne n**ie capitulait sans conditions.
Il y a 78 ans, les Françaises et les Français, comme partout sur notre continent, osaient espérer que cette guerre effroyable, que ce cauchemar interminable que fut le second conflit mondial s’achevait, pour de vrai, enfin.
Il y a 78 ans, dans chaque ville et dans chaque village, l’annonce de la fin des combats suscitait effusions et festivités, embrassades et explosions de joie mais aussi interrogations et inquiétudes.
Les années ont passé… Les décennies aussi…
Mais 78 ans après, nous sommes toujours là, réunis, pour nous souvenir et pour commémorer.
Les années passent… Les décennies avancent…
Et pourtant, plus le temps file, et davantage notre présence ici fait sens et semble indispensable.
« La mémoire, c’est le miroir où nous regardons les absents », écrivait, avec son incomparable talent, Victor Hugo.
Nous sommes là d’abord pour cela.
Pour n’oublier jamais celles et ceux qui souffrirent tant de cette guerre, qui semblait ne vouloir jamais finir.
Pour n’oublier jamais ces soldats qui, sur tous les fronts, de l’est à l’ouest de l’Europe, du nord au sud du continent, au-delà, en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, partout dans le monde, opposèrent leurs corps à des armes qui n’avaient jamais atteint une telle puissance, souffrirent dans leur chaire d’un feu qui n’avait jamais été aussi violent, et dont tant et tant revinrent – pour ceux qui eurent cette chance – blessés et mutilés, choqués et traumatisés.
Pour n’oublier jamais ces civils, ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui, à l’arrière, firent face aux pénuries alimentaires, au rationnement des denrées de première nécessité, aux bombardements, aux destructions colossales, à l’occupation souvent, à l’éloignement des proches parfois, aux arrestations arbitraires, aux déportations de travailleurs, au pillage généralisé, aux exactions cruelles des vainqueurs, à la peur qui ronge, à l’inquiétude qui gangrène, au désespoir qui gagne…
Pour n’oublier jamais celles et ceux qui sacrifièrent leur vie à ce conflit terrible. Soixante millions d’hommes et de femmes dans le monde. Plus de 200 000 militaires et près de 300 000 civils en France.
Pour n’oublier jamais celles et ceux dont la vie ne fut définitivement plus la même. Les blessés, les mutilés qui en gardèrent à jamais les séquelles dans leurs corps. Les prisonniers, les déportés qui, même revenus physiquement, en gardèrent à jamais les images dans leurs têtes.
Pour n’oublier jamais les souffrances, le courage, le sacrifice de toutes celles et tous ceux qui subirent les affres de la guerre. Nous leur devons tant et nous n’oublions pas que « le tombeau des héros est le cœur des vivants » pour emprunter les mots d’André Malraux.
« La paix est un bien précieux, un bien fragile, un bien à construire sans cesse », écrivait François Mitterrand.
Nous sommes là aussi pour cela.
Pour commémorer cette paix retrouvée, le 8 mai 1945.
Pour nous souvenir, surtout, que la paix n’est jamais un acquis définitif et que le mauvais génie de la guerre rode autour des peuples et leur souffle, parfois trop fort, des tentations belliqueuses auxquelles ils succombent trop souvent.
Pour nous souvenir que le chemin qui mène aux conflits est presque toujours le même : les rancœurs qui s’accumulent, les vengeances qu’on ressasse, les crises qui se conjuguent, les nationalismes qui gagnent, la propagande qui embrigade, la violence qui déferle, la haine qui s’acharne…
Pour nous souvenir que la paix se gagne et qu’elle se construit toujours, qu’elle s’arrache et qu’elle se conquiert souvent.
Pour nous souvenir et remercier celles et ceux qui y contribuèrent. Celles et ceux qui combattirent, en France ou à l’extérieur, sur les fronts ou dans les maquis, les armes à la main ou de tant d’autres façons, les fauteurs de guerre et les déclencheurs de malheurs que furent le régime n**i et ses zélés partisans français. Celles et ceux qui se levèrent et se dressèrent, ces Résistantes et ces Résistants qui ne transigèrent jamais avec l’inadmissible, qui n’acceptèrent jamais l’inacceptable, qui ne détournèrent jamais le regard face à l’ignoble, qui livrèrent bataille jusqu’à leurs dernières forces pour défendre nos valeurs et notre liberté, pour maintenir vivantes notre démocratie et notre République, pour sauver l’honneur de notre pays tellement bafoué par le régime de Vichy honteux et ses collaborateurs ignobles.
Nous sommes là pour nous souvenir que la paix reste notre acquis le plus précieux et le seul garant de l’avenir de nos enfants et de la pérennité de notre Humanité.
« Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne. »
Nous sommes là, aussi, pour cela. Pour donner tort à cette terrible prophétie d’Huxley.
Pour tirer les leçons du pire vécu hier, afin de ne plus jamais y être confronté de nouveau, afin que nos enfants en soient épargnés demain.
Pour transmettre à nos jeunes l’enseignement de l’histoire car Chateaubriand avait raison d’affirmer que « les vivants ne peuvent plus rien apprendre aux morts, mais les morts au contraire, instruisent les vivants ».
Pour faire vivre le devoir de mémoire et s’assurer ainsi que l’histoire ne bégaiera plus.
Pour dire notre conscience que la guerre n’est pas éradiquée. Pire : qu’elle s’installe de nouveau au cœur de l’Europe, là même où elle fit tant de dégâts, où elle permit tant de crimes, où elle favorisa tant d’horreurs lors du second conflit mondial.
Pour affirmer notre vigilance face à la résurgence des idées nauséabondes qui firent, hier, naitre le feu des haines et n’attendent aujourd’hui que de les attiser de nouveau.
Pour hurler notre colère de voir la stigmatisation des uns, la culpabilisation des autres, la désignation des plus fragiles comme responsables de tous les malheurs, redevenir des modes de pensées acceptables et répandus.
Pour exprimer notre indignation de voir des expressions publiques ne plus hésiter à afficher une xénophobie assumée, un racisme revendiqué, un antisémitisme décomplexé, sans que cela ne suscite davantage que quelques réactions de réprobation contenue ou modérément fâchées.
Pour clamer notre effroi de voir que certains osent affirmer, en pleine lumière et sans honte, que l’avènement d’un régime autoritaire pourrait être une solution envisageable aux difficultés qui nous font face. Et bien non ! Jamais ! Car le fascisme, « cette façon de haïr » comme le qualifiait Romain Gary, n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un courant politique comme un autre, ne serait-ce que parce que, lorsqu’il s’empare du pouvoir, on ne se sait jamais quand il le rendra et s’il le rendra.
Nous sommes là pour dire notre clairvoyance que bien des mécanismes qui conduisirent nos peuples au drame du second conflit mondial sont aujourd’hui de nouveau à l’œuvre et que, sans une mobilisation massive de celles et ceux sincèrement attachés aux libertés et à l’humanisme, sans un sursaut virulent de tous les démocrates engagés, l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir n’est plus une hypothèse d’école mais un scenario plausible, l’affirmation que l’histoire ne se reproduit jamais n’est plus une certitude mais un espoir apeuré.
Nous le sentons : dans le monde, en Europe, en France, l’atmosphère est pesante, le climat est inquiétant, l’ambiance est lourde, l’inquiétude est vive.
Car jamais, depuis le second conflit mondial, la guerre ne nous a cernés d’aussi près.
Car jamais, depuis cette affreuse tuerie planétaire, les héritiers de celles et ceux qui mirent l’Humanité à feu et à sang n’ont autant eu le vent en poupe.
C’est pourquoi, nous devons être vigilants.
C’est pourquoi, nous devons transmettre.
C’est pourquoi, nous devons combattre.
C’est pourquoi, avec Simon Bernstein, élu en charge de l’éducation, nous voulons faire connaitre et vivre davantage encore la mémoire des Lilasiens juifs déportés entre 1940 et 1944, presque tous assassinés dans les centres de mise à mort, et que nous avons l’ambition d’associer, chaque année, une classe de notre lycée à ce travail de mémoire indispensable.
C’est pourquoi nous mettons toute notre énergie, dans la continuité du travail entrepris avant nous par Daniel Guiraud, à donner naissance, au Fort, au Mémorial national dédié aux femmes dans la Résistance et la déportation et que nous sommes heureux de constater qu’enfin l’Etat s’implique, qu’enfin les partenariats se nouent, qu’enfin les choses avancent.
C’est pourquoi nous continuerons, avec Christian Lagrange, de commémorer avec la même solennité, en associant toujours davantage nos jeunes, les moments forts et souvent douloureux de notre histoire collective.
C’est pourquoi nous continuerons à faire du travail historique et du devoir de mémoire des priorités intangibles.
Car « le devoir de mémoire n’a de sens que s’il est porté par la connaissance, l’éducation, la culture, la réflexion, la prise de conscience et de vigilance » nous enseigne Serge Klarsfeld. Et qu’il « est un engagement pour l’avenir, une responsabilité envers les générations futures » complète Jacques Chirac.
C’est toute la feuille de route que nous nous fixons…
C’est toute l’ambition que nous avons…
C’est tout le travail qui nous attend…
Et c’est en le menant, ensemble, unis, que nous construirons un monde meilleur.
Il en a bien besoin et il est bien temps…
Je vous remercie.
UNC 83
Union Nationale des Combattants- Siège national
Union Nationale des Combattants / section d'Issy-les-Moulineaux
Union Nationale Des Combattants De Charente-Maritime
Union Nationale Des Combattants d'athis-mons