18/03/2026
Autopsie des élections municipales du 15 mars 2026 au Touquet
Le score du candidat Fasquelle, à la reconduction d’un 4e mandat à la mairie du Touquet, n’a rien d’étonnant même si l’ampleur de sa victoire, 57%, a pu surprendre plus d’un.
Tout d’abord, d’autres candidats dans le Pas-de-Calais, qui ont le même profil de professionnel de la politique que Fasquelle ont fait tout autant dès le premier tour, sinon mieux. Ainsi à Béthune, Olivier Gacquerre, 65,07 % ; à Calais, Natacha Bouchard, 60,06% ; à Arras, Frédéric Leturque, 60,37%. Dans un contexte politique plus complexe, de grandes villes aux quartiers paupérisés, aux équilibres sociaux et économiques fragiles, leurs performances sont d’autant plus méritoires. De ces résultats, nous pouvons en tirer une remarque générale. A savoir que dans un contexte mondial aussi dangereux qu’aujourd’hui, les électeurs ont le réflexe de s’accrocher à un environnement familier stable. Quoique de plus rassurant qu’un maire que l’on connait depuis deux ou trois mandats et qui vous promet que tout va continuer comme avant !
Il y a aussi le contexte particulier de l’électorat du Touquet. Il se caractérise en effet par un part majoritaire d’électeurs issus des résidences secondaires et un dynamisme de renouvellement important, environ 20% tous les six ans, lié à la disparition par décès d’électeurs pour moitié l’autre moitié par le marché actif des mutations immobilières. Mais il est aussi le reflet de la typologie de la population du Touquet. Dans le contexte de la chute démographique, le Touquet a vu sa populations résidente passer de 5600 habitants en 1990 à 4200 habitants en 2025, et la part des retraités passer de 40% à 65%. Le maire sortant peut donc compter sur un matelas de votes acquis issus de ce nouvel électorat encore peu engagé dans la vie locale et qui vote à droite. Et il peut aussi compter sur le conformisme habituel de l’électorat âgé à l’ordre acquis. Conformisme d’ailleurs qui profite aussi aux candidats d’opposition issus de la municipalité sortante à savoir Olivier Lebreuilly et Hervé Pierre arrivé successivement en 2e et 3e position
Enfin, il y a le contexte politique particulier de cette élection. A savoir quatre listes d’opposition. On pouvait se féliciter de cette mobilisation citoyenne, mais comme me le précisait Philippe Vasseur, ancien ministre et ancien rédacteur en chef du Figaro économique, grand spécialiste de la communication politique : « 4 listes d’opposition, le message est brouillé ! ». En effet, entre «nous les Touquettois », « le Touquet autrement », « Notre Touquet » et « le Touquet pour tous », l’électeur même consciencieux pouvait perdre son latin. Face à la machine de propagande puissante et constante du maire sortant, quatre communications distinctes plus ou moins marketées sur les réseaux sociaux et peu relayées sur le terrain, n’avaient aucune chance de passer la barre des 20%. Et si le non au projet Dune et de la digue pouvait fédérer un consensus, comment décider l’électeur à voter pour l’une ou l’autre liste peu distincte dans leur programme ? Je sais par les conversations nombreuses qui ont alimenté ma réflexion, que nombreux ont voté Fasquelle en spéculant sur le non au référendum qu’il a promis pour l’aménagement de la digue et le rejet du permis de construire de l’hôtel « the dune » par le tribunal administratif. Ainsi et c’est le paradoxe amusant de cette campagne, beaucoup ont voté Fasquelle en pensant que ses projets ne se feront pas, tout en rejetant les autres listes, les accusant de ne pas avoir de programme.