31/05/2026
Dans la forêt domaniale du Géhant, sous la ligne de crête de la Tête du Midi qui marque la limite occidentale de notre village, se repose l’un des derniers géants de notre massif. Ceux-là mêmes qui ont donné leur nom à cette forêt.
Les randonneurs passent souvent devant eux, parfois sans y prêter attention, mais c’est pourtant bien là, sortis d’un tapis de mousse et de lichens, que règnent nos sujets de bois.
L’un d’entre eux, particulièrement imposant avec ses 1,30 m de diamètre, a vu le jour sur la montagne vosgienne il y a environ 300 ans. À cette époque, c’est Louis XIV qui régnait et les loups et les ours étaient alors les maîtres de la forêt.
Par une chance inouïe, il a échappé aux tempêtes furieuses, à la hache des bûcherons qui aurait pu le transformer en charpente ou en essis habillant une ferme du coin.
Même si la forêt a encore aujourd’hui une atmosphère enchanteresse, les professionnels de la forêt nous le disent tous : c’est une ambiance de fin de règne.
Comme un grand-père en bout de table que l’on entend de moins en moins parler lors des réunions de famille, nos derniers géants se meurent tout doucement et finiront par ne plus abriter la vie à la fin d’un été trop sec.
Les épisodes de sécheresse à répétition, mais aussi les attaques de parasites, finissent par affaiblir durablement ces grands arbres jusqu’à les tuer complètement.
Alors, au détour d’une randonnée, si vous tombez sur l’un d’eux, accordez une petite attention à votre façon pour ces gardiens immobiles.
On ne pourra sans doute pas les sauver de cette manière ni changer notre civilisation, mais sachons au moins faire preuve, quand rien d’autre n’est envisageable, de ce que nous appelons l’humanité.