28/05/2026
Conservé dans les collections du Musée Lorrain, ce portrait d'assez grandes dimensions (il mesure près de deux mètres de haut pour 1,46 mètre de large) nous montre le duc Léopold de Lorraine. C'est une œuvre exceptionnelle. Un manifeste politique en même temps qu'une ode à la Lorraine. Regardons cela de plus près...
Comme l'indique l'inscription portée sur la toile (Du Puy fecit 1703), le tableau a été peint par Nicolas Dupuy dans les première années du XVIIIe siècle. On sait assez peu de choses au sujet de cet artiste sinon qu'il est né vers 1650 à Pont-à-Mousson, qu'il a été anobli en 1706 et qu'il est décédé cinq ans plus t**d, probablement à Lunéville.
Dans le sillage de Hyacinthe Rigaud, Nicolas Dupuy exécute ici un portrait hautement symbolique. Le duc Léopold apparaît en effet fièrement installé sur son trône ; un trône que le traité de Ryswick lui a rendu en 1697... Au dessus de lui, et formant une sorte de dais, une tenture de velours cramoisi matérialise le pouvoir autant que le sang qu'il est prêt à verser pour la conservation de ses Etats. La couronne apparaît d'ailleurs juste à côté de lui. Couronne fermée, afin de rappeler que les ducs de Lorraine portent le titre de "Rois de Jérusalem". Dans sa main droite, Léopold tient le sceptre ducal, emblème de pouvoir par excellence, lequel sceptre est surmonté d'un alérion. L'objet, qui fait directement référence au blason lorrain et aux trois aiglons que Godefroy de Bouillon aurait abattus d'une flèche lors de la première croisade, est complété ici par le manteau que porte le souverain. Doublé d'hermine, celui-ci est en effet brodé d'une multitudes d'alérions. Des oiseaux héraldiques dont on dirait presque qu'ils sont, ici, nés de l'aigle impériale. Car oui, le lien entre le duché de Lorraine et l'empire germanique transpire sur la toile... Il suffit de regarder le bijou que le duc Léopold porte à son cou. C'est le collier de la Toison d'Or, un ordre prestigieux, fondé par les ducs de Bourgogne au XVe siècle mais qui finira par revenir à la puissante maison de Habsbourg. Le duc Léopold, faut-il le rappeler, a été élevé à Vienne, à la cour des Habsbourg. Sa mère n'était autre qu'Eléonore d'Autriche et c'est encore en Autriche et en Hongrie que son père, le glorieux Charles V avait remporté d'éclatantes victoires contre les Ottomans. Même l'arrière-plan, qui nous montre un paysage nocturne, vient confirmer le discours... Avec le retour du duc dans ses Etats, c'est un jour nouveau qui se dresse sur la Lorraine.
Un tel portrait, on s'en doute, ne pouvait qu'attirer les critiques et les quolibets de la France. Le royaume des lys, à cette époque, lorgnait avec avidité sur la Lorraine... En se parant du titre d'Altesse (titre que Louis XIV n'a d'ailleurs jamais reconnu à Léopold), le duc de Lorraine a su montrer qu'il était l'égal des princes européens. Son portrait, ici, est une ode à la Lorraine libre, à la souveraineté retrouvée et à l'indépendance d'un Etat que les rois de France, pourtant, ont morcelé et dépecé à l'envi.
Un portrait donc, d'un des plus grands ducs que la Lorraine ait connu, simplement pour vous souhaiter, chers amis de Lorraine et d'ailleurs, une excellente journée !