05/04/2025
Ollivier Delbot a été censuré lors du conseil municipal du 27 mars 2025. Il a adressé ce jour une lettre ouverte à la maire de Douarnenez.
Lettre publiée ci-dessous dans son intégralité :
A Douarnenez, le samedi 5 avril 2025
Madame Poitevin,
Madame la maire,
Madame la Présidente de Douarnenez Communauté,
Madame la première Vice-présidente du Conseil Départemental du Finistère, chargée de l’action
sociale.
Voilà plus d'une semaine qu’en pleine séance du conseil municipal de Douarnenez vous avez fait le choix, sans avoir la moindre idée de ce que j'allais dire, d’abuser de vos pouvoirs de maire et de
débrancher mon microphone afin de m’empêcher à tout prix d’intervenir suite à une délibération dédiée au soutien financier de la Ville de Douarnenez aux Organisation de Gestion des Établissements Catholiques du territoire. Par cette censure, qui intervient quelques jours à peine après qu’une première
personne porte plainte pour des agressions sexuelles subies dans un de ces établissements de la commune, vous avez fait le choix de bafouer l’un des derniers droits que la loi française donne à une
opposition municipale: s’exprimer en séance sur les affaires de la commune et les sujets relevant de l’intérêt communal.
Vous avez aussitôt justifié cette censure en assurant savoir ce que j'allais dire et en m’accusant, avant même d’avoir entendu mon propos, d’avoir l’intention de « jeter l’opprobre sur des gens, sur des institutions » … et ce, alors même que j’avais pris soin d’introduire mon intervention en précisant que je n'allais pas attaquer les établissements privées catholiques de la commune - comme l’enregistrement officiel du conseil municipal en atteste.
Dans la foulée de cet abus, et par soucis de transparence envers les Douarnenistes, mon groupe d’élu.e.s Douarnenez Terre Citoyenne a fait le choix de rendre public l’intégralité de mon intervention:
ma prise de parole ne jetait évidemment l'opprobre sur personne mais, bien au contraire, chose malheureusement trop rare de nos jours, appelait à une unité républicaine par delà les oppositions
partisanes pour saluer le courage des victimes de violences sexuelles qui choisissent de briser le silence pour dénoncer les agressions dont elles ont été victimes, notamment sur notre territoire. J’appelais, une fois de plus, comme sur tant d’autres sujets douloureux survenus lors de votre mandat, à la conciliation
et à l’intelligence collective. Comme le rappelait une maire démissionnaire récemment dans la presse locale, le maire doit réunir autour de la table des personnes qui pensent différemment: c’est même là toute la noblesse de ce mandat.
Cela fait plus d'une semaine et, bien que depuis, informée du contenu de mon intervention interdite, vous faites le choix de vous murer dans le silence que vous avez imposé sur ce sujet. P*s encore: au lieu de présenter des excuses républicaines pour nous permettre d’avancer ensemble, sur des bases saines concernant ce sujet d’intérêt général, au lieu d’appeler enfin à l’unité, lorsque vous avez repris la parole, c’était, à nouveau, pour continuer de me discréditer, mais cette fois sur internet, donc sans
contradicteur.
Votre attitude, n'est pas digne de ce qu'on peut attendre d'une maire.
Cela fait neuf jours, madame la maire, et, comme de très nombreux et nombreuses Douarnenistes, je suis toujours aujourd’hui dans un état de choc mais aussi de profonde incompréhension. Le choc sur la forme, d’abord, devant la toute puissance que vous vous êtes autorisée en coupant mon micro, au mépris du droit et de la bienséance républicaine.
Le choc sur le fond, ensuite, et surtout, devant votre hostilité manifeste à prendre le parti des Douarnenistes victimes, au moment où en France et dans notre ville la parole se libère face la violence commise dans l’enseignement privé catholique et face à l’omerta qui l’entoure (le fameux « pas de vague » dont parle le premier plaignant douarneniste, ce « pas de vague » qui a laissé pourrir la situation dans l’établissement Notre Dame de Bétharram à Pau). Ce « pas de vague » qui est un mécanisme de protection des agresseurs, et de mise à l'écart des victimes. Oui, madame la maire, votre rôle aurait été de vous placer du côté des victimes - au moins oralement -, de les croire, de les écouter. Vous aviez l'occasion de vous engager à tout faire, via l'ensemble de vos mandats, pour éviter qu’à l’avenir de telles violences ne se reproduisent sur notre territoire. Par exemple, demandez aux chefs
d'établissements des écoles de faire des appels à témoignages pour favoriser la libération de la parole, pour aider les victimes à se protéger et à trouver le chemin de la réparation si celui de la justice ne s'offre plus à elles lorsque les faits sont prescrits. Après tout, sur ce sujet, nous sommes également au cœur de vos compétences de première vice-présidente du conseil départemental du Finistère chargée de la question sociale.
La sécurité des Douarnenistes et la prévention de la délinquance, pourtant affichées comme les priorités quotidiennes de votre mandat, sont par ailleurs le cœur de vos compétences régaliennes de maire. Aujourd’hui vous grevez lourdement les finances communales en perchant des caméras de surveillance sur des poteaux dans la rue au-dessus d’élèves de la commune, et des aires de jeux où il s'amusent, mais vous coupez les micros lorsqu’on parle de toutes les violences qu’elles et ils subissent en dehors
du champ des caméras. Vous parlez de sécurité et en même temps vous mettez les victimes au silence, et les agresseurs à l'abri. Après tout, sur ce sujet, nous sommes également au cœur de vos compétences de première vice-présidente du conseil départemental du Finistère chargée de la question sociale.
L’incompréhension, ensuite, car je ne comprends toujours pas: si vous ne protégez pas les victimes madame la maire, mais alors qui protégez vous ? Douarnenez, dans son histoire, a toujours fait le choix d’accompagner les plus fragiles car améliorer le sort des plus vulnérables c’est faire progresser l’ensemble de notre société. Si pour vous ce sujet n’est pas d’intérêt municipal, mais alors quel sens donnez-vous à votre engagement au service de tous ?
La déflagration du mouvement à l'échelle mondiale en 2017 amorçait enfin la libération de la parole des victimes: c’est une opportunité pour continuer à faire progresser les institutions et les
solidarités. Encore faut-il accompagner la prise de parole. Vous vous vantez d'avoir remis en route le Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (c’est ce que vous demande la loi, rien de plus), mais doit-on croire que les violences sexistes et sexuelles n'en font pas partie ? En décembre 2020, au début de votre mandat, l’association Les Papillons, qui œuvre dans les écoles pour libérer la parole des enfants victimes de violences, a rencontré la commission « Affaire Scolaires, enfance, famille »: cinq années plus t**d, qu’avez vous fait pour aider cette association à trouver des bénévoles ? Qu'avez-vous fait depuis tout ce temps pour favoriser son implantation sur le territoire ?
Qu'avez-vous fait pour renforcer le Planning Familial de Douarnenez qui existe depuis quinze ans et qui accompagne, entre autres, des personnes victimes de violences ? Tout récemment encore ses bénévoles accompagnaient, seules, une femme ayant échappé miraculeusement à un féminicide… sans aucune présence d’adjoint ou des services publics municipaux dont vous assurez pourtant le pilotage. Qu'avez-vous fait pour lui apporter votre solidarité ? Il y a trois mois, vous faisiez un signalement auprès de la préfecture au sujet de cette association. Il y a plus d'une semaine votre équipe refusait d'accorder des subventions pour les interventions scolaires du Planning Familial sur, entre autre, les
thèmes du consentement et du harcèlement. Par cette décision, seule une école de la commune reçoit des cours d’éducation sexuelle et affective.
Si vous, qui par le cumul de trois mandats de taille, maire de la principale ville du canton, présidente de Douarnenez Communauté et première vice-présidente du département, ne vous saisissez pas de cette thématique, qui le fera ?
La semaine dernière, en cherchant à me faire taire, vous avez une fois de plus perpétué le réflexe du surtout pas de vague que dénonçait la personne qui le 21 mars dernier est sortie du silence.
Par cette lettre ouverte je vous demande, Madame Poitevin, madame la maire de Douarnenez, madame la présidente de Douarnenez Communauté, madame la première vice-présidente du Conseil départemental du Finistère, d’activer tous les outils à votre disposition afin d’accompagner les victimes du territoire et de tout faire pour éviter qu’à l’avenir ces violences ne se reproduisent.
Ollivier Delbot
Partout en France, en 2025, c'est un enfant sur dix qui est victime d'inceste.
Reprenez contact avec l'association Les Papillons, lancez un appel à bénévoles pour que les enfants victimes de violences à Douarnenez ne soient plus seuls et soient pris en charge.
En France, en 2022, on dénombre un viol ou une tentative de viol, toutes les 2 minutes 30.
En France, en 2023, chaque jour, ce sont 3 femmes qui sont victimes de féminicides ou de tentatives de féminicide.
En France, en 2024, ce sont à minima 140 femmes qui ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon.
En France au premier avril 2025, ce sont à minima 37 femmes qui ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon.
En France, au moins 1 adulte sur 6 vit avec la mémoire de violences sexuelles subies dans l'enfance.
Reprenez contact avec le Planning familial plutôt que de le signaler à la préfecture.