17/07/2024
Portrait d’une Résistante ; extrait de mon livre De Decazeville au Val d’Aran, celui d’Odette Garcia née Beliakoff.
Native de Decazeville le 30 aout 1928, d’un père russe, typographe de son état, immigrée avant la guerre de 14-18, qui trouva du travail dans les mines decazevilloises en tant que sauveteur, ne pouvant pas exercer son premier métier, eu égard aux difficultés d’alors en termes d’intégration, mais surtout étant prétendument, et à tort analphabète. Il ne manqua pas de s’engager, lui aussi, dans la Première Guerre mondiale, puis dans un deuxième temps dans la résistance, dans les heures les plus sombres. Sa mère, Odette Beliakoff était française, Odette était la cadette des trois filles.
Très tôt, elle du quitté l’école privée de « Fontvergnes » en dépit d’un niveau d’étude brillant, à cause du conflit qui l’opposait à la sœur qu’elle avait bien malgré elle, surprise dans des ébats avec le curé de la paroisse ».
En vue de contribuer à l’effort d’éducation du ménage, elle trouva du travail, en allant glaner du charbon sur les terrils de la mine. Ce boulot consistait à ramasser sur les crassiers, le restant du charbon rechuté des berlines transporteuses, en le triant, afin de rejeter les pierres, et ne garder que la houille utilisable. Le tout mis dans des sacs de 50 kg.
Odette alors âgée de 13 ans et jusqu’à l’âge de quitter le nid familial collectait parfois jusqu’à 100 kg par jour. Ce travail s’effectuait sur des versants vertigineux, dans un danger maximum notamment, sous les bennes dont tombaient des rochers, qui dévalaient les pentes des terrils au risque de se faire écraser, par une chaleur intense l’été, et glaciale l’hiver. Le charbon des glaneuses se vendait bien à cette époque.
Odette et Henri, fiancés pendant trois ans, et mariés, durant neuf mois seulement. Elle avait 21 ans et lui 23.
Henri, en charge de l’organisation des jeunesses communistes, découvrit en Odette, une aide précieuse, au niveau des alibis structurels dus aux regards des contrôles de police, ou en tant qu’accompagnatrice ou porteuse de messages.
Elle fut aussi une remarquable secrétaire tapant les tracts de propagande, qu’Henri distribuait par la suite, dans les musettes de ces amis sur leurs lieux de travail.
Après la mort d’Henri, elle ne reviendra jamais vivre à son domicile, c’est chez ces beaux-parents qu’elle trouvera un peu de réconfort, et de chaleur échappant ainsi et sans nul doute aux menaces de celui qui ami d’hier avait trahi son mari.
Un mois plus t**d, par dépit, ou esprit suicidaire, Odette prit la décision de s’engager, dans la résistance. Très vite son courage et sa formation méritée auprès d’Henri, la mirent en situation d’être recruté par le commandant « MARC », elle se rendit spontanément au maquis d’Ols pour informer le commandant MARC, sur la vérité concernant, la capture du défunt Henri, et après une très longue conversation. Marc lui proposa de devenir l’une des toutes premières agents de liaison.
La confiance acquise de par le fait qu’elle était la v***e d’Henri, et qu’elle retrouva au sein du maquis, son « ange » protecteur Pierre Delpech. Lequel se métamorphosera bien plus t**d comme maire de Decazeville.
Odette allait de maquis en maquis, ayant toujours sur elle le pistolet 6.35, que lui avait laissé Henri. Tantôt en bicyclette, parfois en auto, qu’elle essaya de conduire, mais après un accident impressionnant, mais sans dommage pour les quatre passagers, on décida de lui allouer un chauffeur, qu’elle connaissait bien, car d’origine Decazevilloise, « le chinchou » ou Alcoser. (Beau-frère de l’inspecteur Bessières).
Elle fit pendant ce temps auprès du commandant Marc, la rencontre de celle qui allait devenir une grande amie ; Suzette Bessiere qui n’était autre que la secrétaire du commandant.
Odette sera en contact plus fréquent avec le capitaine « FÉLIX » du maquis d’Ols, Eugène PELÂT ancien rédacteur en chef de « La Voix de l’Est » à Nancy, échoué dans la région de Decazeville et adjoint de MARC.
Lors de la réception à la mairie de Decazeville, pour le 14 juillet, nouvellement promue commandante FFI, elle sera très chaleureusement félicitée, ainsi que « toutes ses filles, « comme elle se plait à les appeler, pour son engagement dans la résistance, par le commandant « CURY », qui au cours de son allocution prononcera un éloge à la mémoire d’Henri.
Fin août 1944 Odette est en charge, de la gestion des carnets de réquisitions, et fonde un atelier de couture dans l’école Sainte-Foy, à côté du cinéma le Family, à Decazeville avec Catherine Banik, Perez…, Thérèse Debon, Estrella Crespo, Argentine Brancaléone, Perianes, 30 femmes au total, pour façonner tout ce dont le maquis a besoin, des habillements aux drapeaux de la libération.
Elles y confectionnaient, des cocardes pour les manifestations patriotiques, des vêtements pour les fêtes populaires, elles portaient secours aux indigents, elles participaient anonymement à des actes tels que : l’arrachage d’affiches, inscriptions des V sur les murs de la ville, distribution de tracts que découvrait la ménagère dans son sac, le badaud dans sa poche, le professeur dans son cartable ou l’ouvrier sur son établi.
Bon nombre d’entre elles ont hébergé « le passager d’un soir » qu’il soit réfractaire au S.T.O ; Résistants Français ; ou Guérilleros Espagnols, cachant parfois des armes ou bien des papiers très compromettants.
Elles ont vu disparaître souvent leurs maris, mais également leurs enfants, et elles sont devenues « mère courage », entrant ainsi elles aussi dans cette bataille de l’ombre en se transformant en dernier rempart contre l’occupant n**i ou italien, tous tels des envahisseurs imbus de leurs idées fascistes.
Suite au départ, du maquis d’Ols pour le front, elle sera responsable de « ses filles » jusqu’à la victoire finale.
Elle participera aux très nombreux procès de la collaboration, en compagnie de Paul Mouisset d’Aubin, et, alors maire de Firmi, qui se dérouleront dans les locaux de l’hôtel Biney à Rodez. Ainsi qu’aux exécutions qui en découleront et qui auront lieu dans la caserne de Rodez.
Sans doute là encore un exutoire, pour tenter d’effacer à sa manière l’image restée dans sa mémoire de son mari, torturé, battu, puis fusillé.
Elle assistera pareillement à la tonte de celle que l’on appelait « La bossue » de Fonvernhes, pour avoir couché avec des Allemands.
Odette épousera à la fin des années quarante Arthur Panizza, issue également du milieu de la Résistanse et voisin, ayant connu lui aussi Henri Garcia.
De cette union naitra deux enfants, suite à la fermeture du bassin houiller, le couple émigrera au début des années soixante, dans un autre bassin houiller celui de Carmaux.
Dans un ouvrage d’histoire, « Le temps des secrets », elle expliquera toute l’affaire en ce qui concerne la trahison de son premier mari. Toutes ces explications seront reprises par Jean Costuméro, dans son livre concernant la mémoire espagnole Decazevilloise : « De Decazeville au Val D’Aran ».
À la demande d’Odette, Jean Costuméro réussira à faire rapatrier le corps d’Henri Garcia, lequel sera définitivement inhumé dans le carré militaire du cimetière de Miramont à Decazeville le 20 octobre 2011.
La boucle de sa vie étant bouclée, où hasard du calendrier, Odette décède le 20 décembre 2011 à Carmaux.