13/03/2026
Calvi, l’histoire d’une politique d’incapable.
Cela fait 31 ans qu’Ange Santini est au pouvoir à Calvi. 31 ans, ce n’est pas rien.
En 31 ans, nous avons connu la naissance du Web grand public, Google, le passage à l’euro, ladroitisation du mouvement national corse, le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, l’élargissement de l’Union européenne à l’Est, la crise financière de 2008, le Printemps arabe, l’intensification de la désertifications de nos villages de l’intérieur, le mariage pour tous, les grandes mobilisations contre le CPE et la loi Travail, la progressive construction des filières bilingues dans l’Académie, le triomphe du totalitourisme en Corse, , le Brexit, l’inscription de l’IVG dans la Constitution, l’espoir d’une Corse autonome et digne, le Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine, la guerre à Gaza, le retour de Trump.
En 31 ans, certain·es lecteur·rices de ce texte ont eu le temps de naître, de grandir, puis d’avoir à leur tour des enfants !
Et à Calvi, en 31 ans, comment la ville a-t-elle évolué ?
Qu’a eu le temps de faire M. Santini ?
Qu’on gère un camping ou une ville, au bout de 31 ans, il faut faire les comptes.
Alors, le fameux « ruissellement touristique » fonctionne-t-il ? Derrière la vitrine touristique de Calvi, la propagande et la pensée performative, que disent les faits ?
À Calvi, le taux de pauvreté atteint 21 %[1], contre 18,1 % en Corse et 14,5 % en France métropolitaine. Dans le même temps, 50 % de la population vit avec moins de 20 080 € par an et par unité de consommation, contre 22 390 € en Corse et 23 160 € en France métropolitaine[1]. Le niveau de vie médian local est donc inférieur à celui de la Corse comme de la France, et relativement proche du seuil de pauvreté, fixé à 1 158 € par mois pour une personne seule en 2021, soit 13 896 € par an.
Sous la mandature Santini, les résidences secondaires passent de 1 678 à 2 989 (+78,1 %), et leur part dans le parc grimpe de 45,3 % à 54,0 %[1]. Les résidences principales passent, elles, de 1 850 à 2 352 seulement (+27,1 %). Les prix des loyers ont explosé. Les Calvais·es sont chassé·es de leur ville.
A. Santini, c’est 31 ans d’une politique de dépossession.
Qu’a fait M. Santini pour freiner cette spéculation immobilière ? Eh bien : « Nous avons rendu plus de 200 familles propriétaires et réservé 10 % aux primo-accédant·es dans le PLU. » L’argument est aussi affligeant que révélateur.
Permettez-nous une mise en perspective : 200 familles aidées pendant que 1 311 résidences secondaires s’ajoutent. Cela représente 1 famille aidée pour 6,5 résidences secondaires. Quant aux 10 % pour les primo-accédant·es dans le PLU, cela veut aussi dire 90 % pour le marché libre.Quel exploit. Ange Santini va même plus loin : il limite la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires à 30 %, alors que la loi permet de monter jusqu’à 60 %.
A. Santini, c’est 31 ans d’une politique d’impostures.
A. Santini ne cesse de brandir, comme son argument fétiche, les fameux 24 millions de sa dernière mandature.
24 millions investis en six ans. Le chiffre impressionne — jusqu’à ce qu’on le mette en perspective. Bonifacio, ville de taille comparable, a investi 54 millions. Son taux de pauvreté est de 16 %, son chômage de 13,5 %[2]. Face à cette comparaison, M. Santini invoque une formule magique : « Comparaison n’est pas raison. » Curieuse rationalité, d’ailleurs très sélective : quand il s’agit de justifier que Calvi ne peut pas évoluer l’hiver, il n’hésite pas, lui, à la comparer à… Paris.
Puis vient l’argument massue : « Calvi, c’est 6 000 habitant·es. C’est impossible de faire plus. » Si M. Santini ne peut pas le faire, alors personne ne le peut. Quelle prétention. Quelle paresse intellectuelle.
Mais M. Santini, Calvi, ce n’est pas seulement 6 000 habitant·es. C’est 400 000 passager·ères aérien·nes par an. C’est 16 600 lits touristiques marchands. C’est 2 millions de nuitées pour le seul bassin Calvi-Balagne. C’est 2 989 résidences secondaires. C’est une ville qui, chaque été, voit sa population multipliée par dix.
C’est une ville qui doit fournir l’eau, les transports, les déchets et l’assainissement pour des dizaines de milliers de personnes — avec le budget et les ambitions d’un village.
A. Santini, c’est 31 ans d’une politique sans horizon ni courage, et les ravages écologiques d’un développement sans limite.
Mais la mandature A.Santini, c’est aussi :
L’eau la plus chère de France — ou presque. Le prix de l’eau et de l’assainissement à Calvi est supérieur de 60 % à la moyenne nationale. Pour une famille, cela représente un surcoût de 293 euros par an.
Des comptes présentant des problèmes de traçabilité pour 16 % des opérations comptables selon la Cour des comptes (CRC). En clair : l’argent de l’eau des Calvais·es sert à boucher les trous du budget.
Des fournisseur·euses payé·es à 81 jours, alors que le maximum légal est de 30. La ville de Calvi paie ses factures quand elle le peut — ou quand elle le veut.
C’est aussi un patrimoine bradé. L’affaire des concessions d’aménagement à la Semexval résume à elle seule la méthode Santini. Le montage initial prévoyait un excédent de 1,9 million d’euros. Le résultat réel ? Un déficit de 4 millions, soit un écart de 5,9 millions. Pour combler le gouffre, la commune doit céder gratuitement 2,8 hectares de terrain communal. Un terrain que la CRC évalue à 3,5 millions d’euros, quand France Domaine l’estimait entre 625 000 euros et 2,15 millions.
C’est aussi la Pinède : construire d’abord, piétiner les règles ensuite. En 2009, la mairie tente de rendre constructible une parcelle de la Pinède — classée ZNIEFF, site inscrit, espace boisé classé — pour y implanter un bâtiment et un parking. Petit détail : la mairie « oublie » de signaler au Conseil des sites que le terrain est en zone naturelle d’intérêt écologique. U Levante attaque. Le tribunal administratif annule la délibération en 2011. La cour d’appel confirme en 2013. Mais les bâtiments, eux, avaient déjà été construits, sans permis…
A. Santini, c’est 31 ans d’une politique de saccage du bien commun.
Et puis il y a la reconnaissance du peuple corse.
En 2021, 68 % des Corses votent pour les listes autonomistes et nationalistes aux territoriales. L’Assemblée de Corse adopte le projet constitutionnel d’autonomie à 46 voix contre 16. Même 51 % des Français·es y sont favorables. Et que répond M. Santini ? « L’autonomie n’est pas une fin en soi. Personne ne m’en parle à Calvi. On me parle de problèmes concrets… » L’argument est grotesque et malhonnête. Car la vérité est bien plus simple. Nommé au CESE par Sarkozy, soutien de Fillon puis de Pécresse, décoré de la Légion d’honneur par Darmanin en personne à Calvi en novembre 2024, décrit par la presse comme celui qui « murmure à l’oreille du ministre de l’Intérieur », M. Santini n’est pas le maire des Calvais·es. Il est le relais de Paris en Balagne.
Ange Santini, c’est 31 ans d’une politique d’opportunisme et de fidélité aux politiques de domination de l’État français.
Que dire de la jeunesse calvaise ? Qu’y a-t-il à Calvi pour un·e jeune de 18 ans en 2026 ? Rien. Pas de cinéma. Pas de conservatoire. Pas de MJC. Pas de skatepark. Pas de local ados. Pas de maison des jeunes. Rien. En 31 ans, une génération entière de Calvais·es a grandi, a cherché un cinéma — il fallait aller à l’Île-Rousse. A cherché un emploi — on leur a proposé quatre mois de saison à 10,50 € de l’heure. A cherché un logement — un T2 entre 600 € et 800 € pour un SMIC à 1 400 €. Alors ils et elles sont parti·es. Et on appelle ça une réussite.
Et la culture, dans tout ça ?
Elle existe — mais elle ne doit rien à M. Santini. Elle doit tout aux associations calvaises. La salle de spectacle ? L’intercommunalité. Et quand cette salle est enfin inaugurée — après 20 ans d’attente — les mêmes associations qui portent la culture calvaise à bout de bras ne sont même pas invitées. Elles manifestent dehors, sous une banderole : « Eppuru simu quì. » Tout ce qui vit à Calvi vit malgré la mairie.
Ange Santini, c’est 31 ans d’une politique de déconnexion du réel.
Une fois ce bilan posé, il n’y a plus grand-chose à discuter.
Ange Santini c’est la politique de l’incapable.
Après 31 ans de pouvoir, Ange Santini n’a pas préparé l’avenir de Calvi : il a accompagné un modèle qui enrichit la vitrine et fragilise la vie.
Une ville plus chère, plus inégalitaire, plus dépendante de la rente, plus difficile à habiter pour celles et ceux qui y vivent à l’année.
Aucun enjeu d’avenir n’est sérieusement affronté : ni le climat, ni le logement, ni la précarité du travail, ni la jeunesse. C’est la politique de la méritocratie de l’héritage et de la servilité.
Depuis 31 ans, une seule logique domine : laisser prospérer les intérêts installés pendant que le reste de la population s’adapte, s’épuise ou s’en va. Personne ne le fera changer.
Vous qui avez grandi sous ces 31 ans, ne faites plus semblant. Vous le savez. Vous avez vu les volets se fermer en octobre. Vous avez vu les loyers monter et vos ami·es partir. Vous avez fait la saison pour ceux qui viennent, puis cherché quoi faire quand ils repartent. Vous avez vu le patrimoine se vendre, l’eau augmenter, les promesses s’évaporer. Vous connaissez le prix de cette ville — pas celui des brochures, celui du quotidien. Vous savez que ce qui tient encore debout ici, ce sont les gens.
S’associer à M. Santini, c’est accepter la fatalité, la politique du « marche ou crève » et du « profite et tais-toi ». C’est accepter qu’une ville entière continue d’être sacrifiée à la rente et au renoncement.
C’est refermer le linceul sur une ville qui est passée de phare culturel de Corse à simple station balnéaire.
Voilà la vérité du système Santini : non pas gouverner, mais gérer l’usure ; non pas construire l’avenir, mais prolonger un ordre qui profite à quelques-uns.
Face à cette liste aux élans mortifères, il y a Calvi 365.
Et cette année, contrairement à ce que pense M. Santini, elle a toutes ses chances de faire trembler la citadelle.
C’est une action salutaire que d’essayer de mettre fin à 31 ans de règne claniste. Pour tenter d’y parvenir, cette liste prône une autre vision de la politique de la ville. Une liste plus à gauche que celle de M. Santini — ce qui n’est pas bien difficile — et une charte qui nous paraît davantage en accord avec les aspirations de notre peuple et plus ancrée dans les réalités du terrain[10] :
« Logement: combattre la spéculation, loger les Calvais d’abord ;
Jeunesse: conseil municipal des jeunes avec budget participatif ;
Culture et langue corse: patrimoine vivant, pas folklore pour touristes ;
Rigueur financière: fini les montages opaques ;
Démocratie: permanences ouvertes, consultations citoyennes ;=
Limitation à deux mandats»
Et même si, une fois encore, le monde du travail est traité comme un angle mort — comme si les travailleur·euses, les saisonnier·ères, les précaires et celles et ceux qui font tenir cette ville ne comptaient pas — nous souscrivons à cette charte comme base de travail.
Ce à quoi nous souscrivons beaucoup moins, en revanche, et que nous condamnons, c’est la participation dans cette liste d’une membre du RN. Parti fasciste, raciste, réactionnaire, néo-conservateur.
L’argument du « nous prenons toutes les idées » est une lâcheté politique déguisée en ouverture d’esprit.
Le fascisme n’est pas une idée. Les ancêtres SS de ce parti ont sur les mains le sang de Danielle Casanova, Fred Scamaroni, Jean Nicoli, Arthur Giovoni et tant d’autres résistant·es corses qui ont donné leur vie pour éradiquerla peste brune.
Pas de langue. Pas d’Assemblée. Pas de statut de résident. Pas d’autonomie. Pas de communauté. Pas de destin. Pas de Corses. Voilà ce que représente le RN en Corse. Comme nous l’avions déjà énoncé, la pollution idéologique de l’extrême droite gagne du terrain. Alors nous ne sommes pas étonné·es que le fascisme s’infiltre dans les interstices de listes nouvelles, traversées d’incohérences politiques et fragilisées par leurs propres contradictions : c’est son mode opératoire.
Mais même ici, la politique d’A. Santini a de l’influence. La volonté si forte de le chasser du pouvoir amènera certainement des Calvais·es à voter en se bouchant le nez.
Dimanche, les Calvaises et les Calvais seront seul·es dans l’isoloir — eux et la masse pléthorique des procurations.
Qu’importent ce qu’il avait promis ou ce qu’ils avaient déclaré : ils et elles seront seul·es.
Ils et elles auront le choix de mettre fin à un règne délétère ou non. S’ils et elles en décident ainsi, ce long cycle d’incurie prendra fin, et ce sera une bonne nouvelle pour l’avenir des Calvais·es.
À ce moment-là, l’opposition devenue majoritaire devra faire preuve de courage et se débarrasser du poison fasciste si elle veut respecter sa charte.
Dans le cas contraire, les Calvaises et les Calvais auront élu un nouveau roi, et il devra faire face à des militant·es déterminé·es à lutter contre ce qui serait un nouveau coup de boutoir porté à la ville.
A MANCA
Les sources :
Cela fait 31 ans qu’Ange Santini est au pouvoir à Calvi. 31 ans, ce n’est pas rien. En 31 ans, nous avons connu la naissance du Web grand public, Google,…