01/05/2020
Le gouvernement vient de présenter sa stratégie nationale de déconfinement. Les députés ont approuvé ce plan avec 368 voix pour et 100 voix contre. Les LR et l’UDI se sont abstenus (sauf quelques députés), la gauche a parlé « de failles et d’incohérences », LFI de « gestion calamiteuse », et le RN s’est insurgé contre le maintien de l’ouverture des frontières.
Comme on le voit, face à une crise sans précédent, nos chers politiciens ont retrouvé leurs vieux réflexes. Le moins que l’on puisse dire c’est que « l’Union sacrée » n’est pas au rendez-vous !!
Notre analyse va porter sur les raisons pour lesquelles nous pensons que, face aux incertitudes, à l’inquiétude, aux critiques après les annonces du déconfinement, le gouvernement fait face dans un exercice délicat, évitant le revers sanitaire et l’impasse économique.
En effet, cette crise est totalement inédite par la vitesse de propagation du virus et son ampleur (le monde entier est frappé).Nous sommes rattrapés par un ennemi que l’on pensait appartenir à des temps reculés, ou touchant des populations lointaines que l’on plaignait certes, mais on ne ressentait pas directement les effets de ces épidémies.
Or cette pandémie nous frappe tous, et particulièrement les pays industrialisés. Nous prenons brutalement conscience de notre fragilité. La science nous disait que l’on pouvait repousser les limites de la vie, que l’on pouvait aller vers un homme « bionique ». Et on avait envie d’y croire, cela nous faisait du bien.
Les scientifiques nous disaient aussi que notre façon de bouleverser l’ordre de la nature nous reviendrait comme un boomerang (déforestation, élevages industriels …) mais on avait moins envie de l’entendre.
Et maintenant nous y sommes !
Comment nos gouvernants peuvent-ils faire face à cette situation ? Emile de Girardin disait « Gouverner c’est prévoir » et Pierre Mendès-France «Gouverner c’est choisir ». On voit bien que l’anticipation n’a pas été au rendez-vous. Et certains fourbissent déjà leurs armes pour dénoncer les « coupables ».
Les gouvernants, du moins ceux de pays démocratiques, sont surtout placés devant des choix. Or, en politique, comme disait Machiavel « le choix est rarement entre le bien et le mal mais entre le pire et le moins mal ». C’est-à-dire que le choix politique s’établit sur une ligne de crête qui essaie de mettre le curseur là où l’intérêt commun semble être le mieux assuré.
Ainsi, le Conseil scientifique dans son avis pour le déconfinement, privilégie la santé publique, ce qui est son rôle et le gouvernement fait des choix qui prennent en compte tous les paramètres de la vie de la société : la santé bien entendu, mais aussi les impératifs économiques, le retour au travail, l’éducation, les situations spécifiques des personnes âgées, etc…
Alors inévitablement il y a des « failles et des incohérences ». On sent l’impatience de la population qui veut des dates, des précisions et c’est tout à fait compréhensible. Mais on sent que chaque jour apporte son lot d’information nouvelle et il est urgent de ne pas figer trop les choses.
On cherche où se trouve le pays qui est le champion : l’Allemagne ? ah oui mais non car la mortalité repart et on voit que les hôpitaux manquent de personnel. Singapour ? euh non car ils font face à une deuxième vague. La Suède alors ! Ce pays n’est pas confiné comptant sur l’immunité collective. Il y a des recommandations et quelques directives. Mais ce qui frappe avant tout c’est que le Premier Ministre social-démocrate s’appuie sur la responsabilité de la population. Ce n’est pas une question de règles mais de bon sens.
La Suède, nous dit un observateur de la vie politique de ce pays, jouit d’une autonomie administrative bien éloignée de notre centralisme jacobin. Les gouvernants suivent les conseils de l’agence de santé publique. Ils ne veulent pas paralyser la société et l’économie sans avoir la certitude que cela aura un meilleur effet sur la santé. Les syndicats sont pragmatiques. La culture de la confiance, notamment vis-à-vis des autorités, est élevée.
Le temps nous dira si cette politique produira des effets positifs.
Mais l’approche consistant à faire confiance à une population responsable est très intéressante. Qu’en est-il chez nous ?
Sur le plan individuel, nos repères sont très profondément bouleversés. Nous sommes privés de notre liberté d’aller et venir avec le confinement. Nos habitudes de travail sont modifiées, soit parce que nous télé-travaillons dans des conditions très particulières, soit parce que nous sommes sur nos lieux de travail mais avec la peur de la contamination.
Nous ne voyons plus ceux que nous aimons, sauf via des systèmes virtuels et nous ne pouvons pas vraiment faire le deuil de ceux qui s’en vont.
Même notre rapport au temps s’est modifié. On vivait à 100 à l’heure et brusquement nous faisons une pause (sauf pour ceux qui sont sur le pont !).
Or on voit que la plupart des Français (râleurs de nature) savent faire preuve de responsabilité face à cet ennemi invisible. Certes la peur est un moteur puissant pour respecter les consignes et on sent que si le confinement dure encore cela pourrait évoluer mais pour l’instant c’est ce que l’on constate.
Sur un plan collectif, nous étions plutôt dans un moment où les intérêts individuels semblaient passer avant l’intérêt collectif, où les revendications corporatistes faisaient la une des journaux.
Or on voit aujourd’hui de grands mouvements de solidarité, pour la plupart désintéressés venant de particuliers ou d’entreprises. L’inventivité est au pouvoir. Les scientifiques communiquent entre eux, se partagent les connaissances. C'est un peu la mise en œuvre en accéléré du programme « One Health » que l’OMS a lancé, une approche intégrée qui met l’accent sur les interactions entre les animaux, les humains et leurs divers environnements. Il encourage les collaborations croisées de tous les secteurs et acteurs dont les activités peuvent avoir un impact sur la santé.
Alors oui la tâche est difficile pour le Gouvernement mais nous parions sur le sens des responsabilités des Français qui réussissent à s’adapter à cette situation inédite.
Nous formulons le vœu que les partis politiques utilisent leur esprit critique en ayant le souci du bien commun, sans recourir aux invectives, à l’abstention, à la recherche de coupables.
Dans le même temps, le Gouvernement doit écouter les différents points de vue qui s’expriment car nous avons besoin de l’apport de toutes les forces dans ces moments difficiles.