16/06/2015
Un Congrès socialiste ou l’art de l’oxymore !
Les socialistes sont connus, au cours de leurs congrès, pour avoir mis au point une technique imparable de la synthèse molle, prétexte à une répartition équitable des postes entre les égos les plus forts, cachés derrière des postures idéologiques de circonstances.
Avant la préparation du Congrès, il semblait cette fois que les positions étaient si tranchées, que la synthèse serait impossible, qu’on assisterait à une scission inévitable. C’était sans compter le réflexe de survie d’un Parti qu’on disait moribond. Je ne veux pas parler des dirigeants du Parti que je laisse à leur cuisine interne mais aux militants de la base qui sont, plus que tous, attachés à leur parti. Je ne soupçonnais pas pour ma part, avant de le ressentir moi-même, le sentiment d’identification si puissant qui lie les militants envers leur parti.
De plus, je ne pensais pas pouvoir écrire un jour que je remercierai les frondeurs de leur action dans les derniers mois, mais je dois cependant admettre, qu’au-delà de leurs prises de positions passées que je juge encore irresponsables, avoir amené le débat sur la place publique a obligé les tenants d’une politique plus pragmatique, que moi je défends pour partie, à sortir du bois et à s’affirmer comme tels. Cela les a poussé à théoriser davantage leur discours, convaincre qu’il était de gauche, et sortir de la logique de « suiveurs » timides parfois ou méprisants d’autres fois, avec un discours basé sur le « il n’y a pas d’autre choix, pas d’autre politique ». Si les opposants étaient restés discrets, ne s’étaient exprimés qu’en interne, il est vraisemblable que nous nous serions une fois de plus cantonnés dans un débat atone, sans relief, et que nous n’ayons pas, chacun, essayer de muscler nos argumentaires, courant alors au désastre dans les mois à venir, par faute de clarification. Ce n’est pas un jugement de valeur mais un constat a posteriori.
L’action des signataires des deux « petites » motions, en particulier la Fabrique mais aussi la C, a permis aussi, dans ce contexte, aux motions majoritaires de revoir leur copie, de se remuer les méninges pour trouver des solutions alternatives rassembleuses, d’aller plus loin que l’envie de compter leurs rangs. Le débat a pour but de faire émerger ce qui nous rapproche, pas ce qui nous sépare et c’est en partie, certes c’est encore imparfait, ce qui s’est passé dans ces dernières semaines.
Si le Congrès a semblé mou aux médias, c’est qu’ils n’ont eu à voir que la face visible de l’iceberg. Ils n’ont en effet pas assisté aux différentes AG de présentation de motions, riches en débats, souvent ouverts et constructifs. Les élections dans les sections et les fédérations ont amené aussi des renouvellements parfois inattendus et un rajeunissement salutaire.
Les militants ont eu enfin conscience qu’un grand travail de refonte de nos pratiques était à mener et que l’avenir était justement entre leurs mains. S’il reste encore un boulot titanesque à tomber, qu’en aurait-il été, si le débat n’avait pas eu lieu, si les militants ne s’étaient pas retrouvés dans cette urgence de reconstruction et d’union à tout prix ? Je n’ose y penser…
L’oxymore qui associe deux extrêmes a cette fois fait mieux que la synthèse, car il a obligé à mener une réflexion collective poussée sur ce que nous sommes, ce que nous souhaitons comme société, comment nous voulons faire de la politique ensemble. Elle vient tout juste de débuter. A nous de ne pas décevoir.
Mes remarques peuvent paraître exagérément optimistes, voire naïves, mais je pense sincèrement que ce n’est qu’en se projetant de façon positive dans l’avenir tout en étant lucides sur le présent qu’on peut le réécrire.
J.F. THILLET