26/05/2024
💥« En fournissant des informations aux trafiquants sur les contrôles de police, en les prévenant de la pose de caméras de vidéosurveillance ou en retardant l’installation de celles-ci », voire « en demandant aux policiers d'éviter les contrôles sur certains secteurs », la maire de Canteleu est soupçonnée de complicité avec le réseau de trafiquants.
💥« Canteleu est une commune calme de l’agglomération et il y a des raisons », confiait, en 2021, une source policière proche de l'enquête, décrivant « un système mafieux où l'on influence fortement le monde politique, où on s’implante au niveau politique en achetant la paix sociale ».
💥Le 10 septembre 2019, une nouvelle conversation incriminante est interceptée. L’ancienne maire explique que les vendeurs doivent s’installer « à la tour du fond », zone hors de portée des caméras municipales. « Elle est tout simplement en train d’indiquer l’endroit où les vendeurs de produits stupéfiants peuvent se mettre pour être tranquilles », indique le commissaire de police du secteur aux enquêteurs.
💥« Les investigations ont démontré que parallèlement, elle " travaillait " avec les dealers en leur fournissant des informations essentielles à la pérennité et au développement de leur trafic de stupéfiants », attaque encore le parquet de Bobigny dans ses réquisitions.
💥Alors qu’un revendeur est interpellé, l’ancienne maire communique l’identité de la personne qui l’aurait dénoncé, mettant « en danger la vie et l’intégrité physique du témoin », considère de son côté le juge d’instruction.
💥« Je me souviens parfaitement qu’elle me demandait à ce que la présence policière soit moins insistante sur le secteur de Canteleu » raconte le commissaire de la police nationale.
💥C’est en effet Mélanie Boulanger qui intime, en 2020, au commissaire affecté dans sa circonscription d’abaisser les contrôles de police à Canteleu. « Vous faites le choix de contacter le commissaire de police pour lui dire de faire ce que les grands souhaitent que vous disiez. Vous ne faites pas le choix de la loi », lui reprochait le magistrat instructeur.
💥C’est encore elle qui, le 15 février 2021, reprochait à ses effectifs d’avoir effectué un « contrôle musclé » et de s’être « mal comportés » avec les dealers.
💥Au terme de leurs investigations, les juges d’instruction de Bobigny décrivent « un contexte général de double positionnement de Mélanie Boulanger - affichant publiquement une volonté de lutter contre le trafic de stupéfiants et officieusement étant en lien direct avec certains trafiquants de stupéfiants agissant sur le territoire de sa commune et prenant des décisions guidées par le contenu des échanges avec eux ».
💥L'histoire de Mélanie Boulanger, c'est aussi celle d'une cadre au sein d'une baronnie socialiste particulièrement puissante et organisée de main de maître, entre 1990 et 2015, par Laurent Fabius, ancien député de la quatrième circonscription de Seine-Maritime et désormais président du conseil constitutionnel.
💥« Mélanie Boulanger était encore très intégrée au PS il y a quelques mois », observe un ancien membre du parti. Avant d'entamer sa longue dégringolade politique, Mélanie Boulanger occupait une place stratégique au sein du parti socialiste de Seine-Maritime dans le sillage de Nicolas Mayer-Rossignol, son nouveau patron.
💥Il y a trois ans, Le Poulpe, à la suite de Mediapart, avait plongé ses tentacules dans la cuisine interne du parti de Jaurès au niveau local, pointant les dérives d'un socialisme local marqué par l'entre-soi et le copinage familial ou amical. Il y était beaucoup question de Canteleu devenu le centre de gravité du PS, historiquement situé au Grand-Quevilly fief de l’ex-Premier ministre Laurent Fabius, et d'un système d'emplois de collaborateurs croisés entre collectivités et élus.
Le procès de l’ancienne maire de Canteleu et de son adjoint, Hasbi Colak, s’ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Aux côtés de dix-huit autres personnes, Mélanie Boulanger sera jugée pour complicité de trafic de stupéfiants. Cette professionnelle de la politique, qui...