Union des Fédéralistes Européens - Sud France

Union des Fédéralistes Européens - Sud France Le fédéralisme prend forme à travers un régime constitutionnel. Il incarne une ambition collective porteuse de valeurs fortes et partagées. Et pour longtemps.

Créée en 1946, l’UEF coordonne des associations nationales, elles-mêmes organisées en sections régionales

L'UEF sud, section régionale, promeut les idées et avantages du fédéralisme dans la région sud. L’Europe fédérale sera souveraine, démocratique, humaniste et sociale. Sa construction s’appuie sur la dynamique des intérêts communs et sur l’équilibre fécond entre diversité et unité. Le fédérali

sme, un régime constitutionnel

Le fédéralisme se fonde sur le partage des souverainetés entre l’Etat fédéral et ses parties constituantes. Il attribue des domaines de compétences spécifiques à chaque niveau de responsabilité politique (communes, régions, Etats, Etat fédéral). Il veille à satisfaire l’intérêt général, à préserver les identités locales et à assurer le bon fonctionnement de la démocratie. Les règles de répartition des compétences concilient les volontés d’autonomie de chaque niveau de responsabilité politique avec le besoin d’unité de l’ensemble de la fédération. L’État fédéral découle d’une constitution. Lui seul est souverain dans l’ordre international. Le monde compte 27 États fédéraux, petits et grands. La logique intergouvernementale est différente de celle du fédéralisme. Là, des Etats souverains décident, à travers un traité, de déléguer à une institution commune certaines de leurs prérogatives. Les organisations internationales sont de nature intergouvernementale. L’UE actuelle est à mi-chemin. Les États membres attribuent des compétences à l’UE (marché unique, monnaie). Mais ils demeurent pleinement souverain, notamment sur le plan international. Le choix d’une Europe fédérale nécessite d’aller au-delà des traités actuels. Cela implique des transferts de souveraineté vers la fédération dans des domaines “régaliens” comme l’armée et la politique étrangère. L’Europe devrait se doter d’un vrai budget voté et géré par ses propres instances démocratiques (un gouvernement et un parlement). Le fédéralisme, des hommes en société

Le fédéralisme défend les principes de liberté, de respect et de tolérance. Il ambitionne de construire une société apaisée dans laquelle les citoyens ont des droits, mais aussi des devoirs. Donc une société fondée sur la responsabilité individuelle et la solidarité collective. Pour aboutir, la fédération européenne doit résulter d’une volonté politique commune et traduire un projet de société capable d’entraîner l’adhésion de tous, citoyens et États membres. Bannir la guerre ne suffit plus. Aujourd’hui, il s’agit également de sédimenter une société plus solidaire et plus protectrice, mais aussi de poser l’Europe comme un acteur global face aux grands défis technologiques, géostratégiques, climatiques et de santé. Le fédéralisme avant la construction européenne

Dès 1713, l’Abbé de Saint-Pierre proposa un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe. Emmanuel Kant écrivit en 1795 un Projet de Paix perpétuelle. Victor Hugo déclara, en ouverture du Congrès de la Paix tenu à Paris en 1849 que l’avènement des Etats-Unis d’Europe devait être le “but et le port” pour tous les européens. Rendre impossible la guerre entre les treize premiers États américains fut à l’origine de la Constitution fédérale des Etats-Unis d’Amérique de 1787. Des mouvements en faveur d’un fédéralisme mondial sont nés après les ravages de la 1ère guerre mondiale. Une construction des Etats-Unis d’Europe fut envisagée par Aristide Briand (France) et Gustav Stresemann (Allemagne) à la conférence de Locarno en 1925. Mais ils eurent raison trop tôt. Les désastres de la 2ème guerre mondiale ont réactivé les réflexions sur le fédéralisme européen. Les débats furent nombreux, notamment au sein des mouvements de résistances au n***sme et au fascisme. L’idée d’un fédéralisme qui servirait à la fois la paix et le progrès social commença à prendre corps dans les débats politiques. Albert Einstein, Stéphane Zweig et Albert Camus ont également présenté le fédéralisme comme l'horizon le plus sage pour les peuples européens. Les admirables jeunes allemands du groupe résistant La Rose Blanche, Hans et Sophie Scholl, notèrent dans leurs tracts, avant d’être torturés à mort par les n***s, tout l’espoir qu’ils mettaient dans le fédéralisme pour installer la paix en Europe. De tels repères intellectuels et moraux constituent un stimulant pour tous les fédéralistes. La naissance du Conseil de l’Europe : l’Europe par le respect des valeurs humanistes

Le “Congrès de l’Europe” tenu en mai 1948 à La Haye rassembla des participants de 17 Etats. Malgré les arguments des fédéralistes, la logique intergouvernementale emporta l’adhésion des responsables politiques. Il s’en suivit la création du Conseil de l’Europe par un traité signé par 10 pays le 5 mai 1949 à Londres. Cette organisation internationale se concentre sur le respect des droits des personnes et des citoyens. Installé à Strasbourg, le Conseil de l’Europe compte aujourd’hui 47 membres. Il abrite depuis 1959 la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Des Communautés européennes à l’Union européenne (UE) : l’Europe par les intérêts économiques communs

Le moment fondateur de l’UE fut la déclaration du Ministre français Robert Schuman le 9 mai 1950 (date de la fête de l’Europe). Le texte, préparé avec Jean Monnet, proposait de placer la production franco-allemande du charbon et de l’acier (“les nerfs de la guerre”) sous une Autorité commune. D’autres Etats pourraient se joindre au projet. Le traité CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) fut signé à Paris en 1951 entre les six pays “fondateurs” (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas). Au-delà de l’idée de la CECA, la Déclaration Schuman traçait une dynamique ambitieuse conduisant, par étapes successives, vers une fédération. Dans la méthode proposée, les Etats découvriraient les avantages de gérer, ensemble, de nouveaux domaines. L’enjeu était de parvenir, progressivement, à une intégration suffisamment englobante pour justifier, à terme, le passage à un Etat fédéral. L’échec en 1954 de la création d’une Communauté européenne de défense (CED), toujours entre les six membres fondateurs, donna un coup d’arrêt aux espoirs d’une Communauté politique. La signature du traité de Rome en 1957, toujours entre les six, créa la Communauté économique européenne (CEE) avec un marché commun des marchandises et une union douanière. La “méthode communautaire” initiée par Schuman était à l'œuvre, mais seulement pour l’économie. Le traité CEE initia des politiques communes, notamment dans l’agriculture et le développement régional. En 1986, un nouveau traité lança le marché unique afin d’étendre la libre circulation aux salariés, aux entreprises et aux capitaux. Le processus suivait son chemin. Autre étape décisive, le traité de Maastricht de 1992. Il mit en place l’Union européenne (UE) et ouvrit la voie à la création de l’euro en 1999. Nous en sommes là aujourd’hui. L’intégration économique est accomplie et la zone euro concerne 19 États sur 27. L’Europe a également accueilli de nouveaux membres. Le grand élargissement de 2004 (10 Etats concernés) marqua l’ouverture aux anciens pays socialistes. La présence de 27 membres augmentent l’hétérogénéité de l’ensemble et les dynamiques d’approfondissement et d’élargissement ne sont pas toujours aisément conciliables. Malgré le chemin parcouru depuis 1950 les avancées sur le social et la politique restent timides. Une partie du chemin a déjà été accomplie. Désormais au milieu du gué, l’Europe n’est toujours pas en pleine capacité pour déployer toutes ses forces au bénéfice de ses citoyens et de ses Etats membres. A quand l’Europe fédérale ? Rédigé par Michel Dévoluy (UEF Sud France)

Souveraineté, souverainisme....Avec une référence à Celine Spector, du Conseil scientifique de l’UEF 🙏🏻Présidentielle 20...
19/06/2026

Souveraineté, souverainisme....
Avec une référence à Celine Spector, du Conseil scientifique de l’UEF 🙏🏻

Présidentielle 2027 : la « souveraineté », une formule magique que partagent les prétendants à l’Elysée
De Raphaël Glucksmann à Marine Le Pen, en passant par Jean-Luc Mélenchon ou Edouard Philippe, le concept s’est imposé dans les discours des candidats. Mais derrière le consensus sur l’indépendance de la France se dessinent de profonds clivages quant à son articulation avec l’Europe.

Dans les discours politiques, elle est partout. La souveraineté. Elle se décline : alimentaire, numérique, sanitaire… Comme le remarquait le premier ministre il y a peu, ce serait presque un consensus, dans cette précampagne présidentielle. « De Le Pen à Mélenchon, personne ne veut être dépendant de qui que ce soit. C’est objectivement un des rares points communs de toute la classe politique française », affirme Sébastien Lecornu.

Parmi les candidats, Edouard Philippe veut une « France libre », Bruno Retailleau se propose de « rendre » au pays sa souveraineté, Raphaël Glucksmann promet d’accomplir le « destin » de la France, celui de « locomotive de la puissance européenne souveraine et indépendante ». Marine Le Pen, pour avoir tempéré son discours souverainiste au tournant du Brexit, n’en continue pas moins de défendre « la souveraineté [qui] est aux nations ce que la liberté est aux individus ». Jean-Luc Mélenchon parle, lui, de la souveraineté du « peuple », et promet, s’il est élu, de la rendre « permanente » par des référendums citoyens et révocatoires.

Pour les responsables politiques, la souveraineté évoque tout à la fois la puissance, la liberté, la démocratie. C’est pourtant une notion précise. En droit, elle définit la qualité d’un Etat possédant l’exclusive maîtrise de son territoire et de sa population, et son indépendance vis-à-vis de puissances étrangères.

Souverainismes d’antan

En politique, le concept est plastique. Il se lit aujourd’hui à l’aune d’une nouvelle donne géopolitique marquée par le retour des empires, mais le débat sur la souveraineté a longtemps vécu à l’ombre de la construction européenne – du traité de Maastricht en 1992, au « non » au traité établissant une Constitution de 2005, en passant par la création de la zone euro en 2002. Importé du Québec, le « souverainisme » a pris racine en France, avec ses grandes figures, de Philippe Séguin à Jean-Pierre Chevènement. « Etre souverainiste, c’est penser que la loyauté politique ne peut et ne doit s’attribuer qu’à l’Etat-nation, et que toutes les autres loyautés supranationales sont illusoires, voire nocives », résume la philosophe Céline Spector, autrice de No démos ? Souveraineté et démocratie à l’épreuve de l’Europe (Seuil, 2021).

En 2008, la crise de la dette grecque conforte l’argumentaire souverainiste, avant que le Brexit, voté par les Britanniques en 2016, ne vienne affaiblir les discours sur la sortie de l’Union européenne. Pour le chercheur associé au Cevipof Nicolas Leron, par ailleurs directeur général de l’Institut François-Mitterrand, cet épisode a révélé l’une des confusions autour de la souveraineté. « Les politiques se trompent de cible, on n’a pas un problème de souveraineté mais d’impuissance publique. C’est facile de faire vibrer la corde souverainiste, mais il n’y a bien souvent rien derrière. Le Brexit était un choix souverain : pour autant, ça n’a pas constitué de solution magique pour le Royaume-Uni… », dit l’auteur de Souveraineté, l’obsession des nations (Bouquins, 2022).

Discours de la Sorbonne

Quand Emmanuel Macron arrive au pouvoir, en 2017, il ouvre un nouveau chapitre, au moins sémantique, pour le mot de « souveraineté ». Dans son discours de la Sorbonne, il dit la « nécessité » de construire une « souveraineté européenne ». Ce discours, qui laisse au début sceptiques les partenaires européens, jouit désormais d’une certaine postérité, renforcée par la montée des périls autoritaires aux frontières de l’Europe. Nathalie Loiseau, désormais membre de l’équipe de campagne d’Edouard Philippe, se félicite que l’idée ait « énormément infusé ». « On la retrouve partout chez nos partenaires, et largement du PS aux LR. On intègre totalement l’idée que la souveraineté européenne vient en appui de la souveraineté nationale, pas en soustraction. »

« Cette opération rhétorique a permis de complexifier la notion de souveraineté, et même si elle tord le mot – le terme d’“autonomie stratégique” serait plus juste –, elle me paraît préférable aux usages confus et aux impasses souverainistes », juge le philosophe Jean-Yves Pranchère, professeur à l’Université libre de Bruxelles. Aujourd’hui, le candidat potentiel qui utilise le plus ce terme popularisé par Emmanuel Macron est sans nul doute Raphaël Glucksmann. Samedi, il assumait : « Les Français ne sont pas réellement libres parce qu’ils ne sont pas réellement souverains. Et ce n’est pas l’Union européenne, le problème, contrairement à ce que disent chez nous les valets de Trump et de Poutine. L’Union européenne fait partie de la solution. »

A droite, Edouard Philippe entend bien intégrer dans sa campagne cet héritage, mais en tentant la synthèse avec un imaginaire « gaullien » qu’il invoque abondamment dans une tribune parue jeudi 18 juin dans la r***e de géopolitique en ligne Le Grand Continent. « Toutes les fois que la France peut être plus forte en étant la France, elle doit choisir la France. Toutes les fois qu’elle peut être plus forte avec l’Europe, elle doit choisir l’Europe », écrit-il. Nathalie Loiseau défend son articulation entre « France libre » et Europe souveraine : « C’est plus imaginatif que de faire du copier-coller du discours de la Sorbonne. »

A l’heure où les Etats-Unis ont déjà limité l’accès des technologies d’intelligence artificielle de la firme Anthropic pour les ressortissants étrangers, le numérique s’impose comme un nouveau terrain des discours sur la souveraineté. Jean-Luc Mélenchon plaide ainsi pour la « décolonisation numérique vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique ». Edouard Philippe promet, lui, de s’attaquer au « risque de vassalisation » que comporte cette technologie. Un mot qu’il partage avec Dominique de Villepin. Celui qui prône la création d’un « conseil de l’IA auprès du président de la République » estime que « nous risquons de devenir une colonie cognitive des empires résurgents ».

Quand on la décline dans des usages thématiques, la souveraineté met presque tout le monde d’accord. Pourtant, le souverainisme continue d’être un clivage profond. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, qui clamait en 2025 pour l’anniversaire du « non » au traité établissant une Constitution, « 2005 est notre date de naissance politique », continue de creuser un filon à part en matière européenne. « Les traités européens sont obsolètes ! », a-t-il déclaré le 7 juin, lors de son dernier meeting, promettant « un moratoire sur toutes les directives contraires au mandat que nous aura donné notre peuple » et de bloquer « l’accès en France au statut de travailleur détaché ».

Imaginaire de puissance

Pour Jean-Yves Pranchère, malgré son discours sur le « peuple », « Mélenchon croit à la souveraineté de la nation, même si c’est une nation non raciste, métissée. Il est convaincu que l’histoire profonde est une histoire des nations, et que l’Europe est un artefact, dans une position de facto souverainiste et au fond nationaliste ».

Au sein du Rassemblement national, Marine Le Pen a trouvé dans les exemples hongrois, polonais ou italien de quoi renouveler sa stratégie face à l’Europe. Plutôt que d’en sortir, il s’agit d’évider l’Union européenne de l’intérieur, par exemple en proposant, comme l’a fait dernièrement Jordan Bardella, de réduire de moitié la contribution française au budget européen. « C’est la souveraineté façon Orban, si on réduit l’Union européenne à un marché unique, tout en pouvant mener des politiques xénophobes, alors l’Europe peut rester », estime Jean-Yves Pranchère.

A droite, Bruno Retailleau oppose régulièrement souveraineté populaire et Etat de droit. Pour son annonce de candidature au « 20 heures » de TF1, le 12 février, il a fustigé les « dérives de l’Etat de droit qui s’est retourné contre le droit des Français à vivre en paix et en sécurité ». Pour Alexandre Viala, professeur de droit public à l’université de Montpellier, ce discours qui éloigne Bruno Retailleau de l’héritage républicain s’explique par une pensée presque religieuse autour de la souveraineté. « Le miracle est au théologien ce que la souveraineté est au juriste, une puissante et déraisonnable affirmation de la volonté. Le miracle défie les lois naturelles. La souveraineté défie le droit et la raison juridique », dit-il.

Solution presque magique aux problèmes politiques, la souveraineté charrie avec elle un imaginaire de puissance… qui a pourtant de sérieuses limites. Comme le disaient au Monde en 2020 le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval, « aucune souveraineté d’Etat au monde ne permettra de prévenir (…) la catastrophe climatique ».

Julie Carriat et Mariama Darame

Aussi les réflexions de Jacques Attali : https://www.linkedin.com/posts/jacquesattali_the-pursuit-of-industrial-sovereignty-at-share-7473613545071603712-Mlu-/?utm_source=social_share_send&utm_medium=ios_app&rcm=ACoAAB6K5V0BrYTDmYis5mGyBJPPX0KUonC6apc&utm_campaign=copy_link

De Raphaël Glucksmann à Marine Le Pen, en passant par Jean-Luc Mélenchon ou Edouard Philippe, le concept s’est imposé dans les discours des candidats. Mais derrière le consensus sur l’indépendance de la France se dessinent de profonds clivages quant à son articulation avec l’Europe.

Dominique Meda est membre du Conseil scientifique de l'union des fédéralistes européens ( Uef)Dominique Méda : « Nous de...
13/06/2026

Dominique Meda est membre du Conseil scientifique de l'union des fédéralistes européens ( Uef)

Dominique Méda : « Nous devons réussir à rendre la transition écologique désirable »

Dominique Méda
Professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen

Le Parti communiste français tirait à boulets rouges en 1972 contre un appel à l’écologie responsable. Aujourd’hui, c’est l’extrême droite qui juge punitive toute politique verte, constate Dominique Méda dans sa chronique au « Monde » : elle appelle à mettre en valeur les bénéfices pour tous de la transition écologique.

Alors que la guerre au Moyen-Orient confirme l’ampleur de nos dépendances et que les événements climatiques alarmants se succèdent, on aurait pu espérer que les responsables politiques, désormais entrés en campagne, mettent la question de la reconversion écologique de nos sociétés au cœur de leurs discours. En effet, il est de plus en plus urgent que nous organisions la sortie des énergies fossiles (60 % de la consommation d’énergie finale française, pour une facture de 60 milliards d’euros), que nous adaptions nos villes et nos campagnes aux manifestations du dérèglement climatique et que nous lancions l’ensemble des chantiers qui nous permettront de continuer à vivre à peu près normalement à mesure que les températures augmenteront.

Mais, au lieu de cela, à mesure que la crise s’amplifie, une partie des discours politiques hexagonaux propose, dans la droite ligne des reculs européens récents sur le Green Deal, un détricotage des mesures environnementales. On envisage de revenir sur le principe de précaution en modifiant la Charte de l’environnement, on veut stopper le financement des énergies renouvelables, on promet de simplifier. L’idée, martelée par l’extrême droite, qu’une politique écologique serait intrinsèquement punitive semble avoir gagné la plupart des esprits. Pire, toute proposition un tant soit peu teintée d’écologie est dénoncée comme une insupportable attaque contre les conditions de vie ordinaires.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Le 9 février 1972, à la suite de la lecture des bonnes feuilles du fameux rapport pour le club de Rome, The Limits to Growth, le vice-président de la Commission européenne, Sicco Mansholt [1908-1995], écrivait à son président une lettre ouverte, dans laquelle il proposait un programme complet de bifurcation écologique. En quelques pages, il dessinait les grands traits d’un plan européen visant à produire les biens et services essentiels : il s’agissait de limiter l’usage des ressources naturelles, d’éviter le gaspillage, de mettre en place une certification des produits fabriqués de manière propre et recyclée et d’organiser l’ensemble des politiques – industrielles, économiques, sociales, fiscales – autour de cette préoccupation essentielle : respecter les limites physiques au sein desquelles nous devons organiser la vie de nos sociétés.

Mais Mansholt avait aussi exposé l’ensemble de son raisonnement : « Il est évident que la société de demain ne pourra pas être axée sur la croissance, du moins pas dans le domaine matériel. Pour commencer, nous ne devrions plus orienter notre système économique vers la recherche d’une croissance maximale, vers la maximisation du produit national brut. Il conviendrait de remplacer celui-ci par l’utilité nationale brute. »

Le 5 avril 1972, L’Humanité publiait en une un texte au vitriol de Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, dénonçant « l’Europe de la misère et de la régression économique ». Il utilisait cette lettre pour appeler les Français à voter non au référendum organisé sur l’entrée de quatre nouveaux pays dans la communauté européenne. Entre-temps, Mansholt était devenu président de la Commission européenne, mais le mal était fait. Il était trop t**d. Nous allions perdre cinquante ans. Et ce type de raté n’allait cesser de se reproduire.

Une abondance alternative

Il nous faut tirer les enseignements de ces échecs successifs. La rhétorique et l’argumentation mobilisées pour promouvoir la reconversion écologique de nos sociétés doivent sans doute cesser de mettre l’accent sur les interdictions, les contraintes, les « moins », et développer un discours positif mettant en évidence l’ensemble des bénéfices que la collectivité mais aussi chacun d’entre nous tireront de cette transformation. Nous devons réussir à rendre la transition écologique désirable.

Les réservoirs de pétrole du complexe pétrochimique de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 21 novembre 2025.
Les réservoirs de pétrole du complexe pétrochimique de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 21 novembre 2025. CLEMENT MAHOUDEAU/AFP
C’est ce qu’ont compris les auteurs américains Ezra Klein et Derek Thompson qui, dans leur livre, judicieusement intitulé Abondance (Arpa, 272 pages, 22,90 euros), plaident pour la transition écologique en expliquant que cela implique du « plus » : plus de logements, plus d’énergies renouvelables, plus de transports doux, plus d’alimentation saine… Nous devons – universitaires, militants, responsables économiques et politiques conscients des enjeux – être capables de construire un discours mettant en évidence les bénéfices d’une transition écologique réussie.

Bénéfices en matière de santé d’abord. Toutes les études le prouvent, moins utiliser sa voiture, marcher plus, faire plus de vélo, remplacer les véhicules thermiques par des véhicules électriques, utiliser le train, c’est bon pour la santé – la santé collective et la santé de chacun. Bénéfices en matière d’alimentation également. Les dernières études montrent qu’en France près de la moitié de la population est obèse ou en surpoids avec des conséquences dramatiques pour la vie quotidienne, le bien-être et la dépense de santé. Reconvertir notre agriculture peut certes sembler coûteux à court terme, mais c’est la seule solution pour réparer nos sols, leur rendre leur capacité à offrir des produits de qualité, redonner du sens au travail des paysans, recouvrer notre souveraineté alimentaire, sortir de la malbouffe…

On me rétorquera que le vrai problème n’est pas le discours, mais le coût de la transition. En 2023, un rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz a montré qu’il fallait investir 64 milliards d’euros supplémentaires par an pour transformer notre économie. Juste après la publication, une volée de ministres s’était précipitée dans les matinales pour dire qu’aucune des deux solutions proposées (un impôt exceptionnel sur les plus riches ou un surcroît d’endettement) n’était envisageable. Pourtant, nous devons agir. Plus nous attendons, plus le coût sera élevé. Les sommes nécessaires existent, mais sous forme de coûts cachés. Il est essentiel de rendre ceux-ci visibles.

Dominique Méda est professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen. Elle a récemment publié « Le Travail. Pourquoi travaillons-nous ? » (Autrement Editions, 240 pages, 20 euros).

CHRONIQUE. Le Parti communiste français tirait à boulets rouges en 1972 contre un appel à l’écologie responsable. Aujourd’hui, c’est l’extrême droite qui juge punitive toute politique verte, constate Dominique Méda dans sa chronique au « Monde » : elle appelle à mettre en valeur les...

l’Europe s’est reconstruite sur les deux rives du Rhin. Sur une rive, elle a besoin de la pensée de Morin : une pensée c...
10/06/2026

l’Europe s’est reconstruite sur les deux rives du Rhin. Sur une rive, elle a besoin de la pensée de Morin : une pensée capable de relier les crises, les histoires, les peuples et les interdépendances. Sur l’autre, elle a besoin de l’exigence habermassienne : un espace public commun où les citoyens puissent encore se parler, se comprendre et décider ensemble.

Sans Morin, l’Europe risque de ne plus comprendre le monde. Sans Habermas, elle risque de ne plus savoir comment en débattre démocratiquement. Il lui faut les deux rives. Et il lui faut enfin construire le pont.

En moins de trois mois, l’Europe a perdu deux de ses grandes consciences. Jürgen Habermas est mort le 14 mars. Edgar Morin s’est éteint le 29 mai, à l’âge de 104 ans. Le rapprochement n’est pas artificiel. Les deux hommes n’appartenaient ni à la même tradition intellectuelle ni au m....

Il est important de pointer le manque criant d’autonomie des collectivités locales et prôner un système fédéraliste pour...
31/05/2026

Il est important de pointer le manque criant d’autonomie des collectivités locales et prôner un système fédéraliste pour redonner autonomie fiscale et démocratique aux régions, à l’image des modèles canadien ou suisse.

Le constat et la solution sont partagés par une immense majorité des Français d’après les sondages : la France est trop centralisée et le fédéralisme apporte des solutions.

Mais qu’est-ce que cela implique concrètement ?

Notre Vice-président, Luc Landrot, propose ce jour dans La Croix une piste qui allie les impulsions et les demandes des élus, des citoyens et des instances locales et de lois nationales à l’Assemblée pour redéfinir pas à pas les frontières des Régions, penser des fusions d’échelons et laisser davantage d’autonomie en local pour adapter les solutions au plus proche du terrain et des citoyens.

Retrouvez l'ensemble de la tribune dans les commentaires⤵️

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