31/05/2026
Monter une porte dans un château fort n'est pas une mince affaire. En effet, on parle d'un dispositif de défense massif pesant souvent plusieurs centaines de kilos, voire des tonnes. Les portes du châtelet d'entrée du château d'Ainay-le-Vieil qui ont été entièrement restauré, donne une excellente idée du type de porte que l'on pouvait trouver à l'entrée d'un château fort. Avant même de monter la porte, il faut la construire pour qu'elle résiste aux béliers et aux haches. On utilise presque exclusivement du chêne, réputé pour sa dureté. On assemble ensuite deux couches de planches épaisses. Une couche verticale à l'extérieur et une couche horizontale à l'intérieur. Elles sont solidarisées par des clous en fer forgé, dont la pointe est repliée, le " clou rive ", pour rendre l'arrachage impossible. On ajoute souvent des plaques de fer ou des clous à tête pyramidale, les " clous de serrure " pour émousser les lames des assaillants. Au Moyen Age, on n'utilise pas de petites charnières vissées. Les portes de châteaux pivotent sur un axe vertical massif. Le montant vertical de la porte se termine en bas par une pointe renforcée de fer qui repose dans une cavité en pierre au sol, c'est la crapaudine. En haut, le montant s'insère dans un anneau de pierre ou de fer scellé dans la maçonnerie. L'installation de la porte se fait généralement au moment de la construction de la muraille ou juste après que les jambages de la porte sont terminés. On utilise une " chèvre ", un trépied avec poulies ou un " écureuil ", une grande roue à tambour actionnée par des hommes marchant à l'intérieur, pour soulever la porte. La porte est soulevée verticalement, positionnée au-dessus de la crapaudine puis descendue doucement pour que le pivot s'emboite parfaitement. C'était un travail de précision : une porte mal équilibrée pouvait devenir impossible à ouvrir ou s'effondrer sur les gardes lors d'une manœuvre rapide.
Source: " Un château fort: un chantier au Moyen Age ", Nicolas Faucherre