16/06/2020
La grave crise que traverse l’ d’ est un vrai sujet d’inquiétude pour tous les Spinaliens. Car la vieille dame du quai de Dogneville est intimement liée à l’histoire de la cité, à son identité et à sa notoriété, et nous y sommes toutes et tous profondément attachés.
La façon dont ce dossier est abordé (pour ne pas dire « exploité », ou « instrumentalisé ») par les candidats issus de l’actuelle majorité municipale LR-UDI en dit long, toutefois, sur les insuffisances d’une équipe qui n’a jamais véritablement su prendre les bonnes orientations et qui peine aujourd’hui – quels que soient les protagonistes – à avancer des solutions satisfaisantes.
Commençons tout d’abord par rappeler les faits…
L’Imagerie d’Epinal est une entreprise privée. Elle l’a toujours été, depuis sa naissance en 1796.
Au bord de la faillite, elle a été reprise en 1984 par un groupe d’entrepreneurs spinaliens réunis autour d’Eric Staub. Jusqu’à ce qu’en 2014, la municipalité présente deux repreneurs à M. Staub (M. Vexlard et Mme Lorimy) et appuie de tout son poids la cession de l’entreprise en apportant (via la SEM de développement économique) près de la moitié du capital nécessaire, soit 400.000 euros.
C’est la gestion de l’Imagerie par ces repreneurs qui, depuis, est à l’origine de la crise que nous connaissons : procédure pénale pour abus de biens sociaux, puis saisine du tribunal de commerce qui se prononcera, le 7 juillet prochain, sur l’éventuel redressement ou liquidation de l’entreprise, qui croule sous les dettes…
Si l’entreprise qui exploite l’Imagerie est privée, il faut toutefois savoir que les locaux (ainsi que certaines machines) appartiennent à la ville d’Epinal. Un « bail emphytéotique » (tel est en tout cas son nom) organise depuis 1994 la mise à disposition des locaux au profit de l’entreprise. Chose plus étonnante (révélée par Vosges Matin Épinal), une clause du bail prévoit une option d’achat au profit de l’exploitant : celui-ci pourra dès 2024 faire l’acquisition des locaux et des machines pour la somme dérisoire de 15€ !
C’est ainsi en toute connaissance de cause que MM. Heinrich, Nardin et Petit ont organisé la cession de l’entreprise en 2014 et accepté la cession du bail emphytéotique aux nouveaux repreneurs, prenant ainsi le risque de ne plus avoir aucune maîtrise sur le destin de l’Imagerie à compter de 2024.
Les procédures judiciaires en cours n’ont visiblement pas effrayé les élus, qui ont pendant longtemps continué à soutenir Mme Lorimy, restée seule aux commandes de l’entreprise. Jusqu’à ce que cette dernière annonce vouloir transformer une partie des locaux de l’Imagerie en… hôtel.
Désemparés face à un tel projet, et cherchant les moyens juridiques de s’y opposer, ils ont alors (moyennant une étude juridique à plus de 20.000 euros) décidé de proposer au conseil municipal de classer les biens immeubles et meubles de l’Imagerie dans le domaine public communal. Nous en avons déjà parlé sur cette page lors du commentaire en direct de la séance du 11 juin dernier… L’idée est simple : les biens du domaine public sont inaliénables, et cela empêcherait ainsi l’entreprise de lever son option d’achat en 2024, et donc de réaliser son projet. Et MM. Heinrich et Nardin de pouvoir ainsi claironner le soir du conseil municipal : « en prenant cette décision, nous sauvons l’Imagerie ! ».
Ce que tout le monde oublie de dire, toutefois, c’est qu’il ne suffit pas d’une simple délibération (votée à l’unanimité, en l’occurrence) pour faire entrer des biens dans le domaine public. En vertu du code général de la propriété des personnes publiques, ces biens doivent en effet être soit affectés à l’usage direct du public (ce qui n’est évidemment pas le cas ici), soit affectés à un service public moyennant un aménagement indispensable (ce qui n’est pas davantage le cas, la ville n’exerçant absolument aucun contrôle sur l’activité).
Qu’à cela ne tienne : on décidera d’affirmer dans la délibération, de manière péremptoire, que l’Imagerie constitue un « service public culturel et touristique » ! C’est ce qui s’appelle un coup de poker juridique, voire plus vraisemblablement un coup d’épée dans l’eau ! Lequel ne peut rassurer que les naïfs et satisfaire les cyniques (au demeurant nombreux dans l’équipe en place).
Comme nous l’avons déjà dit, cette manipulation hasardeuse a surtout révélé les graves manquements de l’équipe municipale qui, au-delà du choix désastreux des repreneurs, aurait dû depuis longtemps mieux encadrer les conditions d'exploitation de l’Imagerie, anticiper la protection des biens occupés (en refusant notamment la cession d’un tel bail emphytéotique) et surtout organiser (a minima) une réelle mise en concurrence des opérateurs, au titre d'une véritable délégation de service public. Ce qu'elle n'a évidemment jamais fait…
Le collectif Nous, Spinaliens ! avait présenté en décembre dernier son projet pour l’Imagerie.
Dans un document distribué à 20.000 exemplaires, nous avions ainsi dénoncé les graves insuffisances de la municipalité et souhaité que « la collectivité assume ses responsabilités à travers la constitution d’un grand pôle public intégrant l’Imagerie, le Musée de l’Image et l’Ecole supérieure d’Art (ESAL) », ajoutant que selon nous « la Cité de l’Image, qui est aujourd’hui une “coquille vide”, doit ainsi devenir le symbole d’Epinal et participer à son rayonnement ».
Venons-en maintenant à ce que proposent les fossoyeurs de l’Imagerie…
Côté Pile, MM. Nardin et Heinrich.
Leur volumineux document de campagne de 108 pages, distribué en janvier 2020, ne contenait aucune proposition concernant l’Imagerie. Rien ! Nada !
Il aura fallu attendre une vidéo diffusée aujourd’hui même sur les réseaux sociaux pour apprendre que M. Nardin souhaite finalement « acquérir et exploiter directement le fonds de commerce de l’Imagerie », à travers une structure publique, afin de « faire renaître la cité de l’Image […] en créant des liens entre le musée de l’Image et l’Imagerie, […] et en renforçant le partenariat avec l’Ecole supérieure d’Art (ESAL) ».
Cela vous rappelle quelque chose ? C’est normal : c’était la proposition formulée en décembre dernier par le collectif Nous, Spinaliens !
Faut-il pour autant accorder du crédit à cette équipe qui a fait l’exact contraire depuis des décennies ? On nous permettra d’en douter !
Côté Face, MM. Jourdain et Petit.
Les deux candidats dissidents de la majorité sortante proposent le maintien de l’Imagerie dans le secteur privé, à travers un montage aussi complexe qu'hasardeux.
D’un côté, ils envisagent la constitution d’une entreprise privée (société coopérative d’intérêt collectif), dont on ignore la part de capital détenue par la ville (50% au maximum), et qui deviendrait propriétaire des locaux et machines de l’Imagerie (en lieu et place de la ville, aujourd'hui seule propriétaire).
De l’autre, un exploitant 100% privé, auquel les biens seraient ensuite loués… Et Benoît Jourdain de déclarer fièrement à Vosges Matin, aujourd’hui : « Nous avons d’ores et déjà identifié un professionnel reconnu, installé dans la région qui pourra assurer l’exploitation de l’Imagerie et saura être opérationnel dans les meilleurs délais ».
Voilà une proposition qui ne manque pas d’étonner ! Et cela pour au moins trois raisons :
1°) MM. Jourdain et Petit viennent, il y a moins d’une semaine, de voter en conseil municipal l’intégration des biens immeubles et meubles de l’Imagerie dans le domaine public communal, afin donc de les rendre inaliénables… et ils proposent aujourd’hui de les vendre à une entreprise privée ! On a connu des raisonnements plus logiques !
2°) M. Petit considérait lors de sa campagne que « l’Imagerie est une entreprise du patrimoine d’Epinal qui doit appartenir aux Spinaliens » et proposait « que la ville prenne une participation majoritaire dans l’Imagerie ». Il propose aujourd’hui l’exact inverse : vendre les locaux à une entreprise à capitaux majoritairement privés (la SCIC) et confier l’exploitation de l’Imagerie à une entreprise 100% privée !
3°) Insensibles à la nécessité de constituer un grand pôle public de l’Image, MM. Jourdain et Petit envisagent enfin de renouveler les erreurs du passé en confiant l’exploitation de l’Imagerie à un opérateur privé qu’ils proclament avoir d’ores et déjà choisi, sans même envisager une procédure de mise en concurrence !
En somme, les Spinaliens ont ainsi le choix entre faire confiance à l’équipe sortante pour mener un projet diamétralement opposé à celui mis en œuvre par elle depuis des décennies, ou s’en remettre à MM. Jourdain et Petit pour maintenir un mode de fonctionnement opaque obéissant, au final, à la seule loi du marché.