05/06/2026
« La Hire » : le compagnon redouté de Jeanne d’Arc
Étienne de Vignolles, plus connu sous le nom de La Hire (vers 1390-1443), demeure l’une des figures militaires les plus marquantes de la guerre de Cent Ans. Son surnom, qui proviendrait probablement d’une déformation du mot ire signifiant la colère, correspond parfaitement à la réputation qu’il laisse à ses contemporains. Là où certains chefs de guerre incarnent la discipline froide ou la prudence calculée, La Hire apparaît comme un homme d’action, réputé pour son caractère explosif, son audace presque brutale et une agressivité qui impressionne autant ses ennemis que ses alliés.
Né dans une famille noble de Gascogne, il grandit dans une France profondément divisée. Le royaume est alors déchiré par les rivalités internes entre Armagnacs et Bourguignons, tandis que les Anglais poursuivent leur progression après leurs succès militaires. Comme beaucoup de capitaines de son époque, La Hire passe sa jeunesse dans un monde où la guerre est pratiquement permanente. Il se forge rapidement une solide réputation de combattant intrépide et de chef énergique.
Son destin bascule véritablement lorsqu’il rejoint Jeanne d’Arc en 1429. Lorsque la jeune Lorraine arrive pour secourir une France au bord de l’effondrement, plusieurs chefs militaires expérimentés observent avec prudence cette jeune femme affirmant agir au nom d’une mission divine. La Hire, pourtant homme de guerre rude et peu porté vers le mysticisme, devient l’un de ses soutiens les plus fidèles. Derrière leurs personnalités très différentes naît une relation fondée sur le respect et une confiance réciproque.
Il participe aux événements décisifs de cette année extraordinaire : la levée du siège d’Orléans, les combats de la vallée de la Loire puis la campagne conduisant au sacre de Charles VII à Reims. Sur le champ de bataille, sa réputation devient redoutable. Les chroniques évoquent un homme qui mène ses troupes au plus près des combats et qui ne recule pratiquement jamais devant l’affrontement direct.
Les témoignages contemporains lui attribuent également une personnalité contrastée. Brutal dans la guerre, il possède aussi une forme de simplicité presque surprenante. Une anecdote célèbre raconte sa manière particulière de prier avant les combats. Conscient de sa réputation de soldat peu exemplaire, il aurait déclaré : « Dieu, je t'en prie, fais aujourd'hui pour La Hire ce que La Hire ferait pour toi si tu étais capitaine et qu'il fût Dieu. »
Même si la formulation exacte a probablement été embellie au fil du temps, elle traduit assez bien l’image laissée par le personnage : celle d’un guerrier direct, sans sophistication, préférant l’action aux grands discours.
Après la capture puis l’exécution de Jeanne d’Arc en 1431, La Hire poursuit le combat au service de Charles VII. Il continue à participer aux opérations militaires qui permettront progressivement de repousser les Anglais et de restaurer l’autorité royale.
La Hire demeure aujourd’hui l’un des visages les plus emblématiques de cette période : un homme rude, forgé par une époque violente, devenu l’un des plus solides compagnons de celle qui allait changer le destin du royaume de France.
Et dans une guerre dominée par les intrigues, les trahisons et les alliances changeantes, la fidélité de La Hire à Jeanne d’Arc reste peut-être son plus grand fait d’armes.