15/02/2017
Lettre ouverte au président de la république
Excellence Monsieur le président,
Vous ne sauriez estimer le bonheur qui nous échoit toutes les fois que notre plume se soumet à l'exercice du décryptage de la situation socio-politique de notre très cher pays, la Côte d’Ivoire. Cette adresse, à l'instar des précédentes, intervient au moment où notre pays traverse encore une zone de turbulence. Qu'il me soit permis, Excellence, avant de poursuivre mon périple critique, de vous souhaiter un joyeux anniversaire, car au moment où nous estampillons ces feuilles de notre réflexion, il nous souvient que l’idée de vous adresser à nouveau une lettre ouverte a germée dans notre esprit le jour même où vous souffliez votre 75ème bougie. Puisse Dieu, le Tout puissant vous accorder de vivre encore plus longtemps avec une santé inébranlable.
Cher président,
Félicitations pour l’initiative de la 3ème République. Elle permettra, à notre pays, nous l’espérons, d’embrasser une nouvelle ère de prospérité et de stabilité politique pour le progrès de notre société. Excellence, l’avènement de cette 3ème République que nous avons contribué à réaliser à travers la campagne référendaire du « oui » suscite beaucoup d’espoirs pour de nombreux Ivoiriens qui croulent encore sous le poids de la pauvreté, car victimes des turpitudes et autres frasques de la classe politique ivoirienne. Cependant, au regard de l’actualité socio-politique de notre pays, ne sommes-nous pas en droit de nous interroger si cette 3ème République pourra réellement répondre aux attentes des Ivoiriens ? C’est là une interrogation qui taraude notre esprit depuis quelques semaines si bien que nous avons décidé de partager avec vous nos premières conclusions. Nous sommes rentrés dans la 3ème République avec bon nombre de problèmes issus de la précédente République restés sans solutions et cela nous rattrapera certainement à court, moyen ou long terme.
En effet, les actuels mouvements d’humeur orchestrés par des militaires depuis le 6 janvier 2017 mettent en exergue le malaise au sein de notre armée démontrant ainsi la fragilité de l’Etat et des institutions de la République. Les revendications ayant occasionné ces remous sont connues depuis des années et pourtant rien n’a été fait pour régler le problème. Nous sommes rentrés dans la 3ème République avec cette bombe à ret**dement qui explosera tôt ou t**d si une solution définitive n’est pas trouvée.
Monsieur le président, pour la paix et la stabilité de la 3ème république, vous devez honorer vos engagements envers l’armée ; mieux, vous devez accélérer les réformes qui permettront de la professionnaliser.
Cher président, la vie était déjà chère sous la précédente République si bien que de nombreuses familles n’arrivaient plus à joindre les 2 bouts ; avoir un emploi digne de ce nom relevait du miracle et, pour les plus chanceux, s’ils arrivaient à en obtenir, avaient un salaire en parfaite incohérence avec la réalité des prix des denrées alimentaires, les coûts exorbitants des loyers, la hausse des prix de l’électricité et du transport.
Nous sommes rentrés dans la 3ème République sans endiguer ces problèmes ; pire, cette 3ème République en lieu et place d’annoncer l’augmentation des salaires annonce plutôt des reformes visant à empêcher les travailleurs de vivre une retraite paisible et bien méritée. Ces réformes, comme de l’huile sur du feu, viennent enflammer une situation déjà intenable pour les 200 000 travailleurs que compte l’administration publique.
Monsieur le président, poursuivez le dialogue avec les fonctionnaires et prenez très rapidement des mesures pour augmenter leur pouvoir d’achat. Cher président, nous sommes rentrés dans la 3ème République avec une fracture sociale encore visible. En effet, de nombreux prisonniers politiques croupissent encore dans les prisons du pays, la réconciliation nationale est restée un thème générique qui a servi juste à rassurer les nombreux investisseurs étrangers. Excellence Monsieur le président, vous devez libérer ces mères et ces pères de famille encore emprisonnés pour qu’ils puissent apporter leur pierre à l’édification de la Côte d’Ivoire nouvelle.
Bien entendu, nous ne perdons pas de vue les nombreux efforts consentis par vous pour le retour de plusieurs exilés politiques, cependant beaucoup reste à faire. Pendant les mutineries, nous avons été sidéré cher président d’entendre de nombreux Ivoiriens souhaiter la guerre à leur propre pays. Cette attitude nous turlupine si bien que nous vous appelons à initier très rapidement un « dialogue national » afin de rassembler et réconcilier les Ivoiriens.
Nous vous appelons également à mettre en place un gouvernement d’union national prenant en compte toutes les forces vives de la nation (y compris l’opposition) qui aura pour mission de trouver des solutions durables aux revendications du peuple. Excellence, alors que nous rentrons à peine dans la 3ème République, il se
raconte dans les rues d’Abidjan que vous et votre famille auriez fait main-basse
sur les secteurs juteux de l’économie de la République. Ceux qui l’affirment vous reprochent d’octroyer des marchés gré à gré à vos proches et parents.
Les secteurs du café-cacao, des importations, de la télévision numérique... sont tous contrôlés par les membres de votre famille, disent-ils. Monsieur le président, c’est bien là une description de vous qui étonne plus d’un. Car, vous êtes perçu par de nombreux Ivoiriens comme une personnalité incarnant la gestion rigoureuse des biens publics. Votre réputation, en ce sens, va bien au-delà de nos frontières.
Si ces accusations s’avèrent juste, cela viendrait porter un coup fatal à l’espérance que fondent de nombreux Ivoiriens dans cette République nouvelle dans laquelle les valeurs d’éthique, de bonne gouvernance et de justice sociale constitueront en principe le socle. Excellence Monsieur le président, sous la 3ème République, les Ivoiriens, dans leur ensemble, réclament une Côte d’Ivoire de progrès partagé, pleine d’opportunités pour les jeunes et les femmes. Une Côte d’Ivoire réconciliée dans laquelle la liberté d’expression garantie par la Constitution est une réalité. Une Côte d’Ivoire, dont la structuration et la gestion, vont bien au-delà des alliances politiques et des cercles familiaux.
Une Côte d’Ivoire des valeurs qui rassemble ses filles et ses fils. Permettez-moi, pour finir, Excellence Monsieur le président, de partager avec vous cette interrogation De l'abbé Pierre.: «Le pouvoir est aveugle, les détresses les plus accablantes sont
muettes...comment faire se rejoindre ceux qui savent et ceux qui peuvent ? »
Bon courage dans l’exercice de vos fonctions.
Jean-Calvin Ethien
Président de l’Union pour le progrès (UPP)