06/13/2026
10 raisons de choisir la souveraineté
En fin de compte, la seule vraie question est celle de notre indépendance
Par Joseph Facal, dans le Journal de Montréal, Dimanche, 7 juin 2026
Province ou pays ? C’est la question centrale de toute notre vie politique depuis des générations.
La Coalition Avenir Québec (CAQ) avait pensé la contourner. On y revient à toute vitesse. Mieux, la CAQ avait fait miroiter des gains pour le Québec dans le régime actuel. Zéro résultat.
Le gel constitutionnel ne doit pas masquer l’évolution démographique et politique du Canada. Le Québec y est de plus en plus minoritaire. Il peine de plus en plus à pouvoir faire ses propres choix. Un régime dans lequel un gouvernement empiète à sa guise dans les champs de compétence de l’autre et l’asphyxie sur le plan fiscal n’est plus fédéral que de nom.
Sans protection
Le Canada ne protège pas le Québec, il le tire vers le fond.
Dans Raisons communes, Fernand Dumont notait : « Les problèmes collectifs ne disparaissent pas parce que nous en avons trop parlé : ils subsistent parce que nous ne les avons pas résolus. Ne point céder à la lassitude et les remettre obstinément sur la place publique semblent les devoirs élémentaires de qui ne renonce pas à la réflexion. »
Voici les 10 raisons fondamentales de vouloir la souveraineté du Québec :
1. La souveraineté est le seul moyen pour les francophones de ne plus être une minorité subordonnée à une majorité anglo-canadienne qui imposera par le nombre ses priorités et sa vision de l’avenir.
2. La souveraineté est le seul moyen de se libérer de la trajectoire démographique imposée par le Canada, qui condamne le Québec au déclin accéléré de son poids politique et de sa différence culturelle.
3. La souveraineté est le seul moyen vraiment efficace de protéger et de faire s’épanouir une identité propre, fondée notamment mais pas exclusivement sur la langue française, par le contrôle exclusif de l’immigration et des politiques linguistiques, culturelles et d’intégration.
4. Les Québécois, s’ils ne vivent pas dans un système d’oppression, vivent assurément dans un système de domination, verrouillé de l’intérieur par la vision anglo-canadienne du pays différente et majoritaire et par les contraintes de la formule d’amendement. Absolument toutes les tentatives québécoises pour réformer le système canadien ont échoué. La souveraineté est la seule voie qui n’a pas été tentée.
5. Si on suppose, par exemple, que 2027 serait la première année de la souveraineté, le Québec récupérerait autour de 93 milliards $ envoyés à Ottawa pendant cet exercice, que nous pourrions utiliser en fonction de nos intérêts et de nos choix.
6. La souveraineté nous donnerait des outils – par le rapatriement de pouvoirs – et lèverait des irritants – par la fin des dédoublements administratifs et des décisions contradictoires – qui nous permettraient d’organiser plus rationnellement et plus efficacement notre société.
7. La souveraineté va dans le sens de l’évolution en cours dans le monde moderne, qui a vu augmenter le nombre de pays (41 depuis 1980, 5 depuis 2000) et voit se réveiller de nouveau les identités nationales.
8. Le Québec dispose de tous les atouts requis pour être un pays prospère et bienveillant : 17e superficie au monde (3 fois celle de la France, 5 fois celle du Japon), 27e PIB ajusté en fonction du coût de la vie, riche en ressources naturelles (3 % des réserves mondiales d’eau douce, forêts, fer, or, nickel, cuivre, zinc), un des moins inégalitaires et des plus éduqués et technologiquement avancés.
9. La souveraineté ne serait pas un coup de baguette magique, mais elle nous grandirait psychologiquement, en nous rendant pleinement responsables de nos réussites et de nos échecs, à l’image de l’humain qui quitte la dépendance de l’adolescence pour entrer dans l’autonomie de l’âge adulte.
10. Tous les arguments contre la souveraineté reviennent essentiellement à la peur du changement et à la mise en doute de nos capacités. Notre déclin inéluctable dans le régime actuel transforme la souveraineté en une audace porteuse d’une saine prudence. Nos capacités ne sont pas moindres que celles d’autres peuples et, si nous fûmes jadis capables de grandes choses, nous en sommes encore capables.