07/03/2023
VOUS NE ME CONTRAINDREZ PAS À TAIRE LES INJUSTICES QUI ME PARVIENNENT
Situation très préoccupante des Peuhls en détention
Chers toutes et tous,
Mes héroïnes et héros de tous nos combats,
Chers amazoniennes et amazoniens,
Comme je vous l'annonçais dans mon poste antérieur intitulé "Attention aux dangers des stigmatisations religieuses et ethniques", relatif notamment au mauvais traitement infligé aux Peuhls des prisons du Bénin, surtout à la prison civile de Missrété, les représailles sur mes conditions de détention déjà délétères n'ont pas t**dé à se manifester. Que vous êtes prévisibles mes chers geôliers!
En effet je viens d'être informée par mon conseil au cours de sa visite, de la nouvelle décision unilatérale prise par le régisseur sur ordres de la hiérarchie, m'interdisant désormais d'échanger avec mes co-déténus en présence de nos avocats communs, au mépris du code de procédure pénale. Cet énième durcissement de mes conditions auquel je m'attendais a cela de pathétique qu'il infantilise des pères de famille, hauts gradés, feignant d'ignorer à leurs postes de responsabilité que la Constitution du 11 décembre 1990 dispose en son article 34 que "Tout citoyen béninois, civil ou militaire, a le devoir sacré de respecter en toutes circonstances, la Constitution et l'ordre constitutionnel établi ainsi que les lois et règlements de la République." Et poursuivant à l'article 40 "L'Etat a le devoir d'assurer la diffusion et l'enseignement de la Constitution, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples de 1981ainsi que de tous les instruments internationaux dûment ratifiés et relatifs aux droits de l'Homme."
Le nouveau durcissement, le 3ème en l'espace seulement d'un mois, n'est que la preuve que ce que je dénonce, relativement aux Peuhls incarcérés est une réalité gênante pour les pouvoirs publics. Je prends acte de cette agression supplémentaire de ma personne, de la violation sans honte de mes droits en plus de ma détention arbitraire. Bien que mesurant ce risque auquel je m'exposais, il était de mon devoir d'alerter l'opinion nationale et internationale de la stigmatisation dont est victime cette communauté.
En ce qui me concerne, il se trouve que dans le même temps et sous mes yeux:
- d'autres avocats reçoivent concommitament jusqu'à une dizaine de leurs clients;
- les détenus hommes reçoivent leurs amis, collègues et proches sans distinction aucune et sans exigence de permis de visite à la guérite d'accès, alors même qu'il m'est imposé une autorisation spéciale du procureur spécial sur la base d'un décret de l'antiquité politique du Bénin, plus vieux que moi;
- les détenus hommes possèdent dans leur grande majorité chacun leur poste radio et passent au quotidien des milliers de coups de fil. Certains parmi eux continuant même de commettre des infractions depuis la prison. Pendant que je suis privée du droit à l'information et à la communication, les autorités de mon pays ont poussé l'inhumanité jusqu'à m'interdire de téléphoner à mes enfants, et ce depuis 2 ans;
- d'ailleurs, en sus, depuis 20 mois, il m'est refusé un bilan spécial qui m'avait été fortement prescrit par un médecin généraliste après l'épisode de ma crise respiratoire en détention;
- également depuis bientôt une année, mon médecin spécialiste suite à une autre crise de santé a instamment recommandé un bilan spécial dans une clinique de la place disposant du matériel adéquat. Cela de nouveau m'a été refusé. Pendant ce temps, l'opinion publique a suivi comment l'on organise savamment, à travers de fallacieuses hospitalisations, des évasions d'amis politiques ou de détenus de droits communs avec des compromissions avérées au sein de l'administration carcérale.
Constitution béninoise de 1990, Article 36: chaque Béninois a le devoir de respecter et de considérer son semblable sans discrimination aucune et d'entretenir, avec les autres, des relations qui permettent de sauvegarder, de renforcer et de promouvoir le respect, le dialogue et la tolérance réciproque en vue de la paix et la cohésion nationale." À quoi répondent donc les nombreuses discriminations dont je fais constamment l'objet du fait de mes opinions qui dérangent?
Je ne saurais achever mon propos sans revenir sur la situation des détenus Peuhls, en me fondant également sur l'article 36 cité supra. Il s'avère que presqu'aucun de leurs droits n’est respecté en dehors de la ration alimentaire insuffisante. Ils sont agglutinés entre 90 voire 120 personnes dans des bâtiments construits pour 30 prisonniers. Résultat, l’hygiène fait mortellement défaut. Ce qui expose constamment ces détenus à diverses pathologies se propageant rapidement. Leur accès aux soins de santé à temps est quasi inexistant. Et pourtant de nombreux innocents figurent parmi eux. Dès lors, ils décèdent fréquemment fautes de soins avant même d'être jugés. La plupart d'ailleurs ne dispose pas d'avocat.
On dénombre même parmi eux des handicapés mentaux ou carrément des fous. C'est à se demander comment des fous cliniquement constatés sont susceptibles d'ourdir des entreprises terroristes. Pire, certains d'entre eux n'ont pas rencontré un seul juge depuis plus de 2 années.
Je réitère donc la nécessité pour le gouvernement d'œuvrer à corriger de telles injustices criardes sur un terrain déjà miné par les groupes extrémistes. L'heure est plutôt à la promotion profonde et non superficielle des actes de non violence inter communautaires sachant bien que de nombreux Peuhls se sont retrouvés en prison supposément pour terrorisme alors qu'ils ont été simplement victimes de manipulations nées de conflits communautaires séculaires. L'urgence impérieuse demeure la cohabitation pacifique des populations.
Au regard de tout ce qui précède:
1- À mes geôliers: vous avez certainement reçu pour mission de me tuer à petits feux, mais vous n'y parviendrez guère parce que je tiens ma résilience de CELUI qui détient votre souffle de vie.
2- Il ne m'arrivera que ce que Dieu, LUI SEUL, aura permis; et "ceux qui se confient en l'Eternel ne sont jamais confondus".
3- Mais en attendant, veuille Mon Créateur prendre votre âme en pitié. Amen.
En définitive, acharnez-vous autant que vous le voulez sur moi. Je ne me tairai point, car le Bénin d'abord. Le Bénin toujours.
Reckya Madougou
Lundi 6 mars 2023