28/07/2026
: le plus grand adversaire du pouvoir pourrait être le pouvoir lui-même
En politique, les plus grandes défaites ne sont pas toujours infligées par l'opposition. Elles naissent parfois de l'intérieur, lorsque les divergences prennent le pas sur le projet collectif et que les ambitions individuelles finissent par éclipser l'intérêt général.
Le Sénégal assiste aujourd'hui, avec inquiétude, aux tensions qui semblent s'installer entre les deux principales figures de PASTEF : le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, Ousmane SONKO. Qu'elles soient réelles, exagérées ou amplifiées par le débat politique et médiatique, ces tensions nourrissent une interrogation légitime : le tandem qui incarnait le changement peut-il résister à l'épreuve du pouvoir ?
L'histoire de ces deux hommes avait pourtant tout d'une épopée politique. Deux inspecteurs des Impôts et des Domaines, deux juristes formés dans les universités sénégalaises puis à l'École nationale d'administration. Deux militants syndicaux devenus fondateurs d'un mouvement politique qui, en quelques années, a bouleversé les équilibres du paysage politique sénégalais.
Leur victoire en mars 2024 ne fut pas seulement un succès électoral. Elle fut un symbole. Celui d'une jeunesse persuadée qu'une autre manière de gouverner était possible. Celui d'un peuple convaincu que le sacrifice, la résilience et la fidélité aux convictions pouvaient conduire jusqu'au sommet de l'État.
Lorsque Bassirou Diomaye Faye nomma Ousmane Sonko Premier ministre, beaucoup y virent l'image d'une complémentarité rare : un président et un chef du gouvernement unis par une longue histoire commune, des épreuves partagées et une même ambition pour le Sénégal.
Moins de deux ans plus t**d, le doute s'est installé.
Les débats publics, les prises de parole parfois dissonantes, les commentaires politiques et les spéculations médiatiques donnent le sentiment que l'unité qui faisait la force du projet PASTEF est soumise à une rude épreuve. Et c'est précisément là que réside le principal danger.
Car les Sénégalais n'ont pas seulement élu des hommes. Ils ont accordé leur confiance à une vision, à une méthode et à une promesse de transformation. Ils n'attendent pas un duel de personnalités, mais une convergence d'actions. Ils n'ont pas voté pour assister à des rivalités internes, mais pour voir leur quotidien s'améliorer.
Le pouvoir est un révélateur. Il éprouve les convictions, teste les loyautés et expose les fragilités. Beaucoup de mouvements politiques ont été bâtis dans l'adversité ; peu ont réussi à préserver leur cohésion une fois confrontés aux responsabilités de l'État.
L'histoire politique est remplie de dirigeants qui ont conquis le pouvoir ensemble avant de se diviser au moment de l'exercer. Les citoyens, eux, retiennent rarement les justifications. Ils se souviennent surtout des occasions manquées.
PASTEF dispose encore d'un capital politique considérable. Mais ce capital n'est pas inépuisable. Chaque désaccord exposé sur la place publique, chaque polémique qui détourne l'attention des priorités nationales, chaque signe de fracture affaiblit un peu plus la confiance de ceux qui avaient cru en une rupture profonde avec les pratiques du passé.
Au fond, la véritable question n'est pas de savoir qui aura raison dans cette séquence politique. La véritable question est de savoir si le Sénégal en sortira gagnant.
L'Histoire offre rarement une seconde chance aux dirigeants portés par un tel élan populaire. Les peuples pardonnent les erreurs ; ils pardonnent beaucoup plus difficilement les divisions qui compromettent leurs espérances.
Le plus grand défi de PASTEF n'est peut-être plus de convaincre les Sénégalais. Il est désormais de leur prouver que l'unité qui a permis la conquête du pouvoir est suffisamment solide pour gouverner dans la durée.
Car, en définitive, les peuples n'élisent pas des promesses. Ils jugent des résultats.
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