04/04/2026
Francesca Albanese, longtemps méconnue a écrit une double page dans le Monde Diplomatique de mars 2026. Ici on en apprend sur sa présentation dans l'Université d'Anvers, par un journaliste du Standaart.
D'autre part, on ne saurait que trop recommander le film "Chronique d'Haifa", du Palestinien Scandar Copti (2024)
ISRAEL, UN ETAT D'APARTHEID
Le recteur anversois Herwig Leirs a tenté de se prémunir contre les critiques inévitables : « Cela n’est certainement dirigé contre personne : ni contre la communauté juive, ni contre les organisations juives ou autres, ni même contre Israël », a déclaré M. Leirs.
« Je suis étonnée que l’honneur qui m’est accordé doive s’accompagner d’une justification vis-à-vis de la communauté juive. Celle-ci ne devrait évidemment pas se sentir menacée par quelqu’un qui parle des droits humains », a remarqué la Rapporteure spéciale. « Et je ne pense pas non plus que l’on puisse dire que cela n’est “pas dirigé contre Israël”. Israël est un État d’apartheid. »
DROLE IMPLACABLE ET DANS CRAINTE DE BRUSQUER
La Rapporteure spéciale de l’Onu Francesca Albanese ne lève jamais le pied. Les trois universités qui lui ont décerné un doctorat honoris causa en ont elles aussi fait l’expérience. « Je suis étonnée que cet honneur qui m’est accordé doive s’accompagner d’une justification vis-à-vis de la communauté juive. »
« J’espère que vous ne regrettez pas encore », a lancé en riant Francesca Albanese dans son discours de remerciement, après que les recteurs de l’UAntwerpen, de la VUB et de l’UGent lui ont remis jeudi un doctorat honoris causa. La Rapporteure spéciale des Nations unies pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés n’avait manifestement aucune envie de se prêter aux félicitations et à l’enthousiasme de circonstance propres à ce type de cérémonie. Non seulement Israël en a pris pour son grade, mais aussi l’Europe, la Belgique et les universités qui l’avaient invitée ont été vivement critiquées par Mme Albanese.
À la fois drôle, implacable et sans crainte de brusquer : tels sont les traits qui caractérisent la juriste italienne et experte en droits humains. Son style sans concession et captivant lui a valu une succession d’ovations debout dans la Koningin Elizabethzaal d’Anvers, mais aussi de nombreux ennemis. L’annonce de ce doctorat honoris causa – le premier décerné conjointement par les trois universités – a rapidement suscité de vives critiques.
ULTIMATUM D4ORGANISATIONS JUIVES, SANS EFFET 8
La Rapporteure spéciale rédige depuis 2022 des rapports sur les violations des droits humains en Palestine et se montre particulièrement critique à l’égard d’Israël, de ses alliés et des entreprises impliquées dans l’occupation israélienne. La rectrice gantoise Petra De Sutter a salué ses « analyses bien documentées et juridiquement étayées ». L’Italienne affirme s’attaquer avant tout au système qui opprime les Palestiniens, au lieu de s’arrêter aux symptômes.
Ses détracteurs lui reprochent en revanche d’être antisémite, de justifier le terrorisme et de nier le droit à l’existence d’Israël. « N’accordez pas de doctorat honoris causa à une antisémite comme Francesca Albanese », avait titré une opinion publiée dans ce journal. Deux organisations juives ont lancé à l’UAntwerpen un ultimatum, resté sans effet, pour retirer cette distinction.
Jeudi, Mme Albanese a réfuté ces critiques. Tous ses prédécesseurs à ce poste ont eux aussi été accusés d’antisémitisme. Elle affirme vouloir que le droit international protège les Juifs contre la discrimination et la haine. « Je n’accorde aucune importance à la religion officielle de l’État d’Israël », a-t-elle déclaré. « Je me concentre sur les obligations d’Israël en matière de droit international. »
LE DROIT A LA RESISTANCE
Elle reconnaît le droit des Palestiniens à résister, en raison de leur droit à l’autodétermination. « Je ne justifie pas le terrorisme », a précisé Francesca Albanese. « Attaquer des civils et prendre des otages constitue un crime, qu’il s’agisse d’Israéliens ou de Palestiniens. » En droit international, il n’existe pas de « droit à l’existence » pour un État, a-t-elle ajouté : « Mais dès lors qu’un État existe, il est protégé en tant que membre de la communauté internationale. »
Le recteur anversois Herwig Leirs a tenté de se prémunir contre les critiques inévitables : « Cela n’est certainement dirigé contre personne : ni contre la communauté juive, ni contre les organisations juives ou autres, ni même contre Israël », a déclaré M. Leirs.
Ses propos lui ont valu des huées dans la salle, ainsi qu’une réplique de sa docteure honoris causa. « Je suis étonnée que l’honneur qui m’est accordé doive s’accompagner d’une justification vis-à-vis de la communauté juive. Celle-ci ne devrait évidemment pas se sentir menacée par quelqu’un qui parle des droits humains », a remarqué la Rapporteure spéciale. « Et je ne pense pas non plus que l’on puisse dire que cela n’est “pas dirigé contre Israël”. Israël est un État d’apartheid. »
Mme Albanese ne se retient à aucun moment. Les étudiants qui, pendant la cérémonie, déploient des banderoles et scandent des slogans pour exiger que leur université rompe tout lien avec des institutions et entreprises israéliennes reçoivent ses encouragements. « Les partenariats liés à l’Israël d’apartheid doivent être rompus », affirme-t-elle, ce qui déclenche l’enthousiasme des étudiants.
LE MONDE / UN TRUMAN SHOW
« Notre université décerne ce doctorat honoris causa, mais continue de collaborer avec des universités israéliennes », a déclaré après la cérémonie l’étudiant anversois Mehdi Belmadani (24 ans). Plus t**d, Mme Albanese a promis de vérifier dans six mois si les universités avaient progressé sur ce point, ce qui a de nouveau suscité de vifs applaudissements.
La Rapporteure spéciale est devenue une figure de premier plan dans les milieux propalestiniens, même si elle n’apprécie pas cette étiquette. « Je suis pour les droits humains et pour la justice », explique-t-elle lors d’un bref entretien après sa longue journée à Anvers. « Se dire propalestinien peut être perçu comme “anti-israélien”. Or je considère aussi les Israéliens comme des victimes du système d’apartheid. »
À l’issue de la cérémonie officielle, après avoir posé pour des dizaines de selfies et signé de nombreux autographes, Francesca Albanese se retire dans une petite pièce sombre du Stadscampus anversois. Adossée contre un radiateur, elle peaufine sa préparation pour la masterclass qu’elle donnera plus t**d dans l’après-midi devant environ 500 personnes.
Lors de ce cours magistral, il est frappant que Mme Albanese se montre extrêmement concentrée lorsqu’elle parle de la Palestine, mais adopte un ton plus libre lorsqu’elle aborde des thèmes plus généraux. Elle évoque les Epstein files et compare le monde à The Truman Show. « Vous pensez avoir du pouvoir en votant », a-t-elle déclaré. « Les intérêts privés et les multinationales contrôlent la politique. »
Francesca Albanese juge excessif d’affirmer que ces thèmes relèvent du terrain des théories complotistes. Elle soupçonne aussitôt une intention derrière notre question, avant de préciser : « Je dois rendre mes rapports techniques accessibles. Sinon, la salle s’endort. C’est pourquoi je fais souvent référence à la culture populaire. »