27/06/2025
Voici l'intervention de Raymond Douniaux hier au conseil communal concernant la situation de l’hôpital de Chimay.
Lors du précédent conseil, j’ai fait part de mes préoccupations concernant le Centre de Santé des Fagnes et au courrier m’informant des menaces pesant sur l'unité de soins intensifs
Suite à cette communication, certains ont mis plus d’énergie à dénoncer ce qu’ils jugeaient être une information erronée, plutôt qu’à confronter mes propos à la réalité du terrain.
On s’est acharné, de façon bien mesquine, à chercher des failles dans mes propos, à ironiser, plutôt que de s’attacher au fond de la question.
D’autres, comme Laurence Plasman, ont tenté par voix de presse d’apaiser l’opinion en diluant le problème.
Je me permets donc d’enfoncer le clou et affirme, sans la moindre hésitation, que nous assistons, depuis la fusion des services hospitaliers, à un démantèlement lent mais inexorable de notre outil de soins de première ligne.
En dépit des déclarations rassurantes de la direction du CSF, nous constatons qu’elle poursuit, à bas bruit, un programme de démantèlement progressif au profit du Centre hospitalier carolorégien Marie-Curie.
Qu’il me soit permis de rappeler :
• La suspension, l’année dernière, de la maternité. Annoncée comme provisoire, elle est aujourd’hui actée comme définitive.
• Le déménagement vers Charleroi, en décembre 2024, de plusieurs équipements de pointe, dont une machine d’hémodialyse.
• Et enfin, l’annonce, fin mai 2025, du transfert de 3 lits de l’unité de soins intensifs vers le service des urgences. Une décision à la fois brutale et confuse, qui soulève de nombreuses interrogations. Elle marque un tournant potentiellement dangereux pour l’avenir de notre hôpital.
Les soins intensifs seraient ainsi réduits, dès la mi-juin, à seulement trois lits, réinstallés dans le service des urgences pour une période « test » de trois mois, à réévaluer en septembre 2025.
Ce transfert s’accompagne d’un protocole qui restreint fortement la qualité des soins :
– pas de prise en charge post-opératoire ;
– pas d’hospitalisation au-delà de 24 heures pour un patient nécessitant une voie centrale de perfusion.
Avec de telles restrictions, peut-on encore parler de soins intensifs ?
Il est à craindre, bien évidemment, que les transferts des cas les plus graves vers Marie-Curie continuent de se multiplier – tout comme la réorientation croissante des consultations et examens vers Charleroi.
Selon l’arrêté royal de juillet 2006, un service de soins intensifs doit respecter des critères stricts : au minimum six lits, une unité fermée et autonome, un personnel spécifiquement formé (médecins et infirmiers intensivistes).
En l’état, aucun de ces critères n’est respecté, ce qui remet en cause l’existence même de ce service.
On s’inquiète également de l’organisation médicale au-delà de 18 heures.
À cette heure, seuls deux médecins seront présents pour assurer simultanément : le SMUR, le service des urgences, et désormais l’unité de soins intensifs reconfigurée.
Une telle configuration crée un risque élevé de sous-effectif médical et de surcharge pour le personnel.
Or, le C.S.F., en tant qu’hôpital général avec un SMUR opérationnel, se doit de garantir un accès direct aux soins intensifs à proximité de ses habitants.
Transférer systématiquement les cas graves vers Marie-Curie met en danger la sécurité des patients, notamment en cas d’urgence vitale.
Cette stratégie a d’ailleurs conduit à une chute drastique des interventions chirurgicales au CSF.
Les chirurgiens eux-mêmes hésitent désormais à programmer des interventions, conscients qu’en cas de complication, aucun relais en soins intensifs n’est garanti sur place.
En l’absence de cette sécurité, toute activité opératoire devient risquée – ce qui mène à un cercle vicieux : moins d’opérations, donc moins d’activité, donc plus de justifications pour fermer les services.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
En 2019, on dénombrait encore plus de 5 200 interventions sur le site du CSF.
Fin 2024, ce chiffre est tombé à 3 782 interventions tous services confondus. Cela représente une perte de plus de 25 % en cinq ans !
Et si une appendicite, une fracture ou une vésicule biliaire ne peuvent plus être traitées localement, peut-on encore parler d’hôpital ?
Dès aujourd’hui, quelques postes infirmiers sont menacés.
Demain, ce sont tous les services et emplois de l’institution qui seront fragilisés : blocs opératoires, laboratoires, administration, logistique…
Notre région, déjà isolée géographiquement et fragilisée socio-économiquement, ne peut se permettre de perdre ses services hospitaliers.
Les supprimer, c’est pénaliser encore davantage nos populations.
La réforme fédérale semble pourtant se faire à son détriment.
Marie-Curie rapatrie systématiquement les patients et les actes, vidant progressivement Chimay de sa substance et faussant les statistiques.
Il est temps de dire “stop” !
J’en appelle aux médias.
Aux administrateurs de l’ASBL Humani.
À tous les professionnels des soins de santé; je pense en particulier à nos médecins généralistes ruraux, qui devront assurer le suivi médical ambulatoire conséquent qu’engendreront ces changements, alors qu’ils sont déjà tous surchargés.
J’en appelle aussi et surtout à mes collègues, bourgmestres des communes voisines, qui ont contribué à la création de cet hôpital : la situation est grave.
Il est indispensable d’œuvrer ensemble pour contrer ce programme de déconstruction inacceptable.
Nous devons maintenir un outil que nous avons créé ensemble, financé pour partie de nos deniers, et qui – nul ne saurait le nier – a démontré l’absolue nécessité d’un centre hospitalier de proximité, complet et efficace, au sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse.
Pas un dispensaire de brousse.
Ni un simple guichet délocalisé de l’hôpital Marie-Curie