19/06/2026
Lorsqu’un État réduit ses investissements dans le social, la santé ou l’éducation, c’est souvent la prévention qui disparaît en premier parce qu’elle est moins visible politiquement. Or c’est elle qui évite que les situations ne deviennent plus graves et plus coûteuses. Ces coupes budgétaires, c’est toute la collectivité qui les payera plus t**d…
La fermeture ou réduction des services associatifs c’est :
-Le départs de travailleurs expérimentés et l’épuisement de ceux qui restent.
-L’augmentation des listes d’attente.
-Le report des problèmes vers les urgences, la police ou les communes.
-La perte de capacité à faire de la prévention.
Ce n’est jamais un bon calcul !
Dilliès tue ce qui sécurise Bruxelles
Disons-le d'emblée. Boris Dilliès a décidé d'amputer de près d'un quart le financement de l'asbl Transit, en sachant que cela peut la faire fermer. Transit, c'est le principal dispositif d'aide aux usagers de drogues en grande précarité à Bruxelles. Le ministre-président a fait de la sécurité sa marque de fabrique. Or en s'attaquant à Transit, il retire l'un des piliers mêmes de cette sécurité qu'il prétend défendre.
Depuis 30 ans, les équipes de Transit vont à la rencontre des usagers de drogues dans la rue et dans le métro. Elles ramassent les seringues abandonnées, hébergent en urgence ceux qui s'effondrent, les soignent, les remettent en ordre médical et administratif, les orientent vers une cure. Transit gère un centre de crise et les deux salles où l'on consomme sous surveillance plutôt que dans une cage d'escalier. Ce n'est pas de l'assistanat, c'est de la gestion de l'espace public.
C'est tout le sens de la réduction des risques. Une seringue récupérée, c'est une seringue qui ne traîne pas. Une overdose surveillée, c'est un mort et une ambulance en moins. Un usager raccroché au soin, c'est une scène de rue qui se vide. Loin d'être l'ennemie de la sécurité, la réduction des risques en est l'un des outils les plus efficaces. C'est le standard partout en Europe depuis Berne en 1986, de Zurich à Lisbonne en passant par Paris et, chez nous, Liège.
Car si Transit ferme, les usagers ne s'évaporent pas. Ils perdent le seul lieu qui les accueille tels qu'ils sont. Alors ils retournent dans les rues, les stations et les cages d'escalier. Les seringues reviennent au sol, les overdoses se produisent sans témoin, les maladies se transmettent sans filtre. Les scènes ouvertes que Dilliès veut faire disparaître réapparaissent. En supprimant Transit, il ne chasse pas la drogue de l'espace public, il l'y ramène.
Derrière Transit, il y a 125 personnes. Des infirmières, des assistants sociaux, des éducateurs. Ceux-là mêmes qui veillent la nuit sur un usager en crise, qui pansent un abcès, qui remplissent un dossier de mutuelle pour quelqu'un qui n'a plus d'adresse. Ce sont eux que Dilliès met aujourd'hui en danger, en revenant sur un contrat que la Région avait pourtant signé, et en l'annonçant à mi-année, quand les budgets sont déjà engagés et qu'il est trop t**d pour s'adapter sans casse. Mettre ces métiers au chômage pour une économie dérisoire à l'échelle régionale, ce n'est pas gérer un budget. C'est sacrifier un service essentiel à bas bruit.
Et Transit n'est que le cas le plus visible. Depuis le début de l'année, le secteur social bruxellois licencie déjà des travailleurs de terrain. Il y aura donc moins de mains dans la rue au moment où la ville en aurait le plus besoin. Pour ce gouvernement, la prévention n'est pas une mission essentielle, c'est la première dépense qu'on coupe. On garde la matraque, on supprime la main tendue.
Ce n'est pas de la rigueur, c'est une politique de classe. Boris Dilliès est l'homme d'Uccle et du Cercle de Lorraine. Les quartiers populaires et les gens en grande difficulté n'ont jamais été son monde, et ses choix le confirment. Pour le MR, la précarité n'est pas un problème à résoudre, c'est un désordre à faire disparaître du décor. Mais aucune grande ville d'Europe n'a sécurisé ses quartiers en supprimant ce qui les protège. Bruxelles est en train de l'apprendre avec lui, et ce sont les plus fragiles qui paieront.
Boris Dilliès et le même homme qui s'apprête à laisser les plus précaires à la rue, mais qui refuse, lui, de renoncer à ses 1.250 euros mensuels de domesticité, et traite de démagogues ceux qui le lui demandent. L'austérité, toujours pour les autres.
Ibne Muna