27/12/2021
Une tribune au Mont des Arts : et après, qu’est-ce qu’on fait ? Le débrief du collectif Bezet La Monnaie Occupée
Une heure trente pour se rassembler, ça fait du bien mais ce n’est pas assez.
La manifestation en soutien au secteur culturel ce dimanche 26 décembre au Mont des Arts a rassemblé plus de 10.000 personnes sous la pluie.
En une heure trente de tribune, nous avons pu entendre, entre autres, Peter De Caluwe, le directeur du théâtre de la Monnaie, Pierre Thys, le directeur du Théâtre National, Cathy Min Jung, la directrice du Rideau de Bruxelles. En 1h30, nous avons pu écouter Stromae, tout en dansant sur une chorégraphie de Anne Teresa De Kersmacker. Une heure de tribune accordée gracieusement par le gouvernement et par la police. Une heure trente de tribune pour danser sous le ciel gris, une heure trente pour voir le monde culturel et ses soutiens se rassembler, pour crier, chanter, pour résister.
Cependant, nous regrettons que par manque de temps, en une heure trente nous n’ayons pas entendu les voix des précaires, les voix des étudiants et étudiantes, des travailleurs et travailleuses du domaine de la culture qui, depuis plus d’un an déjà, subissent de plein fouet les mesures sanitaires : embouteillage dans la programmation, créations qui ne verront jamais le jour, réforme du chômage artiste, etc.
Une heure trente est un temps qui ne nous semble pas proportionnel face à la violence de la claque que nous avons reçue lorsque le CODECO a annoncé à nouveau la fermeture des lieux culturels. Une décision contre l'avis des experts et malgré les efforts des structures à répondre aux mesures sanitaires.
Voir le monde s’enflammer, imaginer l’unité sous la bannière “nous sommes tous culture”, est un vent d’élan positif qui nous fait du bien - ce n’était pas le cas il y a quelques mois, alors que la situation était tout aussi catastrophique. Mais ne soyons pas dupes : une réouverture sans refinancement massif du secteur culturel et des secteurs publics tels que celui de la santé, ne sera que palliative et ne durera pas dans le temps.
Une heure trente, ce n’est pas assez.
Une heure trente sur le Mont des Arts,
Et après quoi ?
Qu’est-ce qu’on fait ?
On rentre chez nous ?
On attend le prochain CODECO dans l’angoisse ?
On regarde Netflix pour ne plus penser ?
En mai dernier, après deux semaines d’occupation du Théâtre Royal de la Monnaie, nous, collectif de travailleur·euses et étudiant·es du secteur culturel Bezet La Monnaie Occupée, mobilisions un cortège de plusieurs centaines de citoyen·nes jusqu’à la rue de la Loi, pour y déposer une poubelle de trois mètres au pied des institutions gouvernementales. Une poubelle contenant tous nos rêves déchus, tous nos projets empêchés, toutes nos revendications et nos luttes qui n'avaient pas été écoutées. Un geste contestataire et symbolique, porté avec détermination et panache, avec un message clair : retourner le mépris à l'envoyeur.
Sept mois plus t**d, en décidant de fermer la culture une troisième fois, malgré l’avis contraire des experts et les efforts des structures à répondre aux mesures sanitaires, le gouvernement nous le confirme : leur mépris est toujours bien là.
Sept mois plus t**d, nous, collectif Bezet, voulons rejoindre et soutenir l’immense mouvement de désobéissance qu’ont entamé plusieurs structures culturelles (voir liste non exhaustive ci-dessous). Nous irons au cinéma et au théâtre. Nous irons soutenir toutes les structures culturelles qui résistent - et qui connaîtront ces prochains jours la répression policière, comme à Gedinne hier.
Nous exigeons:
- L'annulation immédiate de l'ordre de fermeture des lieux culturels. Nous sommes solidaires du domaine de la santé et conscient·es de la situation sanitaire. Nous avons pris fait et acte de la situation.
- Le refinancement massif et imminent des institutions publiques et la mise en place de plans d’aides d’urgence pour les plus précaires. Les secteurs de la culture, de la santé, de l'enseignement,... ont été impactés brutalement par les mesures gouvernementales. Le besoin de réparation est urgent.
Notre résistance et notre colère sont infusées du même esprit de désobéissance civile qui anime les lieux de culture qui refusent leur fermeture. Nous ne serons pas passé·es sous silence. Si la fermeture est maintenue, nous agirons en conséquence. La colère est grande car l’humiliation est insupportable. Nous ne laisserons pas les décisions absurdes du CODECO déterminer nos avenirs.
Collectif Bezet La Monnaie Occupée
crédit photo : Vision argentique