21/06/2026
soutien à l'ASBL Transit
Transit : comment on casse en six mois trente ans d'expertise.
Début juin, le gouvernement de Boris Dilliès a prévenu l'asbl Transit qu'elle perdrait près d'un quart de son financement. Pas l'an prochain, tout de suite, en cours d'exercice, alors que les budgets sont déjà engagés et qu'un contrat de gestion signé prévoyait le contraire. On ne pilote pas une institution de 125 personnes de cette façon. Annoncer une coupe pareille à mi-année, c'est mettre au pied du mur une organisation qui tient pourtant le seul centre de crise à bas seuil ouvert 24 heures sur 24 à Bruxelles, en sachant qu'elle ne pourra pas absorber le choc sans casse.
Faire des économies, soit. Transit se dit prête à y participer dès l'an prochain. Mais on ne fait pas des économies en étranglant une asbl vitale et en jetant des travailleurs sociaux au chômage du jour au lendemain.
Or Transit n'est pas une dépense de confort. Depuis plus de trente ans, elle fait de la santé publique sur le terrain. Elle accueille, gratuitement et sans condition, des personnes en grande précarité aux prises avec une addiction, à la drogue comme à l'alcool, que personne d'autre ne prend telles qu'elles sont. Elle va à leur rencontre dans la rue et dans le métro, ramasse les seringues, gère les overdoses, distribue du matériel propre qui évite les contaminations au VIH et à l'hépatite, héberge en urgence ceux qui s'effondrent, les soigne et les raccroche à une cure. Elle intervient jusque dans les prisons bruxelloises et accueille des détenus à leur sortie, ce moment où tout peut basculer. Elle dialogue avec les riverains pour apaiser les quartiers, et elle forme d'autres professionnels, diffusant une expertise que la Région lui a confié de coordonner. C'est aussi grâce à ce travail que l'injection ne représente plus que 3 % des nouvelles contaminations par le VIH en Belgique.
Et qu'on ne se trompe pas de reproche. S'il y a de plus en plus de dealers et d'usagers, ce n'est pas l'échec de Transit. Faire baisser le nombre de dealers relève de la police et moins d'usagers de drogues c'est avec les politiques sociales qui s'attaquent aux causes, pas d'un service de soin. Transit, lui, fait du soin et de la réduction des risques. On ne juge pas un hôpital au nombre de malades, mais à ce qu'il fait de ceux qui arrivent.
Mais ce gouvernement ne regarde pas si loin. Il tape dans le social par réflexe, au nom de la rigueur, sans mesurer les dégâts qu'il prépare. Il coupe la ligne visible et ignore le coût invisible, celui qui arrivera dans deux ans, dans cinq ans, quand les contaminations, les scènes de rue et les hospitalisations seront là. C'est une idéologie qui confond couper et gérer.
Et il y a un coût qu'aucun budget ne rattrape. Un travailleur social mis au chômage, ce n'est pas une simple ligne comptable, c'est des années de savoir-faire qui disparaissent. Connaître le terrain, les visages, les parcours, gagner la confiance de gens qui ne font plus confiance à personne, cela ne s'achète pas et ne se reconstitue pas en claquant des doigts. Le jour où l'on comprendra qu'on en avait besoin, ces compétences seront parties ailleurs, ou perdues. On ne rallume pas une expertise éteinte, on la rebâtit en dix ans, ou jamais.
Voilà ce qui se joue derrière le mot économie. Pas un ajustement technique, mais la destruction méthodique d'un outil de santé publique qu'il a fallu trente ans pour construire, par un gouvernement qui ne voit pas plus loin que son tableur. Bruxelles le paiera, plus t**d, plus malade, plus dangereuse et bien plus cher. Et le plus révoltant, c'est qu'on le sait déjà.
Dossier complet avec les chiffres et les liens sur le blog de Chronik ( lien en premier commentaire )