17/05/2015
Ils défilent autour de la clairière qui fait fonction de place du village. Rythmée par les coups de sifflet, le son des grelots et des flûtes, et aussi les cris des initiés du groupe d’âge précédent, la marche des novices n’a pris fin qu’au milieu de la nuit.
Majoritairement chrétiens, les Bassaris demeurent profondément attachés à leurs coutumes animistes, une religion consistant à honorer les esprits des ancêtres et les génies de la nature. D’ailleurs, tous les Bassaris portent deux prénoms, l’un puisé dans leur langue, l’autre choisi d’après le calendrier catholique.
Depuis le samedi 16 mai, Le village d’Égath célébrait l’initiation d’une vingtaine de garçons. Loin d’être du folklore, cette cérémonie marque l’étape la plus importante dans la vie de tout Bassari, le passage de l’adolescence à la vie d’adulte. Aux abords des cases dont les familles comptent un jeune novice, on finit de préparer la bière de mil et l’hydromel ainsi que des plats pour régaler les invités. Venu des autres villages, de la ville voisine ou même de la lointaine capitale, tout le monde s’est arrangé pour dormir sur place, les uns dans les cases, d’autres à la belle étoile.
Le second jour marque la cérémonie proprement dite. D’abord, sur la colline avoisinante, les masques, personnages incarnant les génies de la nature, sortent de la forêt. La colonne, imposante dans son accoutrement bariolé, défile d’un pas lent dans la clairière,
Puis, les hommes apparentés aux novices sacrifient un coq pour chacun de ceux-ci. L’examen des testicules du gallinacé sert à donner un présage concernant le bon déroulement de l’initiation du garçon. La phase importante de la cérémonie, en fin de matinée, prend la forme d’une série de combats singuliers opposant chacun des novices à un masque.
C’est l’occasion pour les jeunes de montrer devant les hommes de leur clan – les femmes n’ont pas l’autorisation d’assister aux combats — leur bravoure et leur force. Dans tous les cas, les masques qui incarnent les génies de la nature triomphent. Le comportement du jeune au combat fera ensuite l’objet de commentaires longtemps au sein de la famille. De retour dans la clairière où se déroule la fête, on retrouve les familles affairées à préparer les agapes. Les membres du clan familial offrent des cadeaux, une façon de participer aux frais de la cérémonie. En retour, ils sont conviés à manger et à boire.
Les jeunes novices qui venaient de franchir le cap de l’initiation devaient partir en soirée pour une retraite de trois jours en forêt en compagnie d’anciens du village. Durant cette période, leur est enseigné tout ce qu’ils doivent savoir en tant que membre de la communauté des Bassaris. Leurs droits et leurs devoirs, leurs coutumes et leurs traditions leur sont ainsi transmis. «Un Bassari qui n’a pas vécu son initiation n’est pas considéré comme un vrai Bassari», disait Balingho Bendia de Ethiolo, le plus important village bassari. Cela explique que, même éloignés de leur contrée natale, les Bassaris continuent de rentrer au village pour faire initier leurs garçons.