20/12/2025
Tribune | Non Monsieur Morissanda, les autres candidats ne sont pas des « porteurs de bagages »
Non, Monsieur Morissanda, il faut que vous entendiez ces mots avec toute la gravité qu’ils méritent, même si vous êtes habitué aux applaudissements des foules et à la chaleur des meetings. Non, les huit autres candidats à la présidentielle ne sont pas des « porteurs de bagages ». Ils ne sont pas là pour marcher derrière un leader choisi, ni pour se faire voir à vos côtés comme des accessoires destinés à embellir la scène. Ils sont là parce qu’ils croient en un projet, parce qu’ils défendent des idées et parce qu’ils ont décidé, avec courage, de se présenter devant le peuple, dans la compétition la plus importante de notre démocratie. Les réduire à des figurants ou des accompagnateurs, Morissanda, c’est méconnaître la nature même de la politique et, surtout, de la fonction que vous occupez.
Vous êtes ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger. Votre rôle n’est pas de hiérarchiser les citoyens ni de dévaloriser des concurrents légitimes, même pour provoquer un éclat de rire ou susciter l’enthousiasme d’une foule. Votre fonction exige neutralité, respect et distance. Quand vous vous permettez d’ironiser sur les autres candidats et de les qualifier de « porteurs de bagages », vous franchissez une ligne fondamentale : celle qui sépare le service de l’État de l’expression partisane. Vous transformez votre tribune, celle qui devrait être un espace de mesure et de responsabilité, en tribune de campagne, et votre rang en levier de hiérarchisation artificielle des acteurs politiques.
Monsieur Morissanda, réfléchissez un instant à la portée de vos mots. Ils ne sont pas anodins. Ils envoient un message implicite aux électeurs : certains candidats valent moins que d’autres, leurs ambitions sont secondaires, et leur rôle est déjà fixé par vous avant même que les citoyens ne votent. Et ce message, quand il vient de la bouche d’un ministre en exercice, pèse lourd. Il fragilise la perception d’équité, il mine la confiance dans les institutions et il altère la légitimité du scrutin. Un mot peut être ironique, un mot peut faire rire, mais prononcé depuis une fonction publique, il devient une force, un poids et parfois un acte de partialité.
N’oubliez pas, Monsieur Morissanda, que la loi guinéenne interdit aux ministres de s’impliquer dans la campagne électorale. Cette loi n’est pas un caprice : elle existe pour garantir l’impartialité de l’État et la crédibilité du processus démocratique. Et pourtant, vous vous y engagez ouvertement, comme d’autres ministres avant vous, en défiant la règle au nom d’une tribune et d’un spectacle éphémère. Ici, l’ironie est double : vous transformez votre fonction en tremplin pour un candidat et, par extension, pour vos propres ambitions futures, dans ce que l’on appelle « mouiller le maillot », un engagement visible pour espérer des faveurs ou une position privilégiée après le scrutin, si celui pour qui vous méprisez les autres candidats est élu.
Monsieur Morissanda, vous vous amusez peut-être à flatter la foule, à déclamer, à créer un moment de triomphe personnel. Mais derrière le sourire et l’enthousiasme, il y a une vérité qu’aucun applaudissement ne peut effacer : vous êtes ministre, pas animateur de meeting. Les autres candidats ont des programmes, des idées et des projets pour le pays. Les réduire à des « porteurs de bagages » est un geste qui relève de la caricature et qui, surtout, trahit la fonction que vous incarnez. Votre parole devrait protéger la République, garantir l’équité et rappeler à tous que chaque candidat mérite un traitement égal.
Et puis, Monsieur Morissanda, il y a cette ironie ultime : le candidat que vous soutenez avait promis de ne jamais se présenter à aucune élection. Il avait promis de respecter une certaine limite, une certaine retenue. Et pourtant, vous êtes là, tribune en main, pour rappeler à tous qu’un ministre peut devenir acteur d’une campagne, qu’un État peut sembler partisan, et que votre rôle peut se confondre avec celui d’un militant enthousiaste.
Non, Monsieur Morissanda, les autres candidats ne sont pas des porteurs de bagages. Ce sont des citoyens, des électeurs, des acteurs de la démocratie, et votre rôle est de respecter cela. Ironiser, jouer avec les mots, provoquer, c’est votre droit. Mais oublier votre rang, oublier votre responsabilité, oublier que votre parole engage l’État, ce n’est plus de l’humour : c’est une fragilisation de la République, une mise en scène d’une impartialité qu’il faudrait préserver.
Alors oui, amusez la foule si vous voulez. Souriez, utilisez votre verbe, marquez votre présence. Mais souvenez-vous toujours que votre fonction est plus grande que votre tribune. Votre responsabilité est envers tous les Guinéens, pas envers un candidat ou un meeting. Et surtout, souvenez-vous que les autres candidats ne sont pas des porteurs de bagages, que le scrutin n’est pas un théâtre et que la République mérite mieux que des mots qui la déforment pour le plaisir d’un instant.
Cellule de communication du candidat Dr Faya Lansana Millimouno