27/02/2026
SUR LA SECURITE :
un texte de Philippe RIO , maire de Grigny , élu ' meilleur Maire du Monde ' par un organisme... américain en 2022 , et en dessous un extrait d' une interview d' un spécialiste de la question, Sébastien Roché, Directeur de recherche au CNRS dans la Voix du Nord de mercredi
I ) Le projet de loi du gouvernement sur les polices municipales, que vient d’adopter le Sénat, dessine un basculement silencieux : celui d’une police municipale appelée à devenir l’ombre portée de la police nationale, sans les mêmes garanties, sans les mêmes moyens financiers, mais avec des compétences toujours plus étendues.
Ce glissement installe une confusion entre police nationale et police municipale : celle des missions, des responsabilités et du financement.
Pendant ce temps, l’État réduit la voilure avec, parfois, une diminution de l’amplitude d’ouverture des commissariats. Certains maires amers, dans la ruralité ou en banlieue, découvrent même que la création d’une police municipale devient un prétexte pour fermer un commissariat de Police Nationale.
Les villes les plus fortunées pourront s’offrir drones, effectifs renforcés, équipements sophistiqués. Nicolas Sarkozy, ex-Président de la République et ancien maire de Neuilly-sur-Seine, avait supprimé 10 000 postes de policiers au niveau national. Et maintenant, c’est une nouvelle carte du droit à la sécurité qu’on dessine avec des inégalités territoriales flagrantes au profit des plus aisés.
La sécurité est un droit, pas un privilège. Ce débat mérite mieux que des effets d’annonce. Il exige une vision : celle d’un service public de la sécurité cohérent, égalitaire, fidèle à l’esprit républicain.
La sécurité ne se décrète pas depuis les plateaux télé. Elle se construit avec les habitants, les associations, les éducateurs, les policiers de terrain.
La tranquillité publique ne saurait être détachée du logement, de l’école, de l’emploi. Les bailleurs sociaux ont aussi un rôle à jouer, aux côtés des collectivités. La République doit sanctionner mais elle doit aussi prévenir, accompagner, réparer.
Oui, la sécurité et la tranquillité publique sont une coproduction, entre l’Etat et les collectivités locales. Oui, les maires rencontrent les commissaires et tentent de coordonner les réponses.
Dans certaines rues, le crack fait des ravages. Il broie des vies, transforme la misère sociale en spectacle insoutenable. Mais comment faire lorsque les effectifs de la Police Nationale fondent, lorsque les brigades ferment, lorsque la présence humaine disparaît derrière des chiffres et des circulaires ?
La sécurité ne peut être ni un slogan ni un étendard électoral. Elle n’est pas une question idéologique. Elle est une question démocratique et d’égalité territoriale !
Philippe RIO
2 ) Alors, quels seraient les autres outils de lutte contre
la délinquance ?
On peut choisir de mettre des caméras au-dessus d’un endroit dont on dit que c’est un lieu de deal, mais en faire la potion magique universelle, là, on se trompe. Les vrais déterminants dans la lutte contre la délinquance, c’est la force de l’état social. L’état de la pauvreté, la sortie précoce du système scolaire, la consommation d’alcool, les politiques de santé publique ou de prévention spécialisées, le retour à l’emploi… Un maire peut préférer des solutions de court terme. Mais on ne va pas remplacer l’état social par des caméras. C’est dommageable pour les citoyens qui en payent la facture. À la fois pour l’installation des caméras, et aussi du fait que ça ne réduise pas la délinquance.
Sébastien Roché , VdN, 25 février