28/05/2026
Le lendemain, en quatre heures, nous gagnons Cannes. Le trajet le long de la mer est aussi beau que celui de Marseille à Toulon, et tout cela se ressemble sans s’identifier. Ce qui est nouveau d’aspect pour moi, c’est la chaîne des Mores, montagnes couvertes de forêts et d’une tournure fière avec un air sombre. On les côtoie et on entre dans les contre-forts de l’Estérel, massif superbe de porphyre rouge découpé tout autrement que la Carpiagne, qui est calcaire et disloquée. L’Estérel à la physionomie d’une chose d’art, des mouvements logiques et voulus comme les ont généralement les roches éruptives. Ses sommets ont peu de brèche, ses dents s’arrondissent comme des bouillonnements saisis d’un brusque refroidissement. Rien ne prouve que telle soit la cause de ces formes arrêtées et solides, mais l’esprit s’en empare comme d’une raison d’être des ligues moutonnées qui festonnent le ciel et qui descendent en bondissements jusque dans la mer. Petites montagnes, collines en réalité, mais si élégantes et si fières qu’elles paraissent imposantes. Une grande variété de groupements, rentrant dans l’unité de plans de la structure générale, peu de blocs isolés ou détachés là où l’homme n’a pas mis la main ; des murailles droites inexpugnables, des plissements soudains arrêtés par des mamelonnements tumultueux qui se dressent en masses homogènes, compactes, d’une grande puissance. Rien ici ne sent le désastre et l’effondrement. Rien ne fait songer aux cataclysmes primitifs. C’est un édifice et non une ruine ; la végétation y prend ses ébats, et le mois de mai doit y être un enchantement.
George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, avril 1868 à Gustave Tourangin. Edition Calmann Lévy.
Le musée des Beaux-Arts de Draguignan présente l’exposition Les roches rouges. Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle, consacrée à un territoire emblématique situé à proximité. À travers une sélection d’œuvres et d’archives, elle met en lumière l’Estérel comme une source d’inspiration majeure pour les artistes. La scénographie immersive invite le visiteur à une véritable promenade au cœur de ces paysages singuliers. Cette exposition propose ainsi une redécouverte sensible et inédite de ce massif, entre art, patrimoine et enjeux contemporains.
Exposition du 22 mai au 31 octobre 2026, Musée des Beaux-Arts, 9 rue de la République, 83300 Draguignan. Tél 04 98 10 26 85. de 10h à 18h. Fermé le mardi.
Illustrations : Hercule TRACHEL Synthétisation de la Riviera de l'Estérel à Bordighera Aquarelle (Villa Masséna, Nice) - Affiche Les roches rouges, exposition temporaire au musée des Beaux-Arts de Draguignan. George Sand par Nadar (© National Portrait Gallery, London)
Musée des Beaux-Arts de Draguignan