27/08/2026
TRANSPARENCE MUNICIPALE : DEMANDER DES DOCUMENTS, CE SPORT EXTRÊME
À Tresques, un administré a commis une imprudence.
Il a demandé à consulter des documents administratifs.
Oui, des documents administratifs.
Pas les codes de la valise nucléaire.
Pas les archives du Vatican.
Pas le dossier secret de la Zone 51.
Des documents qui existent déjà et dont il demande communication.
Et pourtant, à la lecture des échanges, la demande semble avoir déclenché un petit avis de tempête sous les tuiles de la mairie.
Reprenons tranquillement ce feuilleton administratif.
19 JUIN : “SOYEZ PLUS PRÉCIS”
La mairie évoque la « multiplication » des demandes de cet administré et lui demande de récapituler précisément les documents souhaités.
Très bien.
Message reçu cinq sur cinq.
23 JUIN : SERVICE APRÈS-VENTE DE LA PRÉCISION
L’administré renvoie une demande structurée, détaillée et précise.
Il prend même soin d’écrire qu’il ne demande la création d’aucun document.
Et pour éviter que six années d’archives ne provoquent une surchauffe administrative, il accepte une transmission :
par catégories, par étapes, par envois successifs et dans un délai raisonnable.
Autrement dit : pas besoin de tout envoyer avant l’apéritif.
30 JUILLET : TOUJOURS PAS DE DOCUMENTS
L’administré relance.
Le suspense s’installe.
5 AOÛT : TOUJOURS PAS DE DOCUMENTS
Nouvelle intervention auprès du maire et des membres du conseil municipal.
L’administré annonce qu’il envisage désormais de saisir les organismes compétents et d’informer publiquement les habitants de ses démarches.
Et c’est précisément à cet instant que notre paisible feuilleton administratif change de catégorie.
6 AOÛT, 11 H 22 : ENTRÉE EN SCÈNE
Une conseillère municipale répond à l’ensemble des destinataires.
Et soudain, la demande de documents prend des proportions hollywoodiennes.
Six années ?
« Absolument faramineuse », écrit-elle notamment.
Le travail nécessaire pourrait avoir des conséquences pour les autres administrés.
Et surtout apparaît cette expression savoureuse :
la « menace des réseaux sociaux ».
Voilà donc Facebook promu au rang d’arme de dissuasion municipale.
Informer publiquement les habitants qu'on demande des documents administratifs deviendrait-il désormais une menace ?
Nous laisserons chacun apprécier.
Et puisque la conversation manquait probablement encore un peu de monde, certaines associations et festivités du village font également leur apparition dans le message.
Pourquoi ?
Bonne question.
Elles avaient pourtant réussi jusqu’ici l’exploit remarquable de ne rien avoir à voir avec cette demande de documents.
L’administré répond donc qu’informer les citoyens sur les réseaux sociaux ne constitue pas une menace et demande que sa démarche ne soit pas mélangée à d’autres situations.
Mais attendez.
Parce que le meilleur arrive 43 minutes plus t**d.
12 H 05 : LE PETIT ASTÉRISQUE QUI CHANGE TOUT
Nouvelle réponse de la conseillère municipale, toujours adressée à tous.
Elle précise son identité et explique que lorsqu’elle répond depuis son téléphone, son adresse mail n’apparaît pas.
Puis arrive cette phrase :
« Effectivement je ne parle qu’en mon nom pour les remarques que j’ai faites. »
Rideau.
Donc résumons.
À 11 h 22, une conseillère municipale répond dans une conversation concernant une demande adressée à la mairie, évoque une demande « absolument faramineuse », ses conséquences possibles pour les autres administrés et une « menace des réseaux sociaux ».
À 12 h 05, elle précise :
je parle en mon nom.
Nous en prenons acte.
Très soigneusement.
Car cette précision est essentielle : ces remarques sont celles d’une conseillère municipale qui indique elle-même ne pas s’exprimer au nom de la municipalité.
Nous n’allons donc surtout pas lui faire dire davantage que ce qu’elle a écrit.
Ce serait dommage.
Ce qu’elle a écrit suffit.
Et c’est finalement tout l’intérêt des courriels.
Un mail ne manifeste pas.
Un mail ne fait pas campagne.
Un mail ne hausse pas le ton.
Un mail ne déforme pas une phrase.
Il conserve simplement ce qui a été écrit.
Alors nous allons faire quelque chose de terriblement subversif :
les publier.
Dans leur ordre chronologique.
Avec les anonymisations nécessaires.
Sans inventer les dialogues.
Sans réécrire les réponses.
Sans distribuer les bons et les mauvais points.
Parce que la transparence possède cette particularité assez agaçante :
elle fonctionne beaucoup mieux quand on montre les documents.
Et puisque l'expression de « menace des réseaux sociaux » a été employée, rassurons tout le monde :
ce ne sont pas les réseaux sociaux qui écrivent les courriels.
Ils permettent simplement aux habitants de les lire.
Les mails sont là.
Les dates sont là.
Les mots sont là.
La chronologie est là.
Chacun pourra se faire sa propre opinion.
Sans porte-parole.
Sans traduction.
Sans mode d’emploi.
À Tresques, la transparence n’a peut-être pas encore trouvé son tapis rouge.
Mais visiblement, elle a trouvé sa boîte mail.