06/11/2025
Parce qu’il y a un monde dans lequel on continue de tenter de déceler ce qui fait encore poésie ; de chercher à savoir si c’est une histoire de souterrain bruyant mais secret ou de cathédrale païenne, mais avec audioguide obligatoire. Un monde dans lequel on cherche à comprendre s'il faut tracer des lignes de fuites dans un chaos orchestré ou s'il faut continuer de bouffonner et de semer le trouble dans les tours de l’institution. Il y a un monde dans lequel on a encore le temps de s’aiguiser les cerveaux pour se préparer à la vague qu’on va se prendre, car après la vague y’a toujours quelque chose (enfin, c’est ce qu’on a appris en lisant des romans d’apprentissage). En attendant, on cherche à comprendre ce qu’on peut faire pour que le socle de réalité des communs ne s’effondre pas complètement sous le poids de nos vanités algorithmiques, au profit de petits cultes de croyances individuelles et réconfortantes. On cherche à savoir comment marcher sans trop faire de marques, sans enlever nos chaussures. On apprend à être moins "bien élevé·es" afin de fermer nos gueules quand on croit comprendre une situation dont on ne connait rien. On apprend à ne pas oublier d’être bien élevé·es quand il s’agit d’empathie et de solidarité.
Parce qu’il y a un monde dans lequel c’est un métier d’être mal payé (mais payé quand même) pour se poser ces questions; pour sculpter des poèmes scéniques que des centaines d’yeux pourront scruter et mettre à l'épreuve de leurs corps/cerveaux/âmes. Et peut-être que nos petits poèmes rateront la cible, car la cible aura été déplacée dans la nuit sans préavis. Bien sûr ce serait dommage, parce que oui, c'est important, mais ça ne serait pas grave. Car il existe encore un monde dans lequel la satisfaction client n’est pas le seul critère valable.
Avec MegaSuperTheatre on se fait une nouvelle cabane, un radeau, pendant que la tempête gronde. Un abri pour sculpter un alphabet, une diction, une manière de s’adresser, un horizon, dont on aurait pas à rougir. Cet abri, on lui a donné un nom : LE GRAND VERTIGE.
On est un peu serré·es oui c'est vrai, car on y a invité beaucoup de monde; des personnes aussi talentueuses les unes que les autres. Des gens qui savent organiser le chaos en écrivant des mots les uns derrière les autres, des gens qui crient dans des micros à vous en percer l’âme, des gens qui nous ramènent les histoires « des terres des hautes montagnes » pour nous révéler avec quel argent a été construit la Tour Eiffel, des gens qui vous feraient lever toute une terrasse de café avec quelques cartes à jouer - à l’heure ou il paraîtrait qu’on ne se lève que pour soi même -, des gens qui jouent - et qui jouent si bien, et si juste, et même quand rien ne va ; de ceux qui vous font croire pendant quelques minutes que ce Grand Vertige-là ça pourrait être un refuge éternel, des gens qui savent organiser et nourrir tout cet équipage avec autre chose que de la poésie non-annexée à une valeur monétaire.
Tant de mots pour dire la gratitude d’appartenir à ce monde-là. Pour remercier les gens qui font partie de ce pari du Vertige. Pour remercier les lieux qui accueillent ce Vertige et nous permettent de lui donner du relief.
Tant de mots pour vous dire qu’on vous attend en mai à Toulouse pour vous dévoiler Le Grand Vertige.
Et qu’en attendant il y a des abris magnifiques qui se donnent à voir toute cette fin d’année.
On ne peut que vous inviter à découvrir RadioNécros : le travail de Louis Ponsolle qui passe à la cave poésie dès ce soir. Louis construit des spectacles qui déchirent le cœur, de ceux qui nous font croire à nouveau que l’invention de formes esthétiques nouvelles fait partie des combats politiques.
Nous nous souhaitons un hiver plein de justice sociale et de luttes idéologiques souterraines qui explosent à la surface.
MSThéâtralement vôtre !
©Latifa Echakhch