Mon carnet George Sand

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Mon carnet George Sand Mon carnet George Sand, ouvre ses pages sur la vie de George Sand, sa famille, son Nohant, ses amis, et son œuvre à travers des textes, citations et photos

«Tout est mode dans l’appréciation que l’on a du passé comme dans les créations où le présent s’essaie, et, après avoir ...
19/06/2026

«Tout est mode dans l’appréciation que l’on a du passé comme dans les créations où le présent s’essaie, et, après avoir bien crié, sous l’Empire et la Restauration, contre les chinoiseries du temps de Louis XV, nous voilà aussi dégoûtés du grec et du romain que du gothique de la Restauration ! C’est que tout cela était du faux antique et du faux moyen âge, et que toute froide et infidèle imitation est stérile dans les arts. Mais, en général, les artistes ont fait ce progrès réel de ne pas s’engouer exclusivement d’une époque donnée, et de s’identifier complaisamment au génie ou à la fantaisie de tous les temps. La complaisance de l’esprit est toujours une chose fort sage et bien entendue, car on se prive de beaucoup de jouissances en décrétant qu’un seul genre de jouissance est admissible à la raison.»

George Sand, extrait des Nouvelles lettres d'un voyageur, chapitre les jardins en Italie, édition Calmann Lévy, 1877, Paris.

Illustrations :Tabatière à l'effigie de George Sand, détail du couvercle © Benjamin Gavaudo / Centre des monuments nationaux/ Maison de George Sand.

« Je n’ai jamais pu me défendre d’un attendrissement profond en évoquant ces souvenirs de famille.Il me semble que ces ê...
17/06/2026

« Je n’ai jamais pu me défendre d’un attendrissement profond en évoquant ces souvenirs de famille.
Il me semble que ces êtres, dont la vie s’est écoulée avant la mienne, vivent encore en moi, que leur sang circule dans mes veines avec leurs passions, leurs souffrances et leurs vertus.
Je me sens liée à eux par une chaîne indestructible, et, lorsque je parle d’eux, ce n’est point une histoire étrangère que je raconte, c’est une partie de moi-même que je retrouve et que j’aime. »

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, début de l'ouvrage partie I, volume I, de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : George Sand et sa famille, photographies Nadar (Collection privée)

« Je m’étonnai seulement, et maintenant encore je m’étonne des inimitiés personnelles que soulève l’émission des idées. ...
15/06/2026

« Je m’étonnai seulement, et maintenant encore je m’étonne des inimitiés personnelles que soulève l’émission des idées. Je n’ai jamais compris qu’on fût l’ennemi d’un artiste qui pense et crée dans un sens opposé à celui que l’on a ou que l’on aurait choisi. Que l’on discute et combatte le but de son œuvre, je le conçois ; mais que l’on altère, de propos délibéré, cette pensée pour la rendre condamnable ; que l’on dénature le texte même par de fausses citations ou des comptes-rendus infidèles ; que l’on calomnie la vie de l’auteur pour injurier sa personne ; qu’on le haïsse à travers son livre : voilà encore une des énigmes de la vie que je n’ai pas résolues et que je ne résoudrai probablement jamais ».

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, chapitre trentième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : George Sand par Nadar et la maison de Nohant fin 1800 (Collection privée)

Je n’avais pas pour rien amassé dans la solitude un grand dédain pour tout ce qui n’était pas le vrai. Si j’eusse aimé e...
13/06/2026

Je n’avais pas pour rien amassé dans la solitude un grand dédain pour tout ce qui n’était pas le vrai. Si j’eusse aimé et cherché le monde, je me serais tourmentée probablement de la calomnie qui pouvait momentanément m’en fermer l’accès ; mais, ne cherchant que l’amitié sérieuse et sachant que rien ne pouvait ébranler celles qui m’entouraient, je ne m’aperçus réellement jamais des effets de la méchanceté, et ma tâche fut si facile sous ce rapport que je ne saurais mettre la persécution au nombre des malheurs de ma vie.

D’ailleurs, en toutes choses, les chagrins qui n’ont eu leur effet que sur ma propre existence, je les compte aujourd’hui pour rien. Ce n’est pas que je les aie tous portés avec courage. Non ! J’étais, je suis peut-être encore d’une sensibilité excessive et que la raison ne gouverne pas du tout dans le moment de la crise. Mais j’apprécie les souffrances morales comme je crois que la raison doit les apprécier, sitôt qu’elle reprend son empire. Je vois dans mon passé, comme dans celui de tous les êtres aimants que j’ai connus, des déchirements terribles, des déceptions accablantes, des heures d’agonie véritable ; mais je fais la part de la personnalité, qui est violente dans la jeunesse. C’est le propre de la jeunesse de vouloir saisir et fixer le rêve du bonheur.

George Sand, extrait de Histoire de ma vie, chapitre trentième, tome onzième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : George Sand par Nadar

« La vie est la plus belle chose du monde quand on aime. »George Sand, extrait d'une lettre adressée à Émile Paultre le ...
12/06/2026

« La vie est la plus belle chose du monde quand on aime. »

George Sand, extrait d'une lettre adressée à Émile Paultre le 25 juin 1834 extrait de la correspondance générale, éd. Georges Lubin, Gallimard, La Pléiade.

Illustrations : George Sand par Placide Verdot photographe à Châteauroux, en 1875, dernière photographie de GS - cadre d'origine. Collection privée.

La joie intérieure, voilà un grand mot ! C’est le premier des biens, parce qu’il est le seul qui nous appartienne réelle...
11/06/2026

La joie intérieure, voilà un grand mot ! C’est le premier des biens, parce qu’il est le seul qui nous appartienne réellement. Je ne vois pas que beaucoup de gens s’en préoccupent et le cherchent. La masse court aux satisfactions de l’instinct : les vicieux s’efforcent d’exaspérer leurs appétits pour mieux sentir l’intensité de la vie animale ; les ambitieux se vouent à une anxiété incessante qui bannit la joie du sanctuaire de leur âme ; des esprits plus élevés se vouent à des études dont le but défini n’est souvent que la satisfaction d’une curiosité spéciale ; les cœurs passionnés cherchent leur ivresse et leur expansion dans l’amour, sans songer à en faire quelque chose de plus noble que la volonté d’amasser deux orages et de choquer douloureusement deux courants électriques. Où sont les hommes qui cherchent sincèrement à se rendre meilleurs sans prétendre à un paradis fait à leur guise, en acceptant dans l’avenir éternel toutes les éventualités, toutes les fonctions, toutes les épreuves, quelles qu’elles soient, que l’inconnu nous réserve ? Cette résignation, non mystique ni fanatique, mais confiante et digne, serait déjà un pas vers la sainteté.

George Sand, extrait des Nouvelles lettres d'un voyageur, juillet 1868 à Maurice Sand son fils. Edition Calmann Lévy, 1877 Paris.

Illustrations : George Sand par Auguste Charpentier, copie magnifique dans le salon de Nohant, l'original du tableau du peintre se trouve au Musée de la Vie Romantique à Paris.

Eloge Funèbre de Victor Hugo à George Sand« Je pleure une morte, et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admi...
10/06/2026

Eloge Funèbre de Victor Hugo à George Sand

« Je pleure une morte, et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée ; aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon. Je me souviens d’un jour où je lui ai écrit : « Je vous remercie d’être une si grande âme ». Est-ce que nous l’avons perdue ? Non. Ces hautes figures disparaissent, mais ne s’évanouissent pas. Loin de là ; on pourrait presque dire qu’elles se réalisent. En devenant invisibles sous une forme, elles deviennent visibles sous l’autre. Transfiguration sublime. La forme humaine est une occultation. Elle masque le vrai visage divin qui est l’idée. George Sand était une idée ; elle est hors de la chair, la voilà libre ; elle est morte, la voilà vivante. Patuit dea.
George Sand a dans notre temps une place unique. D’autres sont les grands hommes ; elle est la grande femme. Dans ce siècle qui a pour loi d’achever la Révolution française et de commencer la révolution humaine, l’égalité des sexes faisant partie de l’égalité des hommes, une grande femme était nécessaire. Il fallait que la femme prouvât qu’elle peut avoir tous les dons virils sans rien perdre de ses dons angéliques ; être forte sans cesser d’être douce. George Sand est cette preuve. Il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui honore la France, puisque tant d’autres la déshonorent. George Sand sera un des orgueils de notre siècle et de notre pays. Rien n’a manqué à cette femme pleine de gloire. Elle a été un grand cœur comme Barbès, un grand esprit comme Balzac, une grande âme comme Lamartine. Elle avait en elle la lyre. Dans cette époque où Garibaldi a fait des prodiges, elle a fait des chefs-d’œuvre. Ces chefs-d’œuvre, les énumérer est inutile. A quoi bon se faire le plagiaire de la mémoire publique ? Ce qui caractérise leur puissance, c’est leur bonté. George Sand était bonne ; aussi a-t-elle été haïe. L’admiration a une doublure, la haine, et l’enthousiasme a un revers, l’outrage. La haine et l’outrage prouvent pour, en voulant prouver contre. La huée est comptée par la postérité comme un bruit de gloire. Qui est couronné est lapidé. C’est une loi, et la bassesse des insultes prend mesure sur la grandeur des acclamations. Les êtres comme George Sand sont des bienfaiteurs publics. Ils passent, et à peine ont-ils passé que l’on voit à leur place, qui semblait vide, surgir une réalisation nouvelle du progrès. Chaque fois que meurt une de ces puissantes créatures humaines, nous entendons un immense bruit d’ailes ; quelque chose s’en va, quelque chose survient. La terre comme le ciel a ses éclipses ; mais, ici bas comme là-haut, la réapparition suit la disparition. Le flambeau qui était un homme ou une femme, et qui s’est éteint sous cette forme, se rallume sous la forme idée. Alors on s’aperçoit que ce qu’on croyait éteint est inextinguible. Ce flambeau rayonne plus que jamais ; il fait désormais partie de la civilisation ; il entre dans la vaste clarté humaine ; il s’y ajoute ; et le salubre vent des révolution l’agite, mais le fait croître ; car les mystérieux souffles qui éteignent les clartés fausses alimentent les vraies lumières. Le travailleur s’en est allé, mais son travail est fait. Edgard Quinet meurt, mais la philosophie souveraine sort de sa tombe, et, du haut de cette tombe, conseille les hommes. Michelet meurt, mais derrière lui se dresse l’histoire traçant l’itinéraire de l’avenir. George Sand meurt, mais elle nous lègue le droit de la femme puisant son évidence dans le génie de la femme. C’est ainsi que la révolution se complète. Pleurons les morts, mais constatons les avènements ; les faits définitifs surviennent, grâce à ces fiers esprits précurseurs. Toutes les vérités et toutes les justices sont en route vers nous, et c’est là le bruit d’ailes que nous entendons.
Acceptons ce que nous donnent en nous quittant nos morts illustres ; et, tournés vers l’avenir, saluons, sereins et pensifs, les grandes arrivées qu’annoncent ces grands départs. »
Victor Hugo.

Discours lu par M. Paul Meurice le 10 juin 1876 à Nohant, lors des obsèques de George Sand.

Illustrations : Journal Le Gaulois, 11 juin 1876 (BnF) - Gravure parue dans Le Journal illustré du 24 juin 1876, de l'enterrement de George Sand - Le tombeau de George Sand de nos jours à Nohant dans le cimetière privée du domaine. Nohant 1875 par Placide Verdot (Collection privée).

#1876

Sommé plusieurs fois, par la bienveillance et par l’hostilité, de reprendre ce genre de travail qu’on disait m’avoir réu...
09/06/2026

Sommé plusieurs fois, par la bienveillance et par l’hostilité, de reprendre ce genre de travail qu’on disait m’avoir réussi jadis dans la période de l’émotion, je n’ai cédé, je l’avoue, qu’au besoin de me résumer un peu, et je n’ai point du tout cherché à mettre le passé de ma vie intellectuelle d’accord avec le présent. J’ignore si, dans des régions plus élevées que celle où je promène cette vie un peu aventureuse et toujours sincère, les penseurs se croient forcés d’expliquer leurs variations. Moi, j’ai la simplicité de regarder les miennes comme un progrès, et je n’attache pas assez d’importance à ma personnalité pour ne pas lui donner un démenti quand je pense qu’elle s’est trompée. Il y a des personnalités susceptibles qui répondent par un soufflet à ce démenti : c’est quand la personnalité nouvelle, vendue à quelque intérêt humain, s’efforce de renier son passé honnête et candide. Ce n’est point ici le cas. Mes défauts ont persisté, mon indépendance ne s’est point rangée au joug du convenu, je ne me suis pas réconcilié avec ce qui facilite la vie et allège le travail ; j’ai cherché un chemin, je l’ai trouvé, perdu, retrouvé, et je peux le perdre encore. Si cela m’arrive, je le dirai encore, rien ne m’empêchera de le dire. La contrée idéale que j’appelais autrefois la verte bohème des poètes s’est semée de plus de fleurs à mes yeux, mais les fleurs fantastiques y ont fait de moins fréquentes apparitions. J’ai essayé de trouver le vrai de ma fantaisie, le droit légitime de ma protestation.

George Sand, extrait de Nouvelles Lettres d'un voyageur, juillet 1868. Edition Calmann Lévy, 1877.

Illustrations : George Sand par Nadar (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre).

Il y a 150 ans, George Sand s’éteignait dans sa maison de Nohant.En ce jour de mémoire, rendons-lui hommage avec ce magn...
08/06/2026

Il y a 150 ans, George Sand s’éteignait dans sa maison de Nohant.
En ce jour de mémoire, rendons-lui hommage avec ce magnifique texte, empreint de son esprit libre et sensible.

« Sans mémoire, on est éternellement ignorant ; mais savoir son ignorance, c’est savoir qu’il y a un monde enchanté où l’on voudrait toujours se glisser, et, si l’on reste à la porte, ce n’est pas parce qu’on se plaît au dehors dans la stérilité et dans l’impuissance, c’est parce qu’on n’est pas doué ; mais au moins on est riche de désirs, d’élans, de rêves et d’aspirations. Le cœur vit de cette soif d’idéal. On s’oublie soi-même, on monte dans une région où la personnalité s’efface, parce que le sentiment, je dirais presque la sensation de la vie universelle, prend possession de notre être et le spiritualise en le dispersant dans le grand tout. C’est peut-être là la signification du mot mystérieux de contemplation, qui, pris dans l’acception matérielle, ne veut rien dire. Regarder sans être ému de ce qu’on voit serait une jouissance vague et de courte durée, si toutefois c’était une jouissance. Regarder la vie agir dans l’univers en même temps qu’elle agit en nous, c’est la sentir universalisée en soi et personnifiée dans l’univers. Levez les yeux vers le ciel et voyez palpiter la lumière des étoiles ; chacune de ces palpitations répond aux pulsations de notre cœur. Notre planète est un des petits êtres qui vivent du scintillement de ces grands astres, et nous, êtres plus petits, nous vivons des mêmes effluves de chaleur et de lumière.»

George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur le 7 avril 1868 à Nohant, édition Calmann Lévy 1877, Paris.

Illustrations : George Sand par Nadar 1863 (Collection privée) colorisation moderne PPV.

Maintenant, écoutez une anecdote véridique : "J’ai vu Eugène Delacroix essayer pour la première fois de peindre des fleu...
07/06/2026

Maintenant, écoutez une anecdote véridique :
"J’ai vu Eugène Delacroix essayer pour la première fois de peindre des fleurs. Il avait étudié la botanique dans son enfance, et, comme il avait une admirable mémoire, il la savait encore, mais elle ne l’avait pas frappé en tant qu’artiste, et le sens ne lui en fut révélé que lorsqu’il reproduisit attentivement la couleur et la forme de la plante. Je le surpris dans une extase de ravissement devant un lis jaune dont il venait de comprendre la belle architecture ; c’est le mot heureux dont il se servit. Il se hâtait de peindre, voyant qu’à chaque instant son modèle, accomplissant dans l’eau l’ensemble de sa floraison, changeait de ton et d’attitude. Il pensait avoir fini, et le résultat était merveilleux ; mais, le lendemain, lorsqu’il compara l’art à la nature, il fut mécontent et retoucha. Le lys avait complètement changé. Les lobes du périanthe s’étaient recourbés en dehors, le ton des étamines avait pâli, celui de la fleur s’était accusé, le jaune d’or était devenu orangé, la hampe était plus ferme et plus droite, les feuilles, plus serrées contre la tige, semblaient plus étroites. C’était encore une harmonie, ce n’était plus la même. Le jour suivant, la plante était belle tout autrement. Elle devenait de plus en plus architecturale. La fleur se séchait et montrait ses organes plus développés ; ses formes devenaient géométriques ; c’est encore lui qui parle. Il voyait le squelette se dessiner, et la beauté du squelette le charmait. Il fallut le lui arracher pour qu’il ne fit pas, d’une étude de plante à l’état splendide de l’anthèse, une étude de plante en herbier."

George Sand, extrait de Nouvelles lettres d'un voyageur, le 20 avril 1868 à Nohant. Edition Calmann Lévy, 1877, Paris.

Illustrations : Tableau représentant un bouquet de fleurs signé Eugène Delacroix. Eugène Delacroix par Nadar (Autographes des siècles).
George Sand par Delacroix en 1834 (Musée Delacroix, Paris).

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