20/04/2020
LETTRE OUVERTE A MONSIEUR FREDERIC LAPORTE
Frédéric KOTT, Pierre MOTHET, Juliette WERH, Philippe BUVAT, Conseillers Municipaux
Monsieur,
Depuis le 17 mars, le confinement généralisé a profondément affecté la vie locale, sociale et démocratique. Ce contexte s’impose à tous, nos concitoyens l’acceptent et le subissent dans l’espoir d’une sortie de crise adaptée.
Au cours de ces cinq dernières semaines, nous avons fait le choix de ne pas nous exprimer. Nous avons souhaité vous laisser l’opportunité et le temps de réorganiser le fonctionnement municipal afin de mettre en œuvre les préconisations de l’Etat.
Au cours de ces cinq dernières semaines, vous avez fait le choix de gérer seul, sans la moindre transparence, vous affranchissant ainsi de votre devoir d’information et de vos obligations d’élu.
Au cours de ces cinq dernières semaines, nos engagements professionnels et/ou associatifs ont fait de nous les témoins de la nécessité d’une solidarité cultivée et élargie.
Vos homologues de Vichy et de Moulins ont très précocement associé toutes les composantes de leurs Conseils municipaux à la gestion de cette crise sans précédent.
Contrairement à eux, vous avez placé la démocratie locale sous éteignoir sans la moindre information des conseillers municipaux, sans le moindre appel téléphonique, sans la moindre visio-réunion, sans le moindre compte rendu aux élus, vous privant ainsi de la réflexion collective.
La gravité de la situation ne vous exonère pas du débat démocratique. Si vous aviez su instaurer un fonctionnement démocratique dans le contexte de cette crise, nous aurions pu enrichir la feuille de route municipale.
Plusieurs problématiques sont aujourd’hui particulièrement négligées :
L’accompagnement des personnes âgées isolées, des personnes victimes de la fracture numérique, des publics précaires, qui sont mis en difficulté dans les gestes de la vie quotidienne, ne serait-ce que pour se procurer et remplir une attestation de déplacement dérogatoire. La mise en place d’un numéro vert et l’engagement des agents qui le porte ne suffit pas.
La mise à disposition de bons alimentaires aux familles les plus démunies, fortement impactées par la fermeture des cantines scolaires. Pour beaucoup d’enfants, le repas pris à l’école n’est que le seul repas complet de la journée ; ces familles sont connues des services municipaux.
La mise à disposition de financements supplémentaires aux associations caritatives qui agissent et qui sont très fortement sollicitées en cette période.
Une aide aux associations locales employant du personnel, pour les accompagner dans le financement des dispositifs complémentaires au chômage partiel. A titre d’exemple, nous citerons le Patronage Laïque, contraint de lancer une souscription en ligne afin de poursuivre son activité.
Le versement d’une subvention assurant sa survie est le minimum attendu de la solidarité de la Collectivité.
La solidarité tissée à partir du réseau associatif est productrice d’une richesse que vous avez choisi de mettre de côté.
Le Président de la République a annoncé lors de son intervention solennelle du lundi 13 avril la réouverture progressive des écoles d’ici quelques semaines.
Nous considérons que la sécurité des enfants et des personnels est prioritaire, et qu’à la date du 12 mai, les conditions ne seront pas remplies pour les écoles maternelles et primaires, même sous la forme d’une reprise progressive des activités scolaires.
Sur ce point l’avis de l'Ordre National des Médecins est sans appel.
Nous vous demandons donc de surseoir à la réouverture des établissements scolaires montluçonnais tant qu’un travail préparatoire avec les syndicats enseignants et les représentants des parents d’élèves n’aura pas déterminé, avec les élus de la commission des affaires scolaires, l’ensemble des modalités assurant la pleine sécurité de chacun.
Par ailleurs, nous dénonçons votre laisser-faire à l’égard des autorités académiques. Cela a abouti à l’annonce de la fermeture de deux classes de maternelle des écoles Paul-Lafargue et Pauline-Kergomard.
Comment des familles, au-delà des contraintes de la Collectivité liées au confinement, ont pu se voir empêchées d’inscrire leur enfant ?
Le résultat est la transmission à Madame la DASEN d’effectifs notoirement sous-évalués pour la rentrée prochaine.
La sortie de crise sera longue, elle sera complexe, il faut tout mettre en œuvre pour éviter une hécatombe d’emplois.
Il est primordial de se projeter dès maintenant pour éviter la destruction du tissu montluçonnais. Nous devons concevoir un dispositif d’intervention et de soutien local complémentaire des mesures nationales, régionales et départementales.
Dès maintenant un fond d’intervention d’urgence doit être créé, alimenté par les fonds non utilisés du fait de la crise, par la réorientation de crédits, et si nécessaire par un recours à l’emprunt, y compris en sollicitant l’épargne des montluçonnais qui le souhaitent et qui le peuvent.
Ce « plan Marshall » local est indispensable pour accompagner tous ceux qui contribuent au dynamisme économique, commercial, culturel, sportif, associatif, humain. Aujourd’hui, ils ont impérativement besoin du soutien de la Collectivité pour survivre.
Montluçon Communauté doit également y prendre toute sa part. Nous avons cru comprendre que le Président Dugléry a lui fait le choix d’associer toutes les sensibilités communautaires à la réflexion.
Demain, c’est déjà aujourd’hui, et Montluçon, déjà affaiblie par les crises industrielles du passé, ne doit pas subir une nouvelle secousse économique et sociale. Ce serait celle de trop.
La prolongation actuelle de votre mandat vous autorise à mettre en application les directives de Madame la Préfète de l’Allier, mais au-delà, vous n’avez pas la possibilité d’agir seul et d’engager la Collectivité dans les combats nécessaires.
L’enjeu demande donc de dépasser les fonctionnements claniques pour fédérer les énergies et mobiliser tous les moyens nécessaires.
Seul un fonctionnement démocratique, si besoin adapté aux circonstances, le permet, en attendant que les électeurs puissent conclure le processus électoral en cours.
Nous vous demandons donc, dans l’intérêt général, de modifier votre gouvernance solitaire, aujourd’hui porteuse d’omissions sociales, demain synonyme d’immobilisme et d’échec.